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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-1911088

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-1911088

lundi 29 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-1911088
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème Chambre
Avocat requérantTHEOBALD

Texte intégral

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement, sur proposition de la rapporteure publique, a dispensé cette dernière de présenter des conclusions sur cette affaire.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Debourg, rapporteure.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a perçu l'allocation de solidarité spécifique à compter du 12 juin 2005. Par un courrier du 22 mai 2018, le directeur de Pôle Emploi lui a notifié un trop-perçu de 38 682, 06 euros correspondant à la restitution des allocations de solidarité spécifique versées sur la période du 1er juillet 2011 au 31 janvier 2018 en raison de l'accomplissement d'une activité professionnelle. Le 13 mars 2019, une mise en demeure lui a été adressée. Le 18 juillet 2019, Pole Emploi a émis une contrainte signifiée par acte d'huissier le 13 août 2019 d'un montant total de 38 835, 27 euros. Par la présente requête, M. A forme opposition à la contrainte précitée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la mise en demeure :

2. M. A ne peut utilement soutenir que le courrier de mise en demeure serait entachée d'un défaut de signature et d'une incompétence de l'auteur de l'acte dès lors que de tels moyens sont sans incidence sur la légalité de la contrainte litigieuse. Par suite, ces moyens seront écartés comme étant inopérants.

En ce qui concerne la prescription de la créance :

3. Aux termes de l'article 2224 du code civil : " Les actions personnelles ou mobilières se prescrivent par cinq ans à compter du jour où le titulaire d'un droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l'exercer ". En l'absence de dispositions spécifiques du code du travail relatives à l'allocation de solidarité spécifique, les règles de prescription de droit commun s'appliquent. Il résulte de ces dispositions que le délai de prescription court à compter du paiement de la prestation, seule l'existence d'une fraude ou de fausses déclarations étant de nature à reporter, à la date de découverte de celles-ci, le point de départ de la prescription de l'action en répétition de l'indu exercée par Pôle emploi. La notion de manœuvre frauduleuse ou de fausse déclaration doit s'entendre comme visant les inexactitudes ou omissions délibérément commises par l'allocataire dans l'exercice de son obligation déclarative.

4. En l'espèce, il est constant que M. A a déclaré ne percevoir aucun revenu dans ses déclarations mensuelles de situation transmises à France Travail, alors qu'il exerçait une activité d'autoentrepreneur depuis la fin de l'année 2010. Si l'intéressé soutient avoir transmis ses avis d'imposition à France travail, il ne l'établit pas. M. A a ainsi réalisé de fausses déclarations à plusieurs reprises. France travail était donc fondé, à la date de notification du trop-perçu, à savoir le 22 mai 2018, à solliciter le remboursement des allocations de solidarité spécifique versées pour la période du 1er juillet 2011 au 31 janvier 2018, sans qu'y fassent obstacle les règles de prescription quinquennale. Le moyen tiré de la prescription pour partie de la créance doit donc être écarté.

En ce qui concerne le bien-fondé de la créance :

5. En premier lieu, aux termes de l'article R. 5411-6 du code du travail : " Les changements affectant la situation au regard de l'inscription ou du classement du demandeur d'emploi et devant être portés à la connaissance de Pôle emploi, en application du second alinéa de l'article L. 5411-2, sont les suivants : / 1° L'exercice de toute activité professionnelle, même occasionnelle ou réduite et quelle que soit sa durée ; () ". Aux termes de l'article R. 5411-7 du même code : " Le demandeur d'emploi porte à la connaissance de Pôle emploi les changements de situation le concernant dans un délai de soixante-douze heures ".

6. En se bornant à soutenir qu'il n'avait pas l'intention de dissimuler son activité, le requérant n'établit ni avoir déclaré à France travail son activité d'autoentrepreneur, ni avoir déclaré les revenus tirés de cette activité, et ce, en méconnaissance des dispositions précitées. A supposer établie la circonstance selon laquelle il aurait transmis ses déclarations RSI à France Travail, cette seule circonstance ne permet pas de considérer que M. A à déclarer son activité et ses revenus alors qu'il résulte de ses propres écritures qu'il a indiqué dans ses déclarations mensuelles ne percevoir aucun revenu. Par suite, contrairement à ce que soutient le requérant, France travail était fondé à réclamer l'indu de l'allocation de solidarité spécifique.

7. En second lieu, si M. A fait valoir qu'il n'a débuté son activité d'autoentrepreneur que le dernier trimestre de l'année 2010 et qu'à ce titre, il doit être déchargé du paiement de la somme correspondant à la période allant de juillet à septembre 2010, il ressort toutefois des termes mêmes de la contrainte litigieuse qu'elle concerne les allocations de solidarité spécifique versées à compter du 1er juillet 2011. Par suite, ce moyen ne pourra qu'être écarté.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 5425-3 du code du travail, applicable jusqu'au 1er septembre 2017, date de son abrogation par le décret du 5 mai 2017 relatif à l'intéressement à la reprise d'activité des bénéficiaires de l'allocation de solidarité spécifique et à la suppression de l'allocation temporaire d'attente : " pendant les six premiers mois d'activité professionnelle, le nombre des allocations journalières est réduit jusqu'à sa suppression éventuelle dans la proportion de 40 % du quotient, lorsqu'il est positif, par le montant journalier de l'allocation, de la rémunération brute perçue, diminuée d'un montant égal à la moitié du produit du salaire minimum de croissance par le nombre d'heures correspondant à la durée légale du travail. Du septième au douzième mois civil suivant d'activité professionnelle, le nombre des allocations journalières est réduit dans la proportion de 40 % du quotient, par le montant journalier de l'allocation, de la rémunération brute perçue ". Aux termes de l'article R. 5425-4 du code du travail, applicable jusqu'au 1er septembre 2017, date de son abrogation par le décret du 5 mai 2017 relatif à l'intéressement à la reprise d'activité des bénéficiaires de l'allocation de solidarité spécifique et à la suppression de l'allocation temporaire d'attente : " Lorsque le bénéficiaire de l'allocation de solidarité spécifique reprend () une activité professionnelle non salariée, le nombre des allocations journalières n'est pas réduit pendant les trois premiers mois d'activité professionnelle. / Du quatrième au douzième mois d'activité professionnelle, le montant de l'allocation est diminué des revenus d'activité perçus par le bénéficiaire. / Il perçoit mensuellement la prime forfaitaire pour reprise d'activité d'un montant de 150 euros. (). ". Aux termes de l'article R. 5425-5 du code du travail, également applicable jusqu'au 1er septembre 2017 : " Lorsque, au terme de la période de versement prévue aux articles R. 5425-2 à R. 5425-4, le nombre total des heures d'activité professionnelle n'atteint pas sept cent cinquante heures, le bénéfice de ces dispositions est maintenu à l'allocataire qui exerce une activité professionnelle jusqu'à ce qu'il atteigne ce plafond des sept cent cinquante heures ". Il résulte de ces dispositions combinées que si le bénéfice de l'allocation spécifique de solidarité est compatible avec la reprise d'une activité professionnelle dans la limite d'une durée de douze mois, ce cumul peut être prolongé au-delà des douze mois prévus initialement en cas de durée de travail réalisée inférieure à 750 heures durant cette période, jusqu'à ce que ce maximum de 750 heures soit atteint.

9. L'article 2 du décret du 5 mai 2017 a réformé le dispositif d'intéressement des bénéficiaires de l'allocation de solidarité spécifique à la reprise d'une activité professionnelle. Il a notamment, d'une part, modifié l'article R. 5425-2 du code du travail pour prévoir la possibilité d'un cumul intégral, pendant une durée de trois mois, de la rémunération tirée de l'exercice d'une activité professionnelle avec l'allocation de solidarité spécifique, dans la limite des droits aux allocations restants, d'autre part, abrogé les articles R. 5425-4 et R. 5425-5 du même code, cités ci-dessus. L'article 2 de ce décret est entré en vigueur, en vertu du I de l'article 5 du même décret, le 1er septembre 2017. Toutefois, le III de ce même article prévoit que : " Les bénéficiaires de l'allocation de solidarité spécifique () ayant, au 1er septembre 2017, des droits ouverts au dispositif d'intéressement mentionné aux articles R. 5425-1 à R. 5425-8 du code du travail () dans leur rédaction antérieure au présent décret, continuent à percevoir cet intéressement dans les conditions prévues avant l'entrée en vigueur des dispositions des articles 2, 3 et 4 du présent décret et jusqu'à expiration de leurs droits. ". Il résulte de ces dispositions qu'il appartient au juge de rechercher si le requérant avait, à la date du 1er septembre 2017, des droits ouverts au dispositif d'intéressement et s'il pouvait en conséquence, en application du III de l'article 5 du même décret, continuer à percevoir cet intéressement dans les conditions antérieures à ce décret, jusqu'à l'expiration de ses droits.

10. En l'espèce, d'une part, il est constant que la contrainte litigieuse met à la charge de l'intéressé la somme correspondant à l'allocation de solidarité spécifique indument perçue à compter du 1er juillet 2011. Par conséquent, contrairement à ce qu'il fait valoir, en se bornant à soutenir qu'il aurait dû bénéficier des dispositions précitées, le requérant n'établit pas ne pas avoir effectivement bénéficié du cumul entre le 1er juillet 2010, date à laquelle il a été immatriculé en qualité d'autoentrepreneur, et le 1er juillet 2011, date à compter de laquelle France travail lui a réclamé un indu. D'autre part, si M. A soutient qu'il n'avait pas atteint le plafond de 750 heures prévu par les dispositions précitées au bout des douze mois et qu'il aurait donc dû bénéficier de l'allocation de solidarité spécifique en complément de son activité jusqu'à ce que ce plafond soit atteint, il ne l'établit pas par les seules pièces produites à l'instance. Par suite, le moyen tiré de ce que la créance ne serait pas fondée pour la période d'octobre 2011 à mai 2013 doit être écarté.

11. En quatrième lieu, M. A n'est pas fondé à soutenir que France travail aurait commis une faute en raison de sa négligence dès lors qu'il appartenait au requérant de satisfaire aux obligations déclