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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-1909011

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-1909011

vendredi 22 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-1909011
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantL'HOIRY & VELASCO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 15 juillet 2019, 2 octobre 2019, et 4 février 2020, M. H D, Mme A D et Mme F I, représentés par Me Sfez, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 mai 2019 par lequel le maire de la commune de Boulogne-Billancourt a délivré un permis de construire modificatif à M. G C autorisant la suppression d'un skydome, le déplacement et la réduction d'une verrière et l'installation de garde-corps sur la toiture-terrasse d'un bâtiment sis 81 avenue Pierre Grenier à Boulogne-Billancourt ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Boulogne-Billancourt une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- leur requête est recevable : d'une part, ils ont notifié leur recours au titulaire du permis de construire modificatif contesté à l'adresse mentionnée dans cet acte, conformément aux dispositions de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme, et d'autre part, ils justifient d'un intérêt à agir contre la décision attaquée dans la mesure où ils sont voisins immédiats du bâtiment faisant l'objet du projet autorisé, qui engendrera des nuisances sonores importantes et créera une vue directe sur leur logement ;

- l'arrêté du 14 mai 2019 a été signé par une autorité incompétente ;

- le dossier de demande de modification du permis de construire initial est incomplet et méconnaît les dispositions des articles R. 431-8, R. 431-9 et R. 431-10 du code de l'urbanisme dès lors que, d'une part, il ne contient pas de notice architecturale, et que, d'autre part, le projet architectural ne comporte pas de plan de masse coté en trois dimensions et n'est pas accompagné d'un plan de la façade nord alors qu'elle sera impactée par l'installation d'un garde-corps sur la toiture-terrasse ; enfin, aucun élément du dossier ne permet d'apprécier la portée du déplacement et du rétrécissement de la verrière ;

- le projet autorisé méconnaît l'article UBa 11.4 du règlement du plan local d'urbanisme dès lors que la pose du garde-corps en verre crée une rupture dans le couronnement des bâtiments environnants sur lesquels sont implantés des garde-corps en métal ;

- le projet autorisé méconnaît l'article UBa 11.5.1 du règlement du plan local d'urbanisme dès lors que la façade Nord à l'arrière du bâtiment n'étant pas mentionnée dans le dossier de permis de construire modificatif, le service instructeur n'a pas été en mesure d'apprécier si elle était traitée avec le même soin que les autres façades, ainsi que l'exigent ces dispositions.

Par des mémoires enregistrés les 14 octobre 2019, 4 février 2020 et 8 mars 2021, M. G C, représenté par Me Guirriec, conclut au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce qu'il soit fait application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, et dans tous les cas, à ce que soit mise à la charge solidaire des requérants une somme de 1 800 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors que les requérants ne lui ont pas régulièrement notifié leur recours contentieux et qu'ils ne justifient pas d'un intérêt leur donnant qualité pour contester le permis de construire en litige ;

- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Par un mémoire enregistré le 10 septembre 2020, la commune de Boulogne-Billancourt conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors que les requérants ne justifient pas d'un intérêt leur donnant qualité pour agir contre le permis litigieux au sens de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme ;

- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Par une lettre en date du 30 mai 2022, des pièces complémentaires ont été demandées à la commune de Boulogne-Billancourt pour compléter l'instruction, en application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative.

Par un courrier enregistré le 31 mai 2022, la commune a produit les pièces demandées qui ont été communiquées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme K ;

- et les conclusions de Mme Maisonneuve, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 24 août 2016, le maire de la commune de Boulogne-Billancourt a délivré un permis de construire à la société HJL autorisant la surélévation d'un étage d'un bâtiment à usage d'habitation et de commerce, sis 81 avenue Pierre Grenier, et la démolition de sa toiture. Ce permis de construire a été transféré à M. G C, le 22 août 2018. Par la présente requête, M. H D, Mme A D et Mme F I demandent au tribunal d'annuler le permis de construire modificatif délivré le 14 mai 2019 par le maire de de Boulogne-Billancourt à M. C portant sur la suppression du skydôme, le déplacement et la réduction de la verrière situés sur la toiture-terrasse et l'installation de garde-corps en verre.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Lorsqu'un permis de construire a été délivré en méconnaissance des dispositions législatives ou réglementaires relatives à l'utilisation du sol ou sans que soient respectées des formes ou formalités préalables à la délivrance des permis de construire, l'illégalité qui en résulte peut être régularisée par la délivrance d'un permis de construire modificatif dès lors que celui-ci assure le respect des règles de fond applicables au projet en cause, répond aux exigences de forme ou a été précédé de l'exécution régulière de la ou des formalités qui avaient été omises. Les irrégularités ainsi régularisées ne peuvent plus être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre le permis initial.

