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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2606833

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2606833

mercredi 1 avril 2026

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2606833
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantKUKURYKA

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Montreuil, statuant en référé, rejette la demande de suspension du retrait de l'autorisation d'utilisation du gymnase pour un forum. La juridiction estime que les requérants ne démontrent pas l'urgence caractérisée requise par l'article L. 521-2 du code de justice administrative, ni que la décision municipale contestée porte une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale. Le juge relève notamment des incertitudes sur la recevabilité des requêtes et sur l'existence d'un préjudice irréparable justifiant la suspension.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 27 mars 2026, l’association Union des Parents E... (A...), Mme C... Moussa, l’association Sentinelle-Duarté et M. D... B... demandent au juge des référés, statuant par application de l’article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l’exécution de la décision du 24 mars 2026 par laquelle la commune de Noisy-le-Sec a retiré l’autorisation du 5 février 2026 de mise à disposition du gymnase Marcel Gentilini pour l’organisation du forum de l’entrepreneuriat féminin le 5 avril 2026 ;

2°) d’enjoindre à la commune de Noisy-le-Sec de rétablir la mise à disposition de ce gymnase et du matériel pour le 5 avril 2026 ou, à défaut, de mettre à leur disposition un local équivalent, sous astreinte de 500 euros par jour de retard, dont 300 euros pour l’association A... et Mme Moussa, d’une part, et 200 euros pour l’association Sentinelle-Duarté et M. B..., d’autre part, à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Noisy-le-Sec les dépens ainsi qu’une somme totale de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative, dont 1 500 euros pour l’association A... et Mme Moussa, d’une part, et 1 500 euros pour l’association Sentinelle-Duarté et M. B..., d’autre part.

