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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2606653

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2606653

mercredi 1 avril 2026

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2606653
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantANDERSON CHERFA AVOCAT

Résumé IA

**Sujet principal** : Demande d'injonction urgente (référé) pour contraindre la préfecture à enregistrer une demande de titre de séjour et à délivrer un récépissé de travail. **Juridiction** : Tribunal Administratif de Montreuil (formation de référé). **Solution retenue** : Le juge des référés rejette la requête. Il considère qu'une décision implicite de rejet de la demande de titre de séjour est née du silence de l'administration au terme du délai de quatre mois prévu par le code des étrangers. Ordonner les mesures sollicitées ferait obstacle à l'exécution de cette décision implicite, ce qui est interdit par l'article L. 521-3 du code de justice administrative. **Textes appliqués** : Article L. 521-3 du code de justice administrative (référé "mesures utiles") et articles R.* 432-1 et R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (décision implicite de rejet).

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 mars 2026, Mme B... A... représentée par Me Cherfa demande au juge des référés statuant sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d’enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui fixer un rendez-vous afin de lui permettre de déposer sa demande de titre de séjour, de procéder à l’enregistrement effectif de sa demande de titre et d’en assurer l’instruction, dans un délai de huit jours, ou, à défaut, de procéder à l’enregistrement de sa demande sur la base des pièces déjà transmises ;

2°) d’enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un récépissé l’autorisant à travailler, dans l’attente de l’instruction de sa situation dans un délai de 48 heures à compter de la notification de l’ordonnance, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l’État la somme de 3 500 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- la condition d’urgence est remplie dès lors qu’elle est victime de violences conjugales et qu’elle se trouve privée de tout document de séjour compromettant sa capacité à subvenir aux besoins de ses enfants ;
- la condition d’utilité est remplie dès lors qu’elle met fin à une situation de blocage administratif ;
- la mesure ne fait pas obstacle à l’exécution d’un décision administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Gauchard, vice-président, pour statuer sur les demandes en référé.

Vu les autres pièces du dossier.


Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Mme A..., ressortissante ouzbèke, a sollicité le 25 octobre 2025, sur le site de l’administration numérique pour les étrangers en France (ANEF) la délivrance d’un titre de séjour. Elle demande au juge des référés statuant sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-3 d’enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de la convoquer à un rendez-vous afin de procéder à l’enregistrement effectif de sa demande de titre de séjour.

Aux termes de l’article L. 521-3 du code de justice administrative : « En cas d’urgence, et sur simple requête qui sera recevable, même en l’absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles, sans faire obstacle à l’exécution d’aucune décision administrative ». L’article L. 522-3 de ce code précise que : « Lorsque la demande ne présente pas un caractère d’urgence ou lorsqu’il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu’elle est irrecevable ou qu’elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu’il y ait lieu d’appliquer les deux premiers alinéas de l’article L. 522-1 ».

Saisi sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative d’une demande qui n’est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toute mesures que l’urgence justifie, notamment sous forme d’injonctions adressées à l’administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. S’agissant de la condition d’urgence à laquelle est notamment subordonné le prononcé des mesures mentionnées à l’article L. 521-3, il appartient au juge des référés d’apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si la situation portée à sa connaissance est de nature à porter un préjudice suffisamment grave et immédiat à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. En raison du caractère subsidiaire du référé régi par l’article L. 521-3, le juge saisi sur ce fondement ne peut prescrire les mesures qui lui sont demandées lorsque leurs effets pourraient être obtenus par les procédures de référé régies par les articles L. 521-1 et L. 521-2. Enfin, il ne saurait faire obstacle à l’exécution d’une décision administrative, même celle refusant la mesure demandée, à moins qu’il ne s’agisse de prévenir un péril grave.

Aux termes de l’article R.* 432-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ». Aux termes de l’article R. 432-2 du même code : « La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois. ».

La circonstance qu'un étranger se soit vu délivrer ou renouveler un récépissé ou une attestation de prolongation de l’instruction pour une durée supérieure au délai mentionné à l’article R. 432-2 du CESEDA ou postérieurement à l’expiration de ce délai ne fait pas obstacle à la naissance ou au maintien de la décision implicite de refus née du silence gardé par l'administration au terme de ce délai.

Ainsi qu’il a été dit au point 1, il résulte de l’instruction que Mme A... a déposé sa demande de titre de séjour le 25 octobre 2025, soit il y a plus cinq mois à la date d’enregistrement de la présente requête. Compte tenu de ce qui a été dit au point 5, en application des dispositions citées au point 4, en l’absence de réponse de l’autorité administrative dans un délai de quatre mois à compter du 25 octobre 2025, une décision implicite de rejet est née. Dans ces conditions, le juge des référés ne peut, sans faire obstacle à l’exécution de cette décision, ordonner la mesure demandée par la requérante sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative.

Il résulte de ce qui précède qu’il y a lieu de rejeter la présente requête, dans toutes ses conclusions, selon la procédure prévue à l’article L. 522-3 du code de justice administrative.


O R D O N N E


Article 1er : La requête de Mme A... est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B... A... et au ministre de l’intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Fait à Montreuil, le 1er avril 2026.


Le juge des référés


L. Gauchard

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente ordonnance.

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