Le Tribunal Administratif de Montreuil, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'exécution du refus implicite de renouvellement d'une carte de résident. Le juge estime que la condition d'urgence, exigée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative, n'est pas remplie, notamment en raison du délai de plus de trois ans écoulé depuis que le requérant a été informé de la décision et du fait qu'il détient un document provisoire de séjour valide. Par conséquent, il n'y a pas lieu d'examiner l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision préfectorale.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 28 et 30 mars 2026, M. A... B..., représenté par Me Ramadan, demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l’exécution de la décision par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a implicitement refusé de renouveler sa carte de résident ;
2°) d’enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis ou à tout autre préfet territorialement compétent, à titre principal, de renouveler sa carte de résident, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision du tribunal, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le même délai et sous la même astreinte et, dans cette attente, de lui remettre une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que l’urgence est caractérisée, celle-ci étant en principe constatée en cas de renouvellement de titre de séjour, alors en outre qu’elle est caractérisée compte tenu de l’ancienneté de son séjour en France et de la présence sur ce territoire de plusieurs membres de sa famille, de nationalité française.
Vu :
- la requête n° 2606965 enregistrée le 28 mars 2026, tendant à l’annulation de la décision en litige ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Charageat, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ». En vertu de l’article L. 522‑3 de ce code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d’urgence n’est pas remplie ou lorsqu’il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu’elle est irrecevable ou qu’elle est mal fondée.
2. L’urgence justifie la suspension de l’exécution d’un acte administratif lorsque celui-ci porte atteinte de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Il appartient au juge des référés d’apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l’acte contesté sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l’exécution de la décision soit suspendue. L’urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l’ensemble des circonstances de l’affaire.
3. M. B..., ressortissant marocain né le 14 août 1975, était titulaire d’une carte de résident valable jusqu’au 7 août 2021. Il fait valoir qu’il a sollicité le renouvellement de ce titre et demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l’exécution de la décision rejetant implicitement cette demande. Si la condition d’urgence est en principe constatée en cas de refus de renouvellement d’un titre de séjour, il est constant en l’espèce que par des ordonnances n° 2208579 du 13 juin 2022 et n° 2210664 du 8 juillet 2022 le juge des référés du tribunal administratif de Montreuil, saisi sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative de demandes du requérant tendant notamment à enjoindre à l’autorité préfectorale de le convoquer en vue de la délivrance d’un titre de séjour, a rejeté celles-ci au motif que l’intéressé avait présenté une demande de renouvellement de son titre de séjour le 2 juillet 2021, que cette demande avait donné lieu, en application des articles R. 432-1 et R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à l’issue d’un délai de quatre mois et sans qu’y fasse obstacle la délivrance de récépissés successifs, à une décision implicite de rejet qu’il lui était loisible de contester, s’il s’en estimait recevable et fondé, le cas échéant par la voie du référé tendant à la suspension de l’exécution d’une décision administrative. Dans ces conditions, alors notamment qu’il n’a sollicité l’annulation de la décision en litige que par la requête susvisée n° 2606965 enregistrée le 28 mars 2026, soit plus de trois ans après avoir été informé de l’existence de cette décision, et qu’il est au demeurant en possession d’un document provisoire de séjour en cours de validité, M. B... ne peut se prévaloir de la présomption d’urgence attachée au refus de renouvellement d’un titre de séjour, ni ne justifie de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier d’une mesure provisoire dans l’attente du jugement de la requête au fond. Ainsi, la condition d’urgence prévue à l’article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie. Il suit de là, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur l’existence d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, que la requête doit être rejetée, en toutes ses conclusions, selon la procédure prévue à l’article L. 522-3 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A... B....
Fait à Montreuil, le 1er avril 2026.
Le juge des référés,
D. Charageat
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.