En ce qui concerne le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté du 14 mai 2019 :

3. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente pour délivrer le permis de construire, d'aménager ou de démolir et pour se prononcer sur un projet faisant l'objet d'une déclaration préalable est : / a) Le maire, au nom de la commune, dans les communes qui se sont dotées d'un plan local d'urbanisme () ". Aux termes de l'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est seul chargé de l'administration, mais il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints et à des membres du conseil municipal / () ".

4. En l'espèce, l'arrêté du 14 mai 2019 a été signé par M. J E qui bénéficiait, par arrêté du 7 mai 2014, d'une délégation du maire de la commune de Boulogne-Billancourt à l'effet notamment de signer " les arrêtés de permis de construire ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cet arrêté doit être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré de l'incomplétude du dossier de demande de permis de construire modificatif :

5. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

S'agissant de l'absence de notice architecturale :

6. Aux termes de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend une notice précisant : () 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : () b) L'implantation, l'organisation, la composition et le volume des constructions nouvelles, notamment par rapport aux constructions ou paysages avoisinants ; () / d) Les matériaux et les couleurs des constructions () ".

7. En l'espèce, s'il est constant que le dossier de demande de permis de construire modificatif ne comportait pas de notice architecturale, les autres documents joints à la demande faisaient apparaître la nature, l'importance et la portée des modifications envisagées, qui portaient uniquement sur des éléments de la toiture du bâtiment. En tout état de cause, des précisions complémentaires ont été apportées sur la consistance de ces modifications dans le cadre de la nouvelle demande de permis de construire modificatif déposée le 17 février 2021, en cours d'instance et qui a donné lieu, le 25 février 2021, à la délivrance d'un nouveau permis de construire modificatif. Par suite, le moyen tiré de l'incomplétude du dossier de demande de permis de construire modificatif au regard des dispositions de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme ne peut qu'être écarté.

S'agissant de l'absence de plan de masse coté dans les trois dimensions :

8. Aux termes de l'article R. 431-9 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend également un plan de masse des constructions à édifier ou à modifier coté dans les trois dimensions ".

9. Contrairement à ce que soutiennent les requérants, le pétitionnaire a produit à l'appui de sa demande de permis de construire un plan de masse coté dans les trois dimensions, permettant d'apprécier la portée des modifications projetées, limitées à la toiture du bâtiment. En tout état de cause, M. C a joint à la demande de permis de construire modificatif, déposée le 17 février 2021, un nouveau plan de masse répondant aux exigences de l'article R. 431-9 du code de l'urbanisme et dont les mentions ne sont pas critiquées par les requérants. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions ne peut qu'être écarté.

S'agissant des lacunes sur l'état initial et l'état projeté concernant les plans de façades et de toiture et le " déplacement- rétrécissement de la verrière " :

10. Aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend également : / a) Le plan des façades et des toitures ; lorsque le projet a pour effet de modifier les façades ou les toitures d'un bâtiment existant, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur ; () c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ; d) Deux documents photographiques permettant de situer le terrain respectivement dans l'environnement proche et, sauf si le demandeur justifie qu'aucune photographie de loin n'est possible, dans le paysage lointain. Les points et les angles des prises de vue sont reportés sur le plan de situation et le plan de masse ".

11. D'une part, en l'espèce, les deux documents graphiques et photographiques cotés PCM 7 ainsi que le plan de masse projeté coté PCM 2, sur lequel sont reportés les points et les angles des prises de vue des éléments représentés sur les documents photographiques, sont suffisamment précis pour permettre d'apprécier la consistance et le rendu des garde-corps projetés en toiture ainsi que leur insertion par rapport aux constructions avoisinantes. En tout état de cause, le dossier de permis de construire modificatif déposé par M. C le 17 février 2021 comporte d'autres documents, et notamment, un plan de masse détaillant les modifications apportées à la toiture terrasse de l'immeuble, un plan de situation, des photographies de l'état actuel ainsi que de l'état futur mais également les plans de masse des étages R+ 5 et R+6, dont l'analyse combinée a permis à l'autorité administrative de porter, en connaissance de cause, une appréciation sur l'insertion du projet dans son environnement proche et lointain et sur son impact visuel.

