vendredi 31 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-1906376 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 9ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET RACINE PARIS |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête enregistrée le 21 mai 2019 sous le n°1906376, la société GEFCO, représentée par Me Rogez et Me Galvan, demande au Tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite née le 12 avril 2019 par laquelle la ministre du travail a refusé d'autoriser le licenciement pour faute de Mme A ;
2°) d'enjoindre au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion de procéder au réexamen de sa demande d'autorisation de licenciement de Mme A ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que la décision de refus de l'autorisation de licenciement est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que les faits reprochés à la salariée sont établis et sont d'une gravité suffisante pour justifier le licenciement.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 novembre 2019, la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.
La requête a été communiquée à Mme A qui n'a pas produit d'observation.
II. Par une requête n°1911074 enregistrée le 4 septembre 2019, la société GEFCO, représentée par Me Rogez et Me Galvan, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 4 juillet 2019 par laquelle la ministre du travail a refusé d'autoriser le licenciement pour faute de Mme A ;
2°) d'enjoindre au ministre du travail d'autoriser le licenciement de Mme A pour faute grave ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le non-respect de la clause d'exclusivité de son contrat constitue une faute suffisamment grave pour justifier son licenciement ;
- la matérialité des faits reprochés, et notamment l'abus des appels téléphoniques extraprofessionnels sur son lieu de travail et durant son temps de travail, est établie ;
- la ministre du travail a dénaturé les termes de la demande de licenciement formulée en restreignant son analyse aux seuls appels concernant la gestion de l'entreprise de bâtiment.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 décembre 2022, le ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.
La requête a été communiquée à Mme A qui n'a pas produit d'observation.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Debourg, rapporteure ;
- les conclusions de Mme Riedinger, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Cruceru, représentant la société GEFCO SA.
Considérant ce qui suit :
1. La société GEFCO SA, établie à Courbevoie, est spécialisée dans le domaine de la logistique industrielle. Mme A a été recrutée par cette société le 1er mars 2004 par contrat de travail à durée indéterminée. Le 21 mai 2015, la société GEFCO SA a sollicité l'autorisation de licencier pour motif disciplinaire Mme A, protégée au titre de ses mandats de délégué du personnel titulaire et de membre suppléant du comité d'entreprise auprès de l'inspecteur du travail de la 6ème section de l'unité de contrôle n° 3 des Hauts-de-Seine. Le 21 juillet 2015, l'inspecteur du travail a refusé d'autoriser le licenciement de Mme A. Le 17 septembre 2015, la société GEFCO SA a présenté un recours hiérarchique auprès du ministre du travail. Par une décision du 21 janvier 2016, le ministre du travail a annulé la décision de l'inspecteur du travail du 21 juillet 2015 et refusé d'autoriser le licenciement de Mme A. Par un jugement du 12 février 2019, notifié le 15 février suivant, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a annulé cette décision et a enjoint au ministre du travail de réexaminer la demande d'autorisation de licenciement de Mme A. Du silence gardé par la ministre du travail est née une décision implicite de rejet. Par la requête n°1906376, la société GEFCO SA sollicite l'annulation de cette décision implicite. Par une décision expresse du 4 juillet 2019, la ministre du travail a refusé d'autoriser le licenciement de Mme A. Par la requête n°1911074, la société GEFCO SA demande au tribunal d'annuler cette décision.
Sur les jonctions :
2. Les instances n°1906376 et 1911074 concernent la situation d'une même salariée, ont le même objet et ont été instruites ensemble. Il y a donc lieu de les joindre pour ne statuer que par une seule décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation à l'encontre de la décision implicite de rejet :
3. Les conclusions de la requête n°1906376 dirigées contre la décision implicite de rejet née le 15 juin 2019, du silence gardé par la ministre du travail à la suite du jugement n°1602663 du 12 février 2019 prononçant l'annulation de sa décision et lui enjoignant de se prononcer à nouveau sur la demande de licenciement, doivent être regardées comme dirigées à l'encontre de la décision du 4 juillet 2019, qui s'y est substituée, par laquelle la ministre a expressément rejeté la demande de la société GEFCO SA.