Ils soutiennent que :
- ils justifient d’un intérêt à agir ;
- l’urgence est caractérisée dès lors que la deuxième édition du forum de l’entrepreneuriat féminin, en préparation depuis six mois, doit se tenir à Noisy-le-Sec, le 5 avril 2026, que les participations ont été encaissées, les supports de communication diffusés et le matériel réservé ;
- la décision de retrait de la mise à disposition du gymnase est manifestement illégale dès lors qu’il s’agit du retrait d’une décision créatrice de droits édictée depuis sept semaines, dans un délai extrêmement tardif, à onze jours de l’évènement, que la commune ne leur a proposé aucune solution alternative et qu’elle leur cause un préjudice irréparable, notamment financier, ainsi qu’un préjudice collatéral pour les exposants, bénévoles et partenaires directement lésés ;
- la décision en litige est entachée d’un défaut de motivation, d’un défaut de réexamen, d’un défaut de base légale, d’un détournement de pouvoir, n’est justifiée par aucun trouble à l’ordre public, repose exclusivement sur des considérations politiques entraînant ainsi une discrimination dans l’accès au service public alors que la première édition du forum avait recueilli les félicitations du maire de la commune ;
- la décision en litige porte une atteinte grave et manifestement illégale à leur liberté de réunion et d’association, ainsi qu’au principe d’égalité d’accès aux équipements publics ;
- postérieurement au dépôt de leur requête introductive d’instance, la commune de Noisy-le-Sec a ajouté, verbalement, trois nouveaux motifs infondés à la décision en litige, tirés de l’obligation de gratuité totale de l’évènement, de l’absence du logo de la ville sur les supports de communication et du coût de la moquette.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mars 2026, la commune de Noisy-le-Sec, représentée par Me Kukuryka, conclut au rejet de la requête et à ce qu’une somme de 800 euros soit mise à la charge de chaque requérant sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- une décision implicite de rejet est née le 3 février 2026 du silence gardé par ses services à la suite de la demande l’association A... de revoir sa position quant à la décision défavorable de mise à disposition d’une salle pour l’évènement du 5 avril 2026 ;
- le courriel du 5 février 2026 de la direction des sports est un simple avis favorable de mise à disposition du gymnase ;
- les discussions entre l’association et les services de la commune portant sur les modalités de cette mise à disposition n’ont pas abouti à la conclusion d’une convention de mise à disposition ;
- les conclusions de l’association A... sont irrecevables dès lors qu’elle n’établit pas être une association déclarée, que son n° SIRET et son numéro d’immatriculation au registre national des associations correspondent à celui d’une autre association dénommée « association de promotion de la culture berbère algérienne », qu’elle ne dispose pas d’une qualité lui donnant intérêt à agir en matière de référé liberté, qu’elle a annoncé sur ses réseaux sociaux sa clôture définitive, et que son objet social, étroitement lié aux élèves, à leurs parents et à la scolarité, ne lui permet pas d’organiser un salon de l’entrepreneuriat dont les thématiques sont le bien-être, la beauté, le business, le développement personnel et les services, ni d’agir en justice contre le refus de mise à disposition du gymnase pour l’organisation d’un tel évènement ;
- les conclusions de l’association Sentinelle-Duarté sont irrecevables dès lors qu’elle ne justifie d’aucun intérêt à agir, celle-ci n’ayant présenté aucune demande de mise à disposition du gymnase, l’absence de mise à disposition de celui-ci ne lèse donc aucun de ses intérêts ;
- les conclusions de M. B... sont irrecevables dès lors qu’il n’établit pas être membre de l’association A... de sorte qu’il ne justifie pas d’un intérêt lésé susceptible de lui donner qualité pour agir, qu’il n’établit pas être personnellement investi dans l’évènement prévu le 5 avril 2026, et que sa qualité de contribuable local ne suffit pas ;
- les conclusions de Mme Moussa sont irrecevables dès lors qu’elle ne se prévaut d’aucun intérêt à agir distinct de celui de l’association A... qu’elle préside, qu’elle n’établit pas avoir fait l’objet d’une quelconque sanction par la commune, et que sa qualité de citoyenne ne suffit pas ;
- l’association A... n’établit pas l’urgence dès lors qu’elle s’est abstenue d’introduire un référé suspension dirigé contre la décision implicite de rejet du 3 février 2026, qu’elle ne dispose pas d’une convention écrite d’occupation du gymnase et qu’elle ne peut se prévaloir d’aucune autorisation expresse ou tacite ; qu’elle n’a effectué aucune démarche en vue de l’obtention d’une telle convention écrite ; qu’elle a fait preuve d’imprudence en engageant des dépenses, en recueillant des inscriptions et en communiquant sur cet évènement alors qu’elle ne disposait d’aucune autorisation écrite d’occupation ;
- aucun des autres requérants ne justifie d’une situation d’urgence ;
- les requérants ne peuvent utilement se prévaloir d’une atteinte à la liberté d’association dès lors que la décision de la commune n’a pas pour objet, ni pour effet, de dissoudre les associations requérantes, ni de porter atteinte à leur objet social ;
- l’égalité d’accès aux équipements publics n’est pas une liberté fondamentale ;
- la décision en litige ne porte pas atteinte à la liberté de réunion des requérants dès lors qu’ils n’établissent pas se trouver dans l’impossibilité de se réunir dans d’autres locaux ;
- l’association A... n’a jamais bénéficié d’une décision favorable d’occuper le gymnase de sorte qu’il n’existe pas de retrait d’une décision créatrice de droits ; le courriel du 5 février 2026 ne constituant pas une décision créatrice de droits en l’absence de délivrance ultérieure d’une autorisation d’occupation ;
- l’absence de mise à disposition du gymnase n’est entachée d’aucune illégalité manifeste, elle se justifie par le blocage de l’activité sportive qu’entraînerait l’organisation d’une réunion et la mobilisation du personnel, par l’avantage économique, voire une libéralité, conféré à l’association A... dans un secteur concurrentiel, et par l’absence d’intérêt public local non lucratif ;
- les requérants n’établissent aucune discrimination, ni détournement de pouvoir.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- la loi du 1er juillet 1901 relative au contrat d’association ;
- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Nguër, première conseillère, pour statuer sur les demandes en référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique, tenue le 30 mars 2026 à 14h30, en présence de Mme Niang, greffière d’audience :
- le rapport de Mme Nguër, juge des référés ;
- les observations de Mme Moussa, agissant en son nom personnel et en sa qualité de représentante de l’association A..., qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens, indique que l’association A... n’a pas fait l’objet d’une déclaration en préfecture mais est déclarée au registre des associations de la commune, précise que la première édition du forum avait été reportée au 6 janvier 2024 et qu’elle n’avait pas donné lieu à la conclusion d’une convention d’occupation du gymnase ayant accueilli l’évènement, que la deuxième édition du forum, prévue le 5 avril 2026, réunira à nouveau une quarantaine d’exposantes qui sont majoritairement locales, pour la plupart mères de familles monoparentales d’élèves scolarisés dans la commune, et précise que, depuis le courriel de la commune du 24 mars 2026, elle a interrompu l’organisation de l’évènement du 5 avril 2026 et a informé les participantes d’une éventuelle annulation de celui-ci ;
- les observations de M. B..., agissant en son nom personnel et en sa qualité de représentant de l’association Sentinelle-Duarté, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens, et qui précise être le partenaire en communication de l’association A... chargé de la communication numérique de l’évènement du 5 avril 2026 ;
- les observations de Me Kukuryka, représentant la commune de Noisy-le-Sec, qui conclut aux mêmes fins que le mémoire en défense, par les mêmes moyens, et confirme que la collectivité ne prévoit pas de mettre à la disposition de l’association A... une quelconque salle pour l’évènement du 5 avril 2026.