12. D'autre part, contrairement à ce que soutiennent les requérants, le plan de masse projeté coté PCM2 ainsi que les autres documents produits dans le cadre de la demande du permis de construire modificatif litigieux a permis au service instructeur d'apprécier la nouvelle implantation de la verrière projetée. En tout état de cause, M. C a produit, dans le cadre de sa demande de permis de construire modificatif du 17 février 2021, un plan de masse sur lequel figurent la localisation et les dimensions de la verrière projetée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions ne peut qu'être écarté.

13. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'incomplétude du dossier de demande de permis de construire modificatif doit être écarté en toutes ses branches.

En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance de l'article UBa 11.4 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) :

14. Aux termes de l'article UBa 11.4 du règlement du PLU relatif aux toitures : " Le traitement des toitures doit être de qualité, en particulier pour les bâtiments de petite hauteur. Un souci d'harmonie avec les bâtiments environnants doit guider le choix du profil de couronnement en particulier sa pente, sa géométrie et son orientation. Tout édicule en toiture doit faire l'objet d'un traitement architectural soigné. En cas d'adossement à des pignons, les souches de cheminées seront ramenées aux pignons ". Le lexique annexé au règlement du PLU définit le couronnement comme " le volume qui termine le haut d'un immeuble ".

15. Il résulte de ce qui précède que le choix du profil de couronnement de la toiture d'un bâtiment doit être guidé par un souci d'harmonie avec les bâtiments environnants. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que les modifications autorisées consistent notamment en l'installation de garde-corps en verre sur le pourtour de la toiture terrasse rendue accessible depuis la verrrière par le permis de construire modificatif contesté. Les requérants contestent l'utilisation du verre en faisant valoir que les garde-corps des immeubles avoisinants sont en métal forgé. Toutefois, le permis de construire modificatif délivré en cours d'instance a eu notamment pour objet de remplacer les garde-corps en verre par des garde-corps en métal. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article UBa 11.4 doit être écarté comme inopérant.

En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance de l'article UBa 11.5.1 du règlement du plan local d'urbanisme :

16. Aux termes de l'article UBa 11.5.1 du règlement du PLU : " Les façades latérales et arrières doivent être traitées avec le même soin que les façades principales ".

17. En l'espèce, les requérants soutiennent que le traitement de la façade nord n'est pas aussi soigné que le reste du bâtiment, en méconnaissance des dispositions précitées de l'article UBa 11.5.1 du règlement du plan local d'urbanisme. Toutefois, cette circonstance n'est pas de nature à entacher d'illégalité le permis de construire modificatif contesté dès lors que les modifications autorisées portent uniquement sur des éléments de la toiture du bâtiment et non sur ses façades, l'installation de garde-corps ne constituant pas une modification de la façade au sens du règlement du plan local d'urbanisme de la commune. Par suite, le moyen doit être écarté.

18. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées par la commune de Boulogne-Billancourt et M. C, que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation de l'arrêté du 14 mai 2019 par lequel le maire de Boulogne-Billancourt a délivré un permis de construire modificatif à M. C.

Sur les frais du litige :

19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Boulogne-Billancourt, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par les requérants sur le fondement de ces dispositions.

20. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge solidaire des requérants, en application de ces dispositions, une somme de 1 800 euros au titre des frais exposés par M. C.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. D, Mme D et Mme F I est rejetée.

Article 2 : M. D, Mme D et Mme I verseront à M. G C la somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. H D, Mme A D et Mme F I, à M. G C et à la commune de Boulogne-Billancourt.

Délibéré après l'audience du 8 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Poupineau, présidente,

Mme Zaccaron Guérin, conseillère,

M. Rossi, conseiller,

Assistés de Mme Galan, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juillet 2022.

La rapporteure,

Signé

C. KLa présidente,

Signé

V. Poupineau

La greffière,

Signé

M. B

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation,

La Greffière

31710160

N°1909011

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