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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-1900475

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-1900475

vendredi 16 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-1900475
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème Chambre
Avocat requérantROCHEFORT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 14 janvier 2019 et 30 juillet 2021, Mme C A, représentée par Me Rochefort, demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision du 14 novembre 2018 par laquelle le groupement hospitalier intercommunal du Vexin a rejeté sa demande de versement de l'indemnité de départ volontaire ;

2°) d'enjoindre au groupement hospitalier intercommunal du Vexin de lui verser l'indemnité de départ volontaire assortie des intérêts au taux légal ainsi que la capitalisation de ces intérêts à compter de la date de dépôt de la requête et à chaque échéance annuelle et à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande ;

3°) de condamner le groupement hospitalier intercommunal du Vexin aux entiers dépens ;

4°) de mettre à la charge du groupement hospitalier intercommunal du Vexin la somme de 4 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'une incompétence du signataire ;

- elle est entachée d'un vice de forme en ce qu'elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une incompétence négative dès lors que le directeur du groupement hospitalier intercommunal était tenu de faire droit à sa demande,

- elle est entachée d'une erreur de droit sinon d'une erreur d'appréciation dès lors qu'elle remplit les conditions légales pour se voir attribuer l'indemnité de départ volontaire instituée par le décret 98-1220 du 29 décembre 1998 ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une rupture d'égalité de traitement dès lors que le refus qui lui est opposé est fondé sur des considérations budgétaires.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 juillet 2021, le groupement hospitalier intercommunal du Vexin, représenté par la Selarl Houdart et associés, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de Mme A le versement de la somme de 2000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir :

- le moyen tiré de l'insuffisance de motivation est inopérant dès lors que le versement de l'indemnité de départ volontaire ne constitue pas un avantage dont l'attribution constitue un droit ;

- il était tenu de refuser l'octroi de cette indemnité à la requérante dès lors que celle-ci ne remplit pas les conditions légales d'attribution ;

- les autres moyens de la requête sont inopérants ou ne sont pas fondés.

Par ordonnance en date du 8 décembre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 27 décembre 2021 à 12h00.

Un mémoire enregistré le 9 juin 2022 pour Mme A, postérieurement à la date de clôture de l'instruction n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 98-1220 du 29 décembre 1998 instituant une indemnité de départ volontaire au profit de fonctionnaires, agents stagiaires et agents contractuels en fonction dans un établissement mentionné à l'article 2 de la loi du 9 janvier 1986

- le décret n° 2001-353 du 20 avril 2001 instituant une indemnité exceptionnelle de mobilité dans la fonction publique hospitalière ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique ;

- Les conclusions de Mme Riedinger, rapporteure publique ;

- Et les observations de Me Rochefort, représentant de Mme A et de Me Laurent, représentant le groupement hospitalier intercommunal du Vexin.

Une note en délibéré présentée pour Mme A a été enregistrée le 31 août 2022 et n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, adjointe administrative titulaire, affectée au sein du groupement hospitalier intercommunal du Vexin depuis 2002, a présenté sa démission par une lettre du 22 octobre 2018 et a sollicité le versement de l'indemnité de départ volontaire instituée par le décret n° 98-1220 du 29 décembre 1998 susvisée. Par une décision du 14 novembre 2018, le groupement hospitalier intercommunal du Vexin a refusé de lui verser l'indemnité de départ volontaire sollicitée. Par la présente requête, l'intéressée demande au tribunal de prononcer l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la décision contestée a été signée par Mme F E directrice adjointe des ressources humaines qui disposait, en application de l'article 3 de la décision relative à la délégation d'ordonnateur du 2 octobre 2017 régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de l'Etat dans le Val-d'Oise n°59 du 6 novembre 2017, d'une délégation de signature de M. B, directeur du groupement hospitalier intercommunal du Vexin, à l'effet de signer " toutes les pièces relatives au recrutement, à la nomination, à l'affectation entre les différentes directions, à la carrière, fin de carrière ou de contrat et licenciement des personnels stagiaires et titulaires de la fonction publique hospitalière ". Contrairement à ce que soutient la requérante, cette délégation lui donnait compétence pour prendre la décision en litige. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte attaqué manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () / 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; () ".

4. Aux termes de l'article 1er du décret n°98-1220 du 29 décembre 1998 instituant une indemnité de départ volontaire au profit de fonctionnaires, agents stagiaires et agents contractuels en fonction dans un établissement mentionné à l'article 2 de la loi du 9 janvier 1986, dans sa version applicable au litige " les fonctionnaires () en fonctions et concernés par une opération de réorganisation telle que définie au premier tiret de l'article 2 du décret du 20 avril 2001 susvisé, bénéficient, sur leur demande et sous réserve de l'acceptation de leur démission par l'autorité investie du pouvoir de nomination, d'une indemnité de départ volontaire () bénéficient, sur leur demande et sous réserve de l'acceptation de leur démission par l'autorité investie du pouvoir de nomination, d'une indemnité de départ volontaire () ". Il résulte de ces dispositions que l'octroi de l'indemnité de départ volontaire, qui reste conditionné à l'acceptation de la démission par l'administration, ne constitue pas un droit pour les agents réunissant les conditions légales pour l'obtenir, au sens du 6° de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté comme étant inopérant.