A l’issue de l’audience, la clôture de l’instruction a été différée jusqu’au 31 mars 2026 à 12h.

Par un mémoire intitulé « note en délibéré », enregistré le 31 mars 2026 à 1h20 et communiqué le même jour, l’association Union des Parents E... (A...), Mme C... Moussa, l’association Sentinelle-Duarté et M. D... B... concluent aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens, et ajoutent que :
- il n’existe qu’une seule personne morale qui est l’« association de promotion de la culture berbère algérienne » et que l’association A... n’est pas une seconde association mais le nom d’usage de l’« association de promotion de la culture berbère algérienne » pour les activités de parents d’élèves au sein du groupe scolaire Arthur Rimbaud ;
- l’« association de promotion de la culture berbère algérienne » a fait l’objet d’un changement de dénomination pour « Graines du Londeau » avec modification de son objet social, et conserve sa personnalité morale bien que les modifications tardent à être enregistrées en préfecture ;
- la commune a toujours traité avec l’association A..., créant ainsi une apparence administrative qu’elle ne peut contredire, qui s’est vue allouer, au cours de l’année 2025, plusieurs subventions et prêt de matériel par la collectivité ;
- l’association A... est destinataire des courriels des 5 février et 24 mars 2026 ce qui lui donne intérêt à agir, sa clôture annoncée est consécutive au retrait de la mise à disposition du gymnase pour l’évènement du 5 avril 2026 ;
- Mme Moussa, M. B... et l’association Sentinelle-Duarté conservent un intérêt à agir distinct de celui de l’association A... et, en tout état de cause, la seule demande de l’association A... et de Mme Moussa suffit à emporter la solution du litige ;
- le courriel du 5 février 2026 ne constitue pas un avis favorable mais bien une validation de la demande de mise à disposition d’une salle, et à supposer qu’il ne puisse être regardé comme une décision créatrice de droits, il a néanmoins créé une confiance légitime que la commune ne pouvait détruire à quelques jours de l’évènement sans motif impérieux ;
- le refus implicite de la commune, né le 3 février 2026, du silence gardé par celle-ci, a été remplacé par le courriel de validation du 5 février 2026 ;
- l’urgence est imputable à la commune qui n’a jamais proposé de convention d’occupation et n’en a jamais exigé pour les précédents évènements ;
- le refus de mise à disposition du gymnase porte atteinte à la liberté de réunion et l’article L. 2144-3 du code général des collectivités territoriales impose au maire de motiver tout refus par l’un des trois motifs légaux prévus par ces dispositions, ce qui n’est pas le cas en l’espèce ;
- le retrait tardif de la décision de mise à disposition du gymnase est illégal ;
- aucun des motifs ajoutés par la commune verbalement et dans son mémoire en défense ne figure dans le courriel du 24 mars 2026, et la collectivité se contredit compte tenu de son comportement passé à l’égard de l’association A..., notamment la reconnaissance de l’intérêt public, par elle-même, de la première édition du forum, par les précédentes activités lucratives organisées notamment à l’école municipale et par les courriels échangés pour l’organisation de l’évènement du 5 avril 2026 ;
- l’ensemble des éléments cités constituent un faisceau d’indices de détournement de pouvoir.

