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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-1910624

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-1910624

vendredi 2 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-1910624
TypeDécision
RecoursExécution d'un jugement
PublicationC
Formation9ème Chambre
Avocat requérantROMANOVICH

Texte intégral

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Debourg, rapporteure,

- les conclusions de Mme Riedinger, rapporteure publique,

- et les observations de Me Word, représentant la société LSP Bâtiment.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite d'un contrôle routier effectué le 16 octobre 2018 à bord d'un véhicule loué au nom de la société LSP Bâtiment, les services de la gendarmerie ont constaté la présence de deux ressortissants ukrainiens dépourvus de titre les autorisant à travailler en France. L'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a appliqué à la société LSP Bâtiment, par une décision du 25 juin 2019, d'une part, la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-l du code du travail d'un montant de 35 700 euros et, d'autre part, la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement d'un étranger dans son pays d'origine prévue à l'article L. 626-l du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour un montant de 4 796 euros. La direction départementale des finances publiques de l'Essonne a émis à son encontre un premier titre de perception le 4 novembre 2019 mettant à la charge de la société la somme de 35 700 euros au titre de la contribution spéciale. Par décisions des 3 janvier et du 3 février 2020, la DDFIP de l'Essonne a rejeté ses réclamations préalables à l'encontre de ce titre de perception. Un second titre de perception a été émis le 9 décembre 2019 en vue du recouvrement de la somme de 4 796 euros au titre de la contribution forfaitaire. Par une décision du 13 février 2020, la DDFIP de l'Essonne a rejeté la réclamation préalable formulée par la société. Par la requête n°1910624, la société LSP Bâtiment demande au tribunal d'annuler la décision du 25 juin 2019. Par la requête n°2012890, la société LSP Bâtiment demande l'annulation du titre de perception du 4 novembre 2019 relatif à la contribution spéciale et des décisions des 3 janvier et 3 février 2020. Par la requête n°2012891, la société LSP Bâtiment demande l'annulation du titre de perception du 9 décembre 2019 relatif à la contribution forfaitaire et de la décision du 13 février 2020.

Sur les jonctions :

2. Les instances n°1910624, 2012890 et 2012891 opposent les mêmes parties, ont le même objet et ont été instruites ensemble. Il y a donc lieu de les joindre pour ne statuer que par une seule décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation et de décharge :

3. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 8251-1 du code du travail : " Nul ne peut, directement ou indirectement, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France ". L'article L. 8353-1 du même code dispose que : " Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger non autorisé à travailler, une contribution spéciale. ". Aux termes de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sans préjudice des poursuites judiciaires qui pourront être engagées à son encontre et de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, l'employeur qui aura occupé un travailleur étranger en situation de séjour irrégulier acquittera une contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine ().

4. Il appartient au juge administratif, saisi d'un recours contre une décision mettant à la charge d'un employeur la contribution spéciale prévue par les dispositions précitées de l'article L. 8253-1 du code du travail, pour avoir méconnu les dispositions de l'article L. 8251-1 du même code, de vérifier la matérialité des faits reprochés à l'employeur et leur qualification juridique au regard de ces dispositions. Il lui appartient, également, de décider, après avoir exercé son plein contrôle sur les faits invoqués et la qualification retenue par l'administration, soit de maintenir la sanction prononcée, soit d'en diminuer le montant jusqu'au minimum prévu par les dispositions applicables au litige, soit d'en décharger l'employeur. Par ailleurs, pour l'application de ces dispositions, il appartient à l'autorité administrative de relever, sous le contrôle du juge, les indices objectifs de subordination permettant d'établir la nature salariale des liens contractuels existant entre un employeur et le travailleur qu'il emploie.

5. Il résulte de l'instruction que les services de gendarmerie ont constaté la présence, à bord d'un véhicule loué au nom de la société LSP Bâtiment, de M. E C et de M. A F, ressortissants ukrainiens, lesquels étaient dépourvus de titres les autorisant à travailler en France. Il ressort du procès-verbal de saisine établi le 16 octobre 2018 que " la tenue de ces personnes atteste qu'elles travaillent, étant vêtues d'habits de travail souillés de poussière blanche et porteuses de chaussures de sécurité ". L'OFII fait valoir qu'une telle circonstance révèle l'existence d'une relation de travail. Toutefois, il ressort également de ce procès-verbal que " le conducteur, qui se présente comme étant le gérant de la société nous déclare verbalement se rendre dans une déchetterie à LES MUREAUX pour y déposer des matériaux de démolition s'agissant d'éléments en bois de l'intérieur d'un chalet, comme nous pouvons le constater. Il a demandé à deux connaissances de l'accompagner, juste ce matin pour l'aider à vider le camion, n'était pas en capacité de le faire seul en raison d'une blessure au bras ". En outre, il ressort des procès-verbaux d'audition du même jour que tant le gérant de la société que les ressortissants ukrainiens ont affirmé qu'il s'agissait seulement de rendre un service à M. D en transportant du bois venant de sa résidence secondaire à la déchetterie et qu'aucune rémunération n'avait été perçue en échange de ce service rendu. En l'espèce, il ne résulte pas de l'instruction que M. C et de M. F auraient fourni un travail en échange d'une rémunération ni qu'ils auraient été placés dans un lien de subordination vis-à-vis du requérant. En conséquence, la seule circonstance, avérée, que les deux ressortissants étrangers en cause se trouvaient dans le véhicule loué au nom de la société LSP Bâtiment, spécialisée dans le bâtiment, ne saurait suffire, en l'absence de tout indice objectif de subordination, à établir la nature salariale du lien entre eux et le requérant, ce d'autant qu'aucun constat des intéressés en action de travail n'a été relevé. Dans ces conditions, et dans la mesure où l'OFII ne produit aucun autre élément relatif à la matérialité de l'infraction, la décision attaquée est entachée d'illégalité.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens des requêtes, que la décision de l'OFII du 25 juin 2019 et par voie de conséquences les titres de perception émis les 4 novembre et 9 décembre 2019 doivent être annulés, ensemble les décisions des 3 janvier, 3 et 13 février 2020. La société requérante doit également être déchargée des contributions litigieuses.

Sur les frais du litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'office français de l'immigration et de l'intégration le versement d'une somme de 1 500 euros à la société requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative dans l'instance 1910624. Il n'y a pas lieu dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par la société requérante dans les instances 2012890 et 2012891.

D É C I D E :

Article 1er : La décision du directeur général de l'office français de l'immigration et de l'intégration du 25 juin 2019 est annulée.

Article 2 : Les titres de perception émis le 4 novembre 2019 et 9 décembre 2019 à l'encontre de la société LSP Bâtiment sont annulés, ensemble les décisions des 3 janvier, 3 et 13 février 2020 rejetant ses réclamations préalables.

Article 3 : La société LSP Bâtiment est déchargée de la somme totale de 40 496 euros au titre des contributions spéciale et forfaitaire.

Article 4 : L'office français de l'immigration et de l'intégration versera une somme de 1 500 euros à la société LSP Bâtiment en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions des requêtes n°1910624, 2012890 et 2012891 est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à la société LSP Bâtiment, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à la DDFIP de l'Essonne et au ministère de l'intérieur et des outres mer.

Délibéré après l'audience du 16 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Le Griel, présidente ;

Mme B, première conseillere ;

Mme Debourg, conseillère ;

assistées de Mme Bonfanti, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juin 2023.

La rapporteure,

Signé

T. Debourg

La présidente,

Signé

H. Le Griel

La greffière,

Signé

D. Bonfanti

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation, la greffière.

N°1910624, 2012890 et 2012891

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