Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 10 mars 2026 et un mémoire enregistré le 30 mars 2026, M. C... B..., représenté par Me Ciray, demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, en l’état de ses dernières écritures :
1°) de suspendre l’exécution de la décision du 12 février 2026 prise par le préfet de police pour la sécurité et la sûreté des plates-formes aéroportuaires de Paris refusant la demande d’habilitation en tant que personnel devant accéder aux zones de sûreté à accès réglementé des plates-formes aéroportuaires ;
2°) d’enjoindre audit préfet de réexaminer sa situation dans un délai d’un mois à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard et de lui délivrer l’habilitation sollicitée ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 3 000 euros à lui verser au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient :
- justifier du dépôt préalable d’un recours en annulation contre la décision contestée ;
- que la condition d’urgence est satisfaite dès lors que la décision attaquée, d’une part, le privera de toute rémunération dès le 28 avril 2026, date à laquelle son habilitation actuelle sera expirée, alors qu’il doit notamment assurer le remboursement de l’emprunt bancaire contracté pour l’acquisition de son domicile et, d’autre part, induira la perte de son emploi de pilote, la plupart des aéroports français étant classés en zones de sureté à accès réglementé et son employeur lui ayant précisé que la validité de son « contrat de travail est conditionné à la détention des certificats, licences, habilitations et titres de circulation nécessaires à l’exercice » de sa profession, dont « la CMC fait partie » ;
- qu’il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée, dès lors qu’elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation, n’ayant été mis en cause dans aucune autre affaire contrairement à ce qui est mentionné, n’ayant été impliqué dans aucun accident de circulation, ayant une carrière exemplaire et se trouvant en congés lors des faits reprochés qui sont isolés et sans lien avec l’exercice de sa profession.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 mars 2026, le préfet de police conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les conditions de mise en œuvre des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative ne sont pas réunies. A titre principal, il souligne, outre l’intérêt public au maintien de l’exécution de la décision en litige, l’absence d’éléments au dossier justifiant d’une situation d’urgence, le requérant ne produisant aucun document relatif à sa situation financière globale, ne fournissant aucun élément démontrant qu’il serait exposé à la menace d’un licenciement ou l’impossibilité de son reclassement au sein de la société Air France eu égard notamment à ses fonctions d’instructeur précédemment exercées. A titre subsidiaire, il invoque l’absence de moyen propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée et précise que l’administration s’est exclusivement fondée sur les faits commis le 23 août 2025, l’expression « de nouveau » relevant d’une erreur de plume. Il ajoute que la gravité des faits de conduite d’un véhicule sous l’empire d’un état alcoolique le 23 août 2025 à Bordeaux justifie le refus de renouvellement de l’habilitation sollicitée.
Vu :
- la requête en annulation enregistrée sous le n° 2605408 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des transports ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Massé-Degois, magistrate honoraire, pour exercer les fonctions de juge des référés, en application de l’article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l’audience.
Après avoir entendu, au cours de l’audience publique tenue le 1er avril 2026 à 11h30 en présence de Mme Moussard, greffière d’audience :
- le rapport de Mme Massé-Degois, juge des référés,
- les observations de Me Conito substituant Me Ciray, avocat de M. B..., présent, qui souligne l’urgence à suspendre la décision en litige, son habilitation arrivant à expiration le 28 avril 2026 et une telle autorisation étant indispensable pour la poursuite de son activité de pilote de ligne ainsi qu’en atteste le courrier de son employeur du 27 mars 2026 et il en est de même pour un éventuel emploi d’instructeur. Il précise que les faits la fondant sont sans lien avec son activité professionnelle qu’il exerce depuis six ans et que la décision de refus est disproportionnée par rapport au caractère isolé et ponctuel des faits reprochés ;
- et les observations de M. A... représentant le préfet de police qui reprend les moyens exposés dans son mémoire en défense en insistant sur le défaut d’urgence à suspendre la décision en litige en l’absence de délai restreint et compte-tenu du fait que M. B... exerce des activités annexes à celles de pilote de ligne. Il ajoute que le refus d’habilitation ne souffre d’aucune erreur de droit ou de fait, le terme « à nouveau » relevant de la simple erreur matérielle.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.
Une pièce a été produite dans le cadre d’une note en délibéré enregistrée le 1er avril 2026 par Me Ciray pour M. B... communiquée le 2 avril suivant au préfet de police.
Considérant ce qui suit :
1. M. B... est employé en qualité d’Officier Pilote de Ligne, depuis le 11 mars 2020 et pour une durée indéterminée, par la société Transavia France qui l’a affecté à l’aéroport d’Orly. Par une décision du 12 février 2026, le préfet de police de Paris (Délégation pour la sécurité et la sûreté des plates-formes aéroportuaires de Paris) a rejeté la demande d’habilitation en tant que personnel devant accéder aux zones de sûreté à accès réglementé des aérodromes présentée le 24 novembre 2025 par son employeur. Par une requête enregistrée le 10 mars 2026, M. B... sollicite du juge des référés du tribunal administratif de Montreuil, la suspension de l’exécution de la décision du 12 février 2026, le préfet de police de Paris.
2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ».
3. Il résulte des dispositions citées au point précédent que la condition d’urgence à laquelle est subordonné le prononcé d’une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d’une demande tendant à la suspension d’une telle décision, d’apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l’exécution de la décision soit suspendue.
4. Il résulte de l’instruction que M. B... dispose de sa précédente habilitation à accéder à la zone de sûreté à accès réglementé des plates-formes aéroportuaires jusqu’à la date du 28 avril 2026, dès lors qu’elle n’a pas été abrogée, et que, selon les propos qu’il a personnellement tenus à l’audience, il doit assurer d’ici la fin du mois d’avril, cinq vols. D’autre part, il n’est établi par aucune pièce du dossier qu’il ferait actuellement l’objet d’une procédure de licenciement. Ainsi, à la date de la présente ordonnance, au vu des écritures, observations orales et pièces versées à l’appui de la requête, y compris le courrier daté du 27 mars 2026, M. B... ne justifie pas que le refus litigieux porte atteinte, de manière suffisamment grave et de manière suffisamment immédiate, à sa situation. Dans un tel contexte, le requérant ne se prévalant d’aucune autre circonstance de nature à caractériser l’urgence à suspendre la décision litigieuse, la condition d’urgence ne peut en l’espèce être regardée comme remplie.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu’il y ait lieu d’examiner la condition tenant au doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige, que la requête de M. B... doit être rejetée, en toutes ses conclusions.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C... B... et au ministre de l’intérieur.
Copie en sera adressée au préfet de police.
Fait à Montreuil, le 8 avril 2026.
La juge des référés,
C. Massé-Degois
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.