Par un nouveau mémoire en défense, enregistré le 31 mars 2026 à 11h52 et communiqué le même jour, la commune de Noisy-le-Sec, représentée par Me Kukuryka, conclut aux mêmes fins que le premier mémoire en défense, par les mêmes moyens, et ajoute que :
- les statuts de l’association A..., qui n’ont pas été déclarés, ne font aucunement référence à une extension de l’« association de promotion de la culture berbère algérienne » ; si la requête devait être regardée comme ayant été déposée par cette dernière alors celle-ci ne justifierait d’aucune qualité lui donnant intérêt à agir contre une décision qui concerne une association distincte ;
- l’association A... n’établit pas que sa clôture est liée à l’absence de mise à disposition du gymnase pour l’évènement du 5 avril 2026 ;
- la qualité à agir de l’association A... doit s’apprécier seulement au regard de l’objet de ses statuts ;
- Mme Moussa a effectué la demande de mise à disposition d’une salle qu’en sa seule qualité de présidente de l’association A..., elle ne justifie donc pas d’un intérêt personnel distinct ;
- M. B... n’établit pas avoir participé au projet organisé par l’association A... et les statuts de l’association Sentinelle-Duarté sont rédigés dans des termes trop généraux pour lui donner un intérêt à agir contre une décision concernant une autre association ;
- si le courriel du 5 février 2026 devait être regardé comme un engagement de la commune, cependant celui-ci n’a pu créer aucun droit à la conclusion d’une convention d’occupation ;
- la condition d’urgence n’est pas remplie dès lors que l’association A... a indiqué au cours de l’audience publique qu’elle avait cessé de communiquer sur le projet depuis le 24 mars 2026 et qu’elle avait informé les participantes d’une éventuelle annulation de l’évènement ;
- les requérants ne justifient pas d’une atteinte à la liberté de réunion dès lors qu’aune disposition législative ou règlementaire, ni aucun principe, n’imposent à une commune de proposer une autre salle que celle demandée.

Les parties ont été informées que la clôture de l’instruction a fait l’objet d’un nouveau report jusqu’au 31 mars 2026 à 15h.


Considérant ce qui suit :

Par un courriel du 5 février 2026, adressé à 14h49 à l’association Union des Parents E... (A...), dont l’objet s’intitule « [sports] Report forum de l’entrepreneuriat octobre 2025 », le Responsable de l’organisation des évènements sportifs de la direction des sports de la commune de Noisy-le-Sec a indiqué à Mme Moussa, présidente de cette association, « nous avons le plaisir de vous informer que le gymnase Marcel Gentilini a été validé pour recevoir votre 2ème édition du salon de l’entrepreneuriat féminin, le dimanche 5 avril 2026 ». Par un courriel, du même jour, adressé à 14h53 à cette même association, suivant le même objet, la Chargée de mission évènementiel de la direction des relations publiques de la même commune, a indiqué à Mme Moussa « suite à l’accord donné par mes collègues de la direction des sports d’occuper le gymnase Gentilini, le dimanche 5 avril pour la tenue du 2ème salon de l’entrepreneuriat féminin, je vous informe que nous vous mettrons le matériel suivant à disposition : -10 tables (pensez à les couvrir svp) -20 bancs -4 grilles d’exposition -1 sonorisation portable avec 2 micros -2 rallonges et 2 multiprises. Le moquettage du sol sera assuré en amont par mes collègues du service logistique. En revanche, je suis au regret de vous informer que nous ne prêtons pas les machines à popcorn et barbe à papa ». Par un courriel du 24 mars 2026, adressé à 15h45 à cette même association, dont l’objet s’intitule « Mise à disposition du gymnase Marcel Gentilini le 05/04 », la Directrice générale adjointe de la même commune indique « nous revenons vers vous concernant l’organisation de votre initiative dédiée à l’entrepreneuriat féminin, pour laquelle la mise à disposition du gymnase Marcel Gentilini avait été envisagée le 05/04/2026. A la suite d’un réexamen des conditions d’utilisation des équipements sportifs et des priorités d’affectation, la collectivité est amenée à ne pas donner une suite favorable à cette demande ». Malgré la contestation de Mme Moussa, en réponse à ce dernier courriel, la Directrice générale adjointe, a indiqué, dans un courriel du même jour, à 18h25, que « dans le contexte du réexamen, la décision de ne pas donner suite demeure inchangée ». L’association A..., Mme Moussa, l’association Sentinelle-Duarté et M. B... demandent, à titre principal, au juge des référés, statuant par application de l’article L. 521-2 du code de justice administrative, de suspendre l’exécution de la décision du 24 mars 2026 et d’enjoindre à la commune de Noisy-le-Sec de rétablir la mise à disposition du gymnase Marcel Gentilini et du matériel pour le 5 avril 2026 ou, à défaut, de mettre à leur disposition un local équivalent.

Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :

En premier lieu, il est constant que l’association A... est en charge de l’organisation du forum de l’entrepreneuriat féminin qui doit se tenir, sur le territoire de la commune de Noisy-le-Sec, le 5 avril 2026, et que son adresse email est celui destinataire des courriels en litige des services de la commune, des 5 février et 24 mars 2026, rappelés au point 1. Si l’association A... n’a pas été régulièrement déclarée auprès du greffe des associations de la préfecture, il résulte néanmoins de l’instruction que cette dernière est suffisamment implantée dans la commune de Noisy-le-Sec pour recevoir, outre les informations générales communiquées aux associations de la commune, des subventions à objets divers ainsi que des prêts de matériel, y compris celui d’un véhicule, de la part de cette collectivité, sans que fassent obstacle, jusqu’à présent, ses carences déclaratives, ni l’adjonction irrégulière du numéro SIRET d’une autre association, ni le contenu de son objet social pourtant limité à la scolarité, aux élèves et aux parents d’élèves de la commune. Ainsi, dans ces circonstances très particulières de l’espèce, l’association A... doit être regardée comme une association de fait, à but non lucratif, ayant un intérêt à agir dans le cadre de la présente instance. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par la commune de Noisy-le-Sec et dirigée contre l’association A... doit être écarté.

En deuxième lieu, Mme Moussa n’a d’intérêt à agir qu’en sa qualité de présidente de l’association A.... En l’espèce, elle ne justifie pas utilement d’une autre qualité lui donnant intérêt à agir dans le cadre de la présente instance. Par suite, il y a lieu d’accueillir la fin de non-recevoir opposée par la commune de Noisy-le-Sec et dirigée contre Mme Moussa.

En dernier lieu, si M. B... fait valoir qu’il est chargé de la communication numérique de l’évènement organisé le 5 avril 2026 par l’association A..., cependant il ne l’établit pas. Il ne justifie pas, en cette qualité, ni utilement en qualité de contribuable local, d’un intérêt pour agir dans le cadre de la présente instance. Si l’association Sentinelle-Duarté a notamment pour objet la « défense des droits et intérêts des citoyens dans leurs relations avec les élus politiques », celle-ci n’est pas étendue aux personnes morales telles que les associations. Ce faisant, elle ne justifie pas davantage d’un intérêt pour agir dans le cadre de la présente instance. Par suite, il y a lieu d’accueillir les fins de non-recevoir opposées par la commune de Noisy-le-Sec et dirigées contre M. B... et l’association Sentinelle-Duarté.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative :

Aux termes de l’article L. 521-2 du code de justice administrative : « Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ».

Aux termes de l’article L. 2144-3 du code général des collectivités territoriales : « Des locaux communaux peuvent être utilisés par les associations ou partis politiques qui en font la demande. / Le maire détermine les conditions dans lesquelles ces locaux peuvent être utilisés, compte tenu des nécessités de l'administration des propriétés communales, du fonctionnement des services et du maintien de l'ordre public. / Le conseil municipal fixe, en tant que de besoin, la contribution due à raison de cette utilisation. / (…) ».

Aux termes de l’article L. 2122-1 du code général de la propriété des personnes publiques : « Nul ne peut, sans disposer d'un titre l'y habilitant, occuper une dépendance du domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 ou l'utiliser dans des limites dépassant le droit d'usage qui appartient à tous ». Aux termes de l’article L. 2122-3 du même code : « L'autorisation mentionnée à l'article L. 2122-1 présente un caractère précaire et révocable ». Aux termes de l’article L. 2125-1 du même code : « (…) / En outre, l'autorisation d'occupation ou d'utilisation du domaine public peut être délivrée gratuitement aux associations à but non lucratif qui concourent à la satisfaction d'un intérêt général. / (…) ».

