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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-1906220

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-1906220

vendredi 17 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-1906220
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantCABINET FIDAL MERIGNAC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 16 mai 2019, 18 février 2020 et 9 décembre 2022, Me Danguy, agissant en qualité de liquidateur judiciaire de la société à responsabilité limitée (SARL) Le Triporteur, ayant pour avocate Me Flori, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n° IC-19-023 du 29 mars 2019 par lequel le préfet du Val-d'Oise a mise en demeure la SARL Le Triporteur de respecter les articles L. 512-7-6 et R. 512-46-25 du code de l'environnement, sous un délai d'un mois, à raison de l'installation qu'elle exploite, chemin d'Ezanville, à Moisselles, en procédant à la cessation de ses activités relevant de la législation des installations classées conformément aux dispositions de ce dernier article ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le signataire de l'arrêté n'était pas compétent ;

- l'arrêté méconnaît les dispositions des articles L. 171-7 et L. 171-8 du code de l'environnement puisque la SARL Le Triporteur n'était pas l'exploitante de fait de l'installation classée pour la protection de l'environnement (ICPE) ;

- il est entaché d'une erreur de base légale, dès lors que l'installation n'ayant pas fait l'objet d'une autorisation administrative préalable, seules les dispositions de l'article L. 171-7 du code de l'environnement sont applicables et non celles de l'article L. 171-8 du code de l'environnement.

Par deux mémoires, enregistrés les 18 juillet 2019 et 4 juin 2020, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 13 décembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 5 janvier 2023.

Vu :

- la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme L'Hermine, conseillère,

- les conclusions de M. Charpentier, rapporteur public,

- et les observations de Mme C, représentant le préfet du Val-d'Oise.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté en date du 29 mars 2019, le préfet du Val-d'Oise a mis en demeure la société Le Triporteur de respecter, sous un délai d'un mois, à raison de l'installation qu'elle exploite, chemin d'Ezanville, à Moisselles, les articles L. 512-7-6 et R. 512-46-25 du code de l'environnement, en procédant à la cessation de ses activités relevant de la législation des installations classées conformément aux dispositions de ce dernier article. Par la présente requête, Me Danguy, agissant en qualité de liquidateur judiciaire de la SARL Le Triporteur, demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 171-7 du code de l'environnement : " Indépendamment des poursuites pénales qui peuvent être exercées, lorsque des installations ou ouvrages sont exploités, des objets et dispositifs sont utilisés ou des travaux, opérations, activités ou aménagements sont réalisés sans avoir fait l'objet de l'autorisation, de l'enregistrement, de l'agrément, de l'homologation, de la certification ou de la déclaration requis en application du présent code, ou sans avoir tenu compte d'une opposition à déclaration, l'autorité administrative compétente met l'intéressé en demeure de régulariser sa situation dans un délai qu'elle détermine, et qui ne peut excéder une durée d'un an. / Elle peut, par le même acte ou par un acte distinct, suspendre le fonctionnement des installations ou ouvrages, l'utilisation des objets et dispositifs ou la poursuite des travaux, opérations, activités ou aménagements jusqu'à ce qu'il ait été statué sur la déclaration ou sur la demande d'autorisation, d'enregistrement, d'agrément, d'homologation ou de certification, à moins que des motifs d'intérêt général et en particulier la préservation des intérêts protégés par le présent code ne s'y opposent () ". L'article L. 171-11 de ce code dispose que : " Les décisions prises en application des articles L. 171-7, L. 171-8 et L. 171-10 sont soumises à un contentieux de pleine juridiction ".

3. En premier lieu, il résulte des dispositions de l'article L. 171-7 du code de l'environnement, que lorsque l'inspecteur des installations classées a constaté, selon la procédure requise par le code de l'environnement, l'inobservation de conditions légalement imposées à l'exploitant d'une installation classée, le préfet, sans procéder à une nouvelle appréciation de la violation constatée, est tenu d'édicter une mise en demeure de satisfaire à ces conditions dans un délai déterminé.

4. Me Danguy, agissant en qualité de liquidateur judiciaire de la SARL Le Triporteur, ne peut dès lors utilement soutenir que le signataire de l'acte attaqué n'était pas compétent et que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur de droit en se fondant sur l'article L. 171-8 du code de l'environnement alors que la SARL Le Triporteur ne disposait d'aucune autorisation environnementale.

5. En deuxième lieu, il résulte des dispositions de l'article L. 171-11 du code de l'environnement que les décisions prises en application des articles L. 171-7, L. 171-8 et

L. 171-10 de ce code, au titre des contrôles administratifs et mesures de police administrative en matière environnementale, sont soumises à un contentieux de pleine juridiction. Il appartient au juge de ce contentieux de pleine juridiction de se prononcer sur l'étendue des obligations mises à la charge des exploitants par l'autorité compétente au regard des circonstances de fait et de droit existant à la date à laquelle il statue.

6. Aux termes de l'article L. 512-7-6 du code de l'environnement : " Lorsque l'installation est mise à l'arrêt définitif, son exploitant place son site dans un état tel qu'il ne puisse porter atteinte aux intérêts mentionnés à l'article L. 511-1 et, le cas échéant, à l'article L. 211-1 et qu'il permette un usage futur du site déterminé conjointement avec le maire ou le président de l'établissement public de coopération intercommunale compétent en matière d'urbanisme et, s'il ne s'agit pas de l'exploitant, le propriétaire du terrain sur lequel est sise l'installation. / À défaut d'accord entre les personnes mentionnées au premier alinéa, lorsque l'installation est mise à l'arrêt définitif, son exploitant place son site dans un état tel qu'il ne puisse porter atteinte aux intérêts mentionnés à l'article L. 511-1 et, le cas échéant, à l'article L. 211-1 et qu'il permette un usage futur du site comparable à celui de la dernière période d'exploitation de l'installation mise à l'arrêt ". Aux termes de l'article R. 512-46-25 du code de l'environnement dans sa rédaction applicable au litige : " I. - Lorsqu'une installation classée soumise à enregistrement est mise à l'arrêt définitif, l'exploitant notifie au préfet la date de cet arrêt trois mois au moins avant celui-ci. Il est donné récépissé sans frais de cette notification. / II. - La notification prévue au I indique les mesures prises ou prévues pour assurer, dès l'arrêt de l'exploitation, la mise en sécurité du site. Ces mesures comportent, notamment : / 1° L'évacuation des produits dangereux et, pour les installations autres que les installations de stockage de déchets, la gestion des déchets présents sur le site ; / 2° Des interdictions ou limitations d'accès au site ; / 3° La suppression des risques d'incendie et d'explosion ; / 4° La surveillance des effets de l'installation sur son environnement. / III. - En outre, l'exploitant doit placer le site de l'installation dans un état tel qu'il ne puisse porter atteinte aux intérêts mentionnés à l'article L. 511-1 et qu'il permette un usage futur du site déterminé selon les dispositions des articles R. 512-46-26 et R. 512-46-27 ".

7. L'obligation de remise en état du site, prévue par les dispositions précitées du code de l'environnement, pèse sur l'ancien exploitant ou, si celui-ci a disparu, sur son ayant-droit. Lorsque l'exploitant ou son ayant-droit a cédé le site à un tiers, cette cession ne l'exonère de ses obligations que si le cessionnaire s'est substitué à lui en qualité d'exploitant. Il incombe ainsi à l'exploitant d'une installation classée, à son ayant-droit ou à celui qui s'est substitué à lui, de mettre en œuvre les mesures permettant la remise en état du site qui a été le siège de l'exploitation dans l'intérêt, notamment, de la santé ou de la sécurité publique et de la protection de l'environnement. L'autorité administrative peut contraindre les personnes en cause à prendre ces mesures et, en cas de défaillance de celles-ci, y faire procéder d'office et à leurs frais.

8. Il résulte de l'instruction que la société Le Triporteur exerçait une activité de location de bennes, de dépôt de déchets de chantiers de BTP sur un site situé chemin d'Ezanville, à Moisselles et de tri de ces déchets et qu'aucune autorisation administrative n'a été délivrée pour l'exploitation de ces activités. Par un acte en date du 31 mai 2012, corroboré par des attestations de clients de la société Le Triporteur des 6, 7 et 10 septembre 2013, Mme F, gérante de la société Le Triporteur, a confié, à compter du 1er juin 2012, la gérance de cette société à M. A E, gérant de la société Services de location de Bennes (SLB) qui exerce une activité de tri de déchets sur un terrain situé à Vaudherland et à Roissy-en-France (Val d'Oise). En outre, le 7 août 2012, Mme F a donné délégation de pouvoirs sur le compte bancaire de la société Le Triporteur à M. B E, fils de M. A E, qui bénéficiait d'ailleurs d'une carte bancaire pour ce compte en vertu d'un contrat de carte bancaire du 7 août 2012. Deux chèques émis par la société Le Triporteur du 28 novembre 2012 ont ainsi été signés par M. E. S'il ressort de l'attestation du directeur de l'agence du crédit agricole de Montrouge en date du 21 septembre 2013 ainsi que du rapport de l'inspection des installations classées établi le 21 novembre 2013 sur le site exploité par la société SLB à Vaudherland que M. E entendait, au mois d'août 2012, créer à terme, une nouvelle société lui permettant d'être locataire-gérant de la société Le Triporteur, ces seuls éléments ne permettent pas de regarder la société SLB comme s'étant substituée à la société Le Triporteur en qualité d'exploitant du site de Moisselles. Par suite, le préfet du Val-d'Oise pouvait légalement désigner la société le Triporteur désormais représentée Me Danguy, agissant en qualité de liquidateur judiciaire de cette société, comme destinataire de l'arrêté du 29 mars 2019.

9. Il résulte de tout ce qui précède que Me Danguy, agissant en qualité de liquidateur judiciaire de la SARL Le Triporteur, n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué du 29 mars 2019. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre de

l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Me Danguy, agissant en qualité de liquidateur judiciaire de la SARL Le Triporteur, est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Me Danguy, agissant en qualité de liquidateur judiciaire de la SARL Le Triporteur et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée pour information au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 3 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Buisson, président,

Mme Garona, première conseillère,

Mme L'Hermine, conseillère,

assistés Mme Galan, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 février 2023.

La rapporteure,

signé

M. L'Hermine

Le président,

signé

L. Buisson

La greffière,

signé

M. D

.

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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