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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-1910422

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-1910422

mardi 25 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-1910422
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantCABINET GENTILHOMME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête, enregistrée le 13 juin 2019 sous le numéro 1907435, M. C D, représenté par Me Grimaldi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 décembre 2018 par lequel le président du centre communal d'action sociale (CCAS) de Persan l'a suspendu de ses fonctions sans rémunération, ensemble la décision du 11 juin 2019 de rejet de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au président du CCAS de Persan de lui verser l'ensemble de son traitement, de son indemnité de résidence, du supplément familial de traitement et des prestations familiales obligatoires, sommes assorties des intérêts au taux légal, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge du CCAS de Persan la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est une sanction déguisée ; dès lors, il est entaché d'un vice de procédure dans la mesure où il n'a pas été mis à même de consulter son dossier individuel dans un délai lui permettant de préparer sa défense et où il n'a pas été convoqué à un entretien par sa hiérarchie, ni informé de son droit de se faire communiquer son dossier individuel et d'être assisté par le défenseur de son choix, en méconnaissance de l'article 37 du décret du 15 février 1988 ;

- l'arrêté attaqué est illégal dès lors qu'il prévoit qu'il ne percevra aucun traitement pendant la durée de sa suspension ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur d'appréciation dès lors que les motifs de la suspension ne sont pas constitutifs d'une faute grave, le CCAS de Persan n'apportant pas la preuve de la matérialité des faits qui lui sont reprochés ; ses qualités humaines et professionnelles sont reconnues dans ses notations et par les partenaires de son service.

Les écritures ont été communiquées au CCAS de Persan, qui n'a pas produit d'observations.

La clôture de l'instruction a été fixée au 3 octobre 2022 par une ordonnance en date du

9 septembre 2022.

II. Par une requête enregistrée le 17 août 2019 sous le numéro 1910422 et un mémoire complémentaire enregistré le 3 mai 2021, M. C D, représenté par Me Grimaldi, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 19 juin 2019 par laquelle le président du centre communal d'action sociale (CCAS) de Persan lui a notifié son licenciement pour motif disciplinaire ;

2°) d'enjoindre au président du centre communal d'action sociale (CCAS) de Persan de le réintégrer dans ses fonctions dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge du CCAS de Persan la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision du 19 juin 2019 est insuffisamment motivée en droit dès lors notamment qu'elle ne mentionne pas quelle obligation professionnelle il aurait méconnue, et en fait dès lors qu'elle ne mentionne pas la nature, les circonstances, ni les dates des manquements qui lui sont reprochés ;

- cette décision est fondée sur des faits matériellement inexacts ;

- la sanction de licenciement est disproportionnée par rapport aux manquements qui lui sont reprochés.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 17 novembre 2020 et 19 mai 2021, le centre communal d'action sociale (CCAS) de Persan et la commune de Persan, représentés par Me Gentilhomme, concluent au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. D sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils font valoir que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été fixée au 6 juin 2021 par une ordonnance en date du 25 mai 2021.

Par un courrier du 4 octobre 2022, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de ce que la décision du 19 juin 2019 a été implicitement mais nécessairement rapportée par l'arrêté du 25 novembre 2019 et de ce qu'en cas de confirmation par le tribunal de la légalité de cet arrêté, il n'y aurait pas lieu de statuer sur les conclusions de M. D tendant à l'annulation de la décision du 19 juin 2019 (les conclusions de M. D doivent, en revanche, être regardées comme tendant également à l'annulation de l'arrêté du 25 novembre 2019 intervenu en cours d'instance devant le tribunal : CE 15 octobre 2018 n° 414375, B.)

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n°88-145 du 15 février 1988 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de M. Gabarda, rapporteur public,

- et les observations de Me Guranna, substituant Me Gentilhomme, représentant la commune et le CCAS de Persan dans le cadre de l'instance n°1910422.