5. En troisième lieu, selon les dispositions de l'article 1er précité, l'indemnité de départ volontaire qu'elles instituent ne peut être attribuée que dans le cadre d'une opération de réorganisation telle que définie (au premier tiret) de l'article 2 décret n° 2001-353 du 20 avril 2001 instituant une indemnité exceptionnelle de mobilité dans la fonction publique hospitalière. Cet article dispose que : " Constituent des opérations de modernisation au sens de l'article 1er ci-dessus : -les opérations liées à des réorganisations d'établissements sanitaires ou de l'un ou plusieurs de leurs services, approuvées par le directeur général de l'agence régionale de santé, cohérentes avec le schéma régional d'organisation des soins et figurant au contrat pluriannuel d'objectifs et de moyens mentionné à l'article L. 6114-1 du code de la santé publique ; -pour les établissements sociaux ou pour l'un ou plusieurs de leurs services, les opérations liées à des réorganisations agréées par le représentant de l'Etat dans le département. La décision de financement précise, pour chaque établissement, le ou les services ainsi que, par catégorie professionnelle, le nombre d'agents concernés par l'opération ". Il résulte ainsi de ces dispositions combinées que ne peuvent prétendre au bénéfice de l'indemnité de départ volontaire, sous réserve de l'acceptation de leur démission, que les fonctionnaires et agents publics affectés par une opération de réorganisation de l'établissement qui les emploie, c'est-à-dire ceux dont l'emploi a été supprimé ou substantiellement modifié en conséquence de cette réorganisation.

6. D'une part, si s'agissant de l'octroi de l'indemnité de départ volontaire instituée par le décret du 29 décembre 1998, l'administration est tenue de procéder au versement de l'indemnité de départ volontaire lorsque les conditions légales sont remplies, elle doit porter une appréciation pour déterminer si ces conditions d'octroi sont remplies et notamment pour déterminer si l'intéressé est concerné ou non par une opération de réorganisation telle que définie par l'article 2 du décret du 20 avril 2001. Dans ces conditions, elle ne saurait être regardée comme se trouvant en situation de compétence liée.

7. D'autre part, en l'espèce, si le groupement hospitalier intercommunal du Vexin a subi une réorganisation au sens de l'article 2 du décret du 20 avril 2001 précité, il ressort des pièces du dossier que Mme A a sollicité, par courrier du 25 juillet 2018, sa mise à disposition sur le poste de gestionnaire paie vacant à la direction des affaires médicales du centre hospitalier Renée Dubos à Pontoise. Il est ainsi constant que l'intéressée a été mise à disposition au sein de la Direction des affaires médicales de cet établissement à compter du 19 septembre 2018. Par ailleurs, il n'est pas contesté que cette mise à disposition devait prendre fin au 31 décembre 2018 et que la mutation effective de Mme A devait prendre effet au 1er janvier 2019. Si l'intéressée soutient qu'elle aurait été " fermement invitée " à accepter cette mise à disposition, elle ne l'établit pas par les pièces produites au dossier. Par conséquent, à la date à laquelle elle a présenté sa démission et sollicité l'indemnité de départ volontaire, elle n'était plus sur un poste susceptible d'être modifié ou supprimé dans le cadre de cette réorganisation et bénéficiait d'une affectation pérenne. De plus, il ressort des termes mêmes de sa demande de démission en date du 22 octobre 2018, que l'intéressée a sollicité sa démission et l'octroi de l'indemnité de départ volontaire afin de s'orienter " vers un autre projet professionnel " et non en raison des conséquences de la réorganisation. Dans ces conditions, l'intéressée, qui ne démontre pas remplir les conditions légales d'octroi de l'indemnité de départ volontaire en cause n'est pas fondée à soutenir que l'administration ne pouvait pas accepter sa démission sans lui octroyer l'indemnité de départ volontaire. Par suite, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la décision litigieuse serait entachée d'une erreur de droit ou d'une erreur d'appréciation.

8. En quatrième et dernier lieu, la requérante n'établit pas que la décision en litige repose sur des considérations budgétaires et non sur la circonstance qu'elle ne remplit pas les conditions pour bénéficier de l'indemnité de départ volontaire. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que la décision litigieuse serait entachée d'une erreur de droit à ce titre ni d'une rupture d'égalité de traitement.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête présentées par Mme A doivent être rejetées ainsi que par voie de conséquence, celles à fin d'injonction.

Sur les frais du litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme réclamée par Mme A, au titre des frais exposés par elle dans la présente instance, soit mise à la charge du groupement hospitalier intercommunal du Vexin qui n'est pas la partie perdante en l'espèce.

11. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de Mme A la somme de 2 000 euros réclamée par le groupement hospitalier intercommunal du Vexin au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

12. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions tendant à la condamnation de l'Etat aux entiers dépens, sont sans objet et doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le groupement hospitalier intercommunal du Vexin sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au groupement hospitalier intercommunal du Vexin.

Délibéré après l'audience du 30 août 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Le Griel, présidente ;

M. Bellity, premier conseiller ;

Mme Debourg, conseillère ;

assistés de Mme Pradel, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 septembre 2022.

La rapporteure,

signé

T. D

La présidente,

signé

H. LE GRIEL

La greffière,

signé

E. PRADEL

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

POUR AMPLIATION, LE GREFFIER

N°1900475

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