Il résulte des dispositions citées au point précédent que si une décision d’autorisation d’occupation du domaine public est précaire et révocable et peut être abrogée à tout moment, cette décision d’abrogation doit cependant reposer sur un motif et ne peut être discrétionnaire. Une telle décision doit, si elle n’est pas fondée sur une faute de l’occupant ou le non-respect des conditions auxquelles l’autorisation était subordonnée, ou sur son caractère illégal, être justifiée par un motif d’intérêt général suffisant, contrôlé par le juge.

D’une part, ainsi qu’il a été dit aux points 1. et 2., il est constant que l’association A... est en charge de l’organisation de la deuxième édition du forum de l’entrepreneuriat féminin qui doit se tenir le 5 avril 2026, sur le territoire de la commune de Noisy-le-Sec, et qu’elle a été la seule destinataire des courriels, des services de la commune, en date des 5 février et 24 mars 2026. Il résulte également de l’instruction que l’organisation de cette deuxième édition a fait l’objet de nombreux échanges, par courriel, entre l’association A... et les services de la commune depuis, à tout le moins, le mois de septembre 2025, notamment pour la détermination d’une date définitive. Les deux courriels du 5 février 2026 doivent ainsi être regardées, de manière non équivoque, eu égard au degré de précision de leurs énoncés, comme constituant une autorisation de mise à disposition du gymnase Marcel Gentilini, le 5 avril 2026, au bénéfice de l’association A... pour l’organisation de la deuxième édition du forum de l’entrepreneuriat féminin. L’absence de conclusion, entre l’association et la commune, d’une convention d’occupation de ce gymnase, d’ailleurs imputable à la seule commune de Noisy-le-Sec en sa qualité d’autorité gestionnaire du domaine public, ne saurait faire obstacle à la valeur juridique que revêt cette autorisation de la commune édictée par voie de courriel. Est d’ailleurs sans incidence, la circonstance que la commune a conservé le silence, pendant plus de deux mois, après le courriel, du 3 décembre 2025, de l’association A... demandant à la collectivité de revoir sa position quant à la décision défavorable de mise à disposition d’une salle, qui lui avait été communiquée, le même jour, par courriel du Responsable de l’organisation des évènements sportifs de la direction des sports. De plus le courriel du 24 mars 2026 doit, quant à lui, être regardé comme une décision d’abrogation de l’autorisation de mise à disposition du gymnase qui avait été accordée à l’association le 5 février 2026. Par suite, dans les circonstances de l’espèce, eu égard à l’imminence de l’évènement devant se tenir le 5 avril 2026 et l’organisation, en amont, qu’il implique, l’association A... justifie d’une urgence caractérisée pour l’application des dispositions de l’article L. 521-2 du code de justice administrative.