Considérant ce qui suit :

1. M. D a été recruté à compter du 23 mars 2009 par le CCAS de Persan pour occuper le poste de référent de " parcours réussite éducative " (PRE) dans le cadre de plusieurs contrats à durée déterminée puis d'un contrat à durée indéterminée, à partir du 1er février 2017. Par lettre du 30 novembre 2018, il a été convoqué à un entretien préalable à un licenciement, qui s'est tenu le 12 décembre suivant. Par arrêté du 21 décembre 2018, il a été suspendu de ses fonctions, sans traitement, pour une durée de quatre mois. Le 15 février 2019, M. D a formé un recours gracieux contre cet arrêté, qui a été rejeté par une décision du 11 avril 2019 du président du CCAS. Par une première requête, enregistrée sous le numéro 1907435, il demande l'annulation de cet arrêté et de la décision de rejet de son recours gracieux, et qu'il soit enjoint au président du CCAS de Persan de lui verser l'ensemble de son traitement, de son indemnité de résidence, du supplément familial de traitement et des prestations familiales obligatoires. Par ailleurs, envisageant de prononcer un licenciement pour motif disciplinaire, le président du CCAS a saisi le conseil de discipline par un courrier du 27 février 2019. Ce dernier s'est réuni le 27 mai 2019 et a proposé une sanction d'exclusion temporaire de fonctions d'une semaine. Par un courrier du 19 juin 2019, le président du CCAS a informé M. D de son licenciement pour motif disciplinaire. Par une seconde requête enregistrée sous le numéro 1910422, M. D demande l'annulation de cette décision et qu'il soit enjoint au président du CCAS de Persan de le réintégrer dans ses fonctions.

2. Les requêtes n°1907435 et n°1910422 sont relatives à la situation d'un même requérant et présentent à juger des questions similaires. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

I. Sur les conclusions présentées par la requête n°1907435 tendant à l'annulation de l'arrêté du 21 décembre 2018 portant suspension de fonctions :

3. En premier lieu, aux termes de l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983 : " En cas de faute grave commise par un fonctionnaire, qu'il s'agisse d'un manquement à ses obligations professionnelles ou d'une infraction de droit commun, l'auteur de cette faute peut être suspendu par l'autorité ayant pouvoir disciplinaire qui saisit, sans délai, le conseil de discipline () ". Si ces dispositions ne sont pas applicables aux agents contractuels en application du II de l'article 32 de cette même loi, celui-ci n'a pas pour effet de priver l'autorité compétente de la possibilité, ouverte même sans texte, d'écarter provisoirement de son emploi un agent contractuel qui se trouve sous le coup de poursuites pénales ou fait l'objet d'une procédure disciplinaire, lorsqu'elle estime que l'intérêt du service l'exige.

4. M. D soutient qu'il ne pouvait être privé de traitement durant sa suspension à titre conservatoire. Toutefois aucune disposition législative ou réglementaire ne prévoit qu'un agent contractuel de la fonction publique territoriale faisant l'objet d'une suspension à titre conservatoire a droit au maintien de son traitement pendant cette période de suspension. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.

5. En deuxième lieu, une décision de suspension des fonctions est une mesure conservatoire prise dans l'intérêt du service et ne constitue pas une sanction disciplinaire. Elle ne peut être prononcée que lorsque les faits imputables à l'intéressé présentent un caractère suffisant de vraisemblance et de gravité et que l'éloignement de l'intéressé se justifie au regard de l'intérêt du service. Eu égard à la nature conservatoire d'une mesure de suspension et à la nécessité d'apprécier, à la date à laquelle cet acte a été pris, la condition tenant au caractère vraisemblable des faits, il appartient au juge de l'excès de pouvoir de statuer au vu des informations dont disposait effectivement l'autorité administrative au jour de sa décision.

6. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du rapport circonstancié sur le comportement de M. D rédigé par le président du CCAS de Persan, qui se fonde notamment sur un rapport de la supérieure hiérarchique du requérant, Mme A, daté du 23 novembre 2018, versé à l'instance, qu'à compter de l'année 2017, ce dernier a eu à plusieurs reprises un comportement agressif envers des membres de son équipe, en particulier Mme A, ainsi qu'envers Mme A, et que ce comportement a créé un climat de tension au sein de l'équipe et entrainé des craintes de la part de Mme A " pour son intégrité ". Cette dernière relate également ses vaines tentatives de faire appliquer par cet agent les consignes, le refus répété de M. D de rendre compte de ses activités, notamment de ses rencontres avec des familles suivies par le centre, ou encore de faire valider ses initiatives par sa hiérarchie préalablement à leur mise en œuvre. Les témoignages produits en défense mettent aussi en exergue les difficultés de fonctionnement du programme de réussite éducative générées par le refus systématique de M. D de suivre les processus de travail collectif tenant notamment au partage d'informations sur le suivi des dossiers via un logiciel informatique, mettant ainsi ses collègues et ses supérieurs hiérarchiques en difficulté dans leur relation avec le public et les partenaires du CCAS. L'ensemble de ces éléments révèle une situation de conflit entre M. D et l'ensemble de son équipe du fait de l'attitude agressive ce dernier, une méconnaissance de son devoir d'obéissance et des comportements perturbant le bon fonctionnement du service public. M. D ne conteste pas sérieusement ces griefs en se bornant à produire ses évaluations professionnelles des années 2014, 2016 et 2017, lesquels font au demeurant état d'une manière de servir perfectible, ainsi que des attestations de trois interlocuteurs extérieurs au CCAS et de deux de ses collègues, qui précisent être satisfaits de leur relation avec lui. Dans ces conditions, le caractère de vraisemblance et de gravité des faits reprochés au requérant était suffisant pour justifier la mesure de suspension prise à son encontre le 21 décembre 2018 au regard de l'intérêt du service. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.

7. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 37 du décret du 15 février 1988 relatif aux agents contractuels de la fonction publique territoriale : " () L'agent contractuel à l'encontre duquel une procédure disciplinaire est engagée a droit à la communication de l'intégralité de son dossier individuel et de tous les documents annexes et à l'assistance de défenseurs de son choix. L'autorité territoriale doit informer l'intéressé de son droit à communication du dossier ".

8. Il ressort des pièces du dossier, d'une part, pour les mêmes motifs que ceux évoqués au point 6 du présent jugement, que l'arrêté attaqué n'a pas été pris pour des motifs étrangers à l'intérêt du service. Il ressort également de ces pièces, d'autre part, que M. D n'apporte aucun élément de nature à montrer que l'administration aurait eu, par la décision querellée, l'intention de le sanctionner. Dans ces conditions, la décision en litige ne revêtant pas le caractère d'une sanction déguisée, le moyen tiré du non-respect de la procédure disciplinaire prévue à l'article 37 du décret du 15 février 1988 ne peut qu'être écarté comme inopérant.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. D tendant à l'annulation de l'arrêté du 21 décembre 2018 portant suspension de fonctions ne peuvent qu'être rejetées.

II. Sur les conclusions à fin d'annulation de la requête n°1910422 :

10. Lorsqu'une décision administrative faisant l'objet d'un recours contentieux est retirée en cours d'instance pour être remplacée par une décision ayant la même portée, le recours doit être regardé comme tendant également à l'annulation de la nouvelle décision. Lorsque le retrait a acquis un caractère définitif, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre la décision initiale, qui ont perdu leur objet. Le juge doit, en revanche, statuer sur les conclusions dirigées contre la nouvelle décision.