Sur les conclusions à fin d'annulation à l'encontre de la décision du 4 juillet 2019 :
4. En vertu du code du travail, les salariés protégés bénéficient, dans l'intérêt de l'ensemble des travailleurs qu'ils représentent, d'une protection exceptionnelle. Lorsque le licenciement de l'un de ces salariés est envisagé, il ne doit pas être en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées par l'intéressé ou avec son appartenance syndicale. Dans le cas où la demande de licenciement est motivée par un comportement fautif, il appartient à l'inspecteur du travail et, le cas échéant, au ministre, de rechercher, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, si les faits reprochés au salarié sont d'une gravité suffisante pour justifier son licenciement compte tenu de l'ensemble des règles applicables au contrat de travail de l'intéressé et des exigences propres à l'exécution normale du mandat dont il est investi.
5. Pour refuser de faire droit à la demande d'autorisation de licenciement de Mme A formulée par la société GEFCO SA, la ministre du travail s'est fondée sur des motifs tirés, d'une part, de ce que le non-respect de la clause d'exclusivité ne constituait pas une faute suffisamment grave pour justifier le licenciement, et d'autre part, de ce que le grief tiré d'appels téléphoniques liés à l'exercice de l'activité professionnelle en cause n'était pas suffisamment établi.
6. D'une part, il est constant que Mme A qui exerçait les fonctions de cadre au sein de l'entreprise GEFCO SA depuis 2004, a commis une faute dès lors qu'elle a reconnu avoir exercé une activité de gérante d'une entreprise de bâtiment " société Design et rénovation service " à compter de 2008 et jusqu'à la liquidation judiciaire de sa société en mai 2014 et ce, en méconnaissance de la clause d'exclusivité figurant à l'article 5 de son contrat de travail. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que l'intéressée a exercé cette activité au sein des locaux de la société GEFCO SA et durant son temps de travail, comme en attestent les témoignages produits par la société indiquant que l'intéressée passait de nombreuses heures au téléphone, au sein de l'open space, pour gérer sa société usant soit du téléphone fixe de la société soit de son portable. Contrairement à ce qu'a estimé la ministre du travail, le grief tiré des appels téléphoniques sur son lieu de travail s'agissant de la gestion de sa société par Mme A est suffisamment établi. De plus, selon ces mêmes attestations, Mme A passe très fréquemment des appels dans l'espace de travail, dans les salles de réunion, dans les couloirs ou les toilettes, qui ne concernent pas ses fonctions au sein de la société GEFCO SA et qui perturbent l'équipe et la productivité des agents. Un tel comportement qui apparaît remettre en cause les conditions normales de travail de ses collègues doit être regardé comme avéré et caractérise un comportement fautif. Par ailleurs, il ne ressort d'aucun des éléments du dossier que la salariée aurait intégralement compensé le temps passé à gérer son entreprise, qu'elle remplissait l'intégralité de sa mission et qu'elle s'acquittait de l'ensemble de ses obligations contractuelles en tant que cadre, ce qui a nécessairement causé un préjudice à l'entreprise. Par conséquent, eu égard au cumul des fautes ainsi commises, la société requérante est fondée à soutenir que la ministre du travail, en estimant que les fautes relevées à l'encontre de Mme A n'étaient pas suffisamment graves pour justifier son licenciement, a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.
7. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la société GEFCO SA est fondée à demander l'annulation de la décision ministérielle du 4 juillet 2019.
Sur l'injonction
8. Eu égard au motif sur lequel il se fonde, le présent jugement implique qu'il soit enjoint au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion d'autoriser la société GEFCO SA à procéder au licenciement de Mme A pour faute, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais du litige :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre la somme globale de 1 500 euros à la charge de l'Etat à verser à la société GEFCO SA au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La décision du 4 juillet 2019 de la ministre du travail est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion d'autoriser le licenciement de Mme A pour faute, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera la somme globale de 1 500 euros à la société GEFCO SA au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société GEFCO SA, au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion et à Mme B A.
Délibéré après l'audience du 14 mars 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Le Griel, présidente ;
Mme Colin, première conseillère ;
Mme Debourg, conseillère ;
assistées de Mme Bonfanti, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mars 2023.
La rapporteure,
signé
T. Debourg
La présidente,
signé
H. Le Griel
La greffière,
signé
D. Bonfanti
La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour ampliation, la greffière.
N°1906376 et 1911074
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026