D’autre part, il résulte de l’instruction que le premier forum de l’entrepreneuriat féminin de Noisy-le-Sec, organisé par l’association « Aujourd’hui vers demain », en partenariat avec l’association A... et la commune de Noisy-le-Sec, s’est tenu, le 6 janvier 2024, dans le gymnase Estienne d’Orves. Cet évènement, qui avait réuni une quarantaine d’exposantes, avait été couronné de succès, Mme Moussa, alors secrétaire au sein de l’association « Aujourd’hui vers demain », les bénévoles ainsi que les services de la municipalité ayant reçu les remerciements publics du maire de la commune via une publication de l’intéressé sur le réseau social « facebook ». Il ressort des termes de cette publication que les exposantes de la première édition étaient « très majoritairement locales ». Mme Moussa a déclaré au cours de l’audience publique, sans être contredite, que la première édition du forum n’avait pas donné lieu à la conclusion d’une convention d’occupation du gymnase ayant accueilli l’évènement, que la deuxième édition, qui doit se tenir le 5 avril 2026, réunira un nombre d’exposantes équivalent à la première édition, majoritairement locales et pour la plupart mères de familles monoparentales d’élèves scolarisés dans la commune. Il résulte également de l’instruction que l’organisation de cette deuxième édition a fait l’objet de nombreux échanges entre l’association A... et les services de la commune depuis, à tout le moins, le mois de septembre 2025, notamment pour la détermination d’une date définitive. Or, la décision du 24 mars 2026 d’abrogation de l’autorisation de mise à disposition du gymnase Marcel Gentilini, qui avait pourtant été accordée à l’association A... par courriel du 5 février 2026, comporte un unique motif, non détaillé, ni circonstancié, tenant au réexamen des conditions d’utilisation des équipements sportifs et des priorités d’affectation. Ce faisant, ce motif n’est fondé sur aucune faute de l’association A..., ni sur le non-respect des conditions auxquelles l’autorisation était subordonnée, ni sur un caractère illégal. La décision d’abrogation en litige ne contient pas davantage de motif d’intérêt général suffisant susceptible de satisfaire aux exigences posées par le deuxième alinéa de l’article L. 2144-3 du code général des collectivités territoriales. Dans ces conditions, elle doit être regardée comme étant discrétionnaire et, par voie de conséquence, comme étant entachée d’une illégalité ayant pour conséquence, eu égard aux circonstances de l’espèce, de mettre l’association A... dans une situation portant une atteinte grave et manifestement illégale à sa liberté de réunion. En outre, à supposer que la commune de Noisy-le-Sec ait entendu, dans ses écritures en défense, opérer une substitution de motifs, celle-ci est sans incidence sur la solution apportée à ce litige dès lors que l’intérêt public local de l’évènement résulte de l’instruction, et que la collectivité n’établit ni le blocage d’une quelconque activité sportive, dans le gymnase Marcel Gentilini, au cours de la journée du 5 avril 2026, ni une libéralité ou un quelconque avantage économique illégalement conféré à l’association A....

Il résulte de tout ce qui précède, sans qu’il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, qu’il y a lieu, d’une part, de suspendre l’exécution de la décision du 24 mars 2026 de la commune de Noisy-le-Sec, édictée par courriel de la Directrice générale adjointe, abrogeant la mise à disposition, le 5 avril 2026, du gymnase Marcel Gentilini à l’association A... et, d’autre part, d’enjoindre à la commune de Noisy-le-Sec de mettre à la disposition de cette association le gymnase Marcel Gentilini, ou toute autre salle communale disposant d’une taille et d’équipements équivalents, pour l’organisation du forum de l’entrepreneuriat féminin du 5 avril 2026, conformément aux modalités de cette mise à disposition énoncées dans les deux courriels du 5 février 2026, adressées à cette association et rappelées au point 1. Il n’y a pas lieu d’assortir ces mesures d’une astreinte. En outre, la présente instance n’a donné lieu à aucun dépens.

Sur les frais liés au litige :

Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de la commune de Noisy-le-Sec les sommes que l’association A... demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative. Il n’y a pas davantage lieu de mettre à la charge de Mme Moussa, de M. B... et de l’association Sentinelle-Duarté les sommes que la commune de Noisy-le-Sec demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Enfin, les dispositions de l’article précité font, par ailleurs, obstacle à ce que les sommes demandées à ce titre par la commune soient mises à la charge de l’association A... qui n’est pas, dans la présente instance, la partie perdante.

ORDONNE :

Article 1er : L’exécution de la décision du 24 mars 2026 de la commune de Noisy-le-Sec, édictée par courriel de la Directrice générale adjointe, abrogeant la mise à disposition, le 5 avril 2026, du gymnase Marcel Gentilini à l’association Union des Parents E... (A...) est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint à la commune de Noisy-le-Sec de mettre à la disposition de l’association A... le gymnase Marcel Gentilini, ou toute autre salle communale disposant d’une taille et d’équipements équivalents, pour l’organisation du forum de l’entrepreneuriat féminin du 5 avril 2026, conformément aux modalités énoncées dans les deux courriels du 5 février 2026 rappelées au point 1. de la présente ordonnance.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à l’association Union des Parents E... (A...), premier dénommé pour l’ensemble des requérants, et à la commune de Noisy-le-Sec.

Copie en sera adressée à M. D... B....

Fait à Montreuil, le 1er avril 2026.

La juge des référés,


M. Nguër


La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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