Le Tribunal administratif de Montreuil, statuant en référé-liberté, a rejeté la demande de suspension du refus de délivrance d'un laissez-passer consulaire. Le juge a estimé que le requérant, un ressortissant haïtien, n'apportait pas la preuve d'une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale, notamment en ne démontrant pas son maintien effectif en zone d'attente et en ne justifiant pas avoir sollicité un visa de retour. La décision s'appuie sur les articles L. 521-2 et L. 522-3 du code de justice administrative et sur le décret du 30 décembre 2004 régissant la délivrance des laissez-passer consulaires.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 30 mars 2026, M. A... C... B..., représenté par Me Alagapin-Graillot, demande au juge des référés, statuant par application de l’article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l’exécution de la décision du 20 mars 2026 par laquelle le consul général de France à Istanbul a refusé de lui délivrer un laissez-passer consulaire pour revenir sur le territoire français ;
2°) d’enjoindre au consul de France à Istanbul de lui délivrer un laissez-passer consulaire ou, à défaut, un visa de retour, dans les plus brefs délais ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 200 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d’urgence est remplie, dès lors qu’il est en zone d’attente en Turquie, sans pouvoir revenir sur le territoire français, du fait de l’expiration de son récépissé de carte de séjour le 2 mars 2026, et qu’il risque d’être éloigné à destination d’Haïti ;
- il est porté une atteinte grave et manifestement illégale au principe de la dignité humaine, à la liberté d’aller et venir et au respect de sa vie privée et familiale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le décret n° 2004-1543 du 30 décembre 2004 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme de Bouttemont, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l’article L. 521-2 du code de justice administrative : « Saisi d’une demande en ce sens justifiée par l’urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d’une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l’exercice d’un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ». En vertu de l’article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d’urgence n’est pas remplie ou lorsqu’il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu’elle est irrecevable ou qu’elle est mal fondée.
2. M. B..., ressortissant haïtien né le 9 mai 2000, est titulaire, en dernier lieu, d’une carte de séjour pluriannuelle, valable du 3 septembre 2021 jusqu’au 2 septembre 2025 portant la mention « vie privée et familiale », dont il a sollicité le renouvellement. Il s’est vu remettre un récépissé de renouvellement de titre de séjour, valable du 2 septembre 2025 au 2 mars 2026. Il demande la suspension de l’exécution de la décision du 20 mars 2026 par laquelle le consul général de France à Istanbul a refusé de lui délivrer un laissez-passer consulaire afin de revenir sur le territoire français.
3. Il résulte de l’instruction que M. B... a déclaré s’être rendu en Turquie pour des raisons touristiques, muni de son passeport en cours de validité, de sa carte de séjour périmée et de son récépissé de renouvellement de titre de séjour, valable jusqu’au 2 mars 2026. Il a réservé un vol de retour en France pour le 28 mars 2026, alors qu’à cette date, il était dépourvu de tout document de séjour, en cours de validité. S’il fait valoir être placé en zone d’attente dans l’aéroport d’Istanbul sans pouvoir revenir en France, il n’apporte, toutefois, aucun élément, postérieur au 20 mars 2026, établissant la réalité de ce maintien en zone d’attente à la date de la saisine du juge, et par là-même, l’impossibilité établie de se rendre au consulat pour obtenir un visa de retour. Par ailleurs, l’intéressé ne peut solliciter un laissez-passer consulaire, dont la délivrance est réservée en application de l’article 8 du décret du 30 décembre 2004 susvisé, aux seuls ressortissants français, dépourvus de titre de voyage. Enfin, il ne ressort pas de l’instruction que le requérant se serait rapproché, ainsi que l’y a invité le consul de France à Istanbul, des services de la préfecture de la Seine-Saint-Denis, en charge de l’instruction de sa demande, pour le renouvellement de son récépissé de carte de séjour lui permettant de revenir en France. Dans ces conditions, le requérant ne peut être regardé comme établissant, à la date de l’instruction, l’existence d’une atteinte grave et manifestement illégale qui aurait été portée à une liberté fondamentale au sens de l’article L. 521-2 du code de justice administrative.
4. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B... doit être rejetée, en toutes ses conclusions, selon la procédure prévue par l’article L. 522-3 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A... C... B....
Fait à Montreuil, le 2 avril 2026.
La juge des référés,
M. de Bouttemont
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.