11. Il ressort des pièces du dossier que le président du CCAS de Persan, a, en cours d'instance, par un arrêté du 25 novembre 2019, prononcé le licenciement de M. D à compter du 24 juin 2019. Cet arrêté, qui a la même portée que la décision du 19 juin 2019, doit être regardé comme l'ayant nécessairement et implicitement retirée. Le requérant doit, en conséquence, être regardé comme demandant également l'annulation de l'arrêté du 25 novembre 2019. Cet arrêté, en tant qu'il retire la décision de licenciement du 19 juin 2019, mentionnait les voies et délais de recours, n'a pas été contesté par le requérant et est, dès lors, devenu définitif. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 19 juin 2019, qui ont perdu leur objet.

En ce qui concerne la légalité de l'arrêté du 25 novembre 2019 :

S'agissant de la légalité externe :

12. Aux termes de l'article 36-1 du décret du 15 février 1988 : " () La décision prononçant une sanction disciplinaire doit être motivée. "

13. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté du 25 novembre 2019 expose les éléments de faits qui ont conduit le président du CCAS à décider du licenciement de M. D. Elle énumère notamment les huit griefs à l'origine de cette décision, à savoir : les " violences verbales " perpétrées par le requérant auprès de ses collègues et de sa hiérarchie à plusieurs reprises, " le refus d'obéissance ", " la non transmission des communications de manière volontaire " à sa hiérarchie, " le refus répété d'exécuter des ordres reçus ", le " comportement perturbant le bon fonctionnement du service " et " portant atteinte à la réputation du PRE ", son " attitude d'évitement " et d'" énervement, se manifestant de manière virulente " lorsque des reproches lui sont faits, la contestation persistante des " modalités d'organisations " de son travail, l'absence d'adhésion aux principes du programme de réussite éducative, et enfin la " mauvaise volonté manifeste dans l'exécution " de ses tâches. Dès lors, et alors même que cet arrêté n'énumère pas l'ensemble des obligations professionnelles que M. D a méconnues, il est suffisamment motivé en fait. L'arrêté en litige vise également les textes dont il fait application, en particulier les lois des 13 juillet 1983 et 26 janvier 1984 ainsi que les décrets des 15 février 1988 et 23 décembre 2016. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.

S'agissant de la légalité interne :

14. Aux termes de l'article 36 du décret du 15 février 1988 dans sa version applicable au litige : " Tout manquement au respect des obligations auxquelles sont assujettis les agents publics, commis par un agent contractuel dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions est constitutif d'une faute l'exposant à une sanction disciplinaire, sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par le code pénal. ". Aux termes de l'article 36-1 du même décret dans sa rédaction applicable au litige : " Les sanctions disciplinaires susceptibles d'être appliquées aux agents contractuels sont les suivantes : / 1° L'avertissement ; / 2° Le blâme ; / 3° L'exclusion temporaire des fonctions avec retenue de traitement pour une durée maximale de six mois pour les agents recrutés pour une durée déterminée et d'un an pour les agents sous contrat à durée indéterminée ; / 4° Le licenciement, sans préavis ni indemnité de licenciement. () ".

15. Il appartient au juge, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire sont matériellement établis, constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

Quant à l'inexactitude matérielle des faits :

16. Il ressort des pièces du dossier, en particulier du rapport disciplinaire du 27 février 2019 ainsi que des attestations précises, concordances et circonstanciées de quatre collègues de M. D et de sa supérieure hiérarchique, Mme A, que ces dernières ont assisté à plusieurs reprises depuis l'année 2015 à des " crises de colère " de M. D, rapportant que ce dernier était régulièrement " hors de lui ", " criant " sur ses collègues, parfois même devant des familles prises en charge par le service. Dans son témoignage, la supérieure hiérarchique de l'intéressé explique avoir craint à plusieurs reprises " pour son intégrité ". En se bornant à soutenir n'avoir jamais été agressif envers ses collègues et en produisant des témoignages peu circonstanciés de deux personnes ayant travaillé au sein programme de réussite éducative, M. D ne contredit pas sérieusement les éléments témoignant des violences verbales qui lui sont reprochés. De même, les témoignages produits par le CCAS de Persan mettent en lumière son attitude d'" électron libre ", refusant notamment de justifier certaines absences, ainsi que sa " difficulté à travailler en équipe " ou encore son refus de faire évoluer ses pratiques et d'appliquer les méthodes de partage d'information préconisées par sa hiérarchie. M. D, en soutenant que sa charge de travail a été amplifiée avec l'arrivée de Mme A et que son absence du 29 juin 2018 était justifiée, n'apporte aucun élément de nature à remettre en cause la matérialité des faits qui lui sont reprochés. Les échanges de courriels avec Mme A versés à l'instance témoignent par ailleurs de son refus répété de transmettre les informations demandées à sa hiérarchie, tout comme son refus d'exécuter certains ordres reçus. M. D, en soutenant qu'il était défavorable à la mise en place de nouveaux outils et qu'il avait besoin de temps pour s'adapter, ne contredit pas utilement les éléments produits par l'administration. Enfin, plusieurs témoignages font état de ses retards dans le traitement des dossiers, de son manque de retenue devant le public, de ses activités personnelles effectuées pendant son temps de travail et des retours négatifs de certaines familles à son égard, qui témoignent du caractère perturbant de l'attitude du requérant sur l'activité de son service. En se bornant à soutenir qu'il ne s'est " jamais présenté comme un décisionnaire " auprès des familles et à produire des attestations de partenaires satisfaits de leur relation de travail avec lui, M. D ne contredit pas sérieusement les griefs tirés du caractère perturbant de son attitude pour le fonctionnement de son service, ainsi que de l'atteinte à la réputation de ce dernier. Par suite, la matérialité des faits reprochés à l'intéressé, dont aucun n'était prescrit à la date à laquelle l'administration a engagé des poursuites disciplinaires à son encontre, est établie.

Quant à l'existence d'une faute et d'une disproportion de la sanction :

17. Les faits rappelés au point 16 sont constitutifs de plusieurs manquements, notamment au devoir d'obéissance hiérarchique et de dignité. Ils justifient donc, par leur caractère fautif, l'infliction d'une sanction disciplinaire. Ces fautes apparaissent d'autant plus graves qu'elles sont multiples et répétées dans le temps, alors même que son attitude irrespectueuse, son insubordination et une absence injustifiée avaient déjà valu à M. D de faire l'objet d'une précédente sanction en 2017. Pour autant, M. D n'a manifesté aucun repentir ou remord s'agissant de son comportement, cherchant au contraire à se dédouaner en minimisant son caractère fautif et n'a démontré aucune volonté d'améliorer ses agissements après la première sanction qui lui avait été infligée. Dans ces conditions, compte tenu de la gravité et de la multiplicité des fautes qui lui sont reprochées et qui sont établies, et alors même qu'il aurait antérieurement donné satisfaction dans l'exercice de ses fonctions, la sanction de licenciement qui a infligée à M. D par l'arrêté du 25 novembre 2019 n'apparaît pas disproportionnée.

18. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 25 novembre 2019 mettant fin à ses fonctions.

En ce qui concerne les conclusions accessoires :

19. Par voie de conséquence du rejet des conclusions à fin d'annulation des deux requêtes présentées par M. D, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code justice administrative doivent également être rejetées. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées au titre de ces mêmes dispositions par le CCAS et la commune de Persan.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : Les requêtes n°1907435 et n°1910422 présentées par M. D sont rejetées.

Article 2 : Les conclusions de la commune et du CCAS de Persan présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C D, au centre communal d'action sociale de Persan et à la commune de Persan.

Délibéré après l'audience du 11 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Coblence, présidente,

Mme Fléjou, première conseillère,

M. Goupillier, conseiller,

assistés de Mme Charleston, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 octobre 2022.

La rapporteure,

signé

V. B

La présidente,

signé

Mme E

La greffière,

signé

D. Charleston

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°1907435 et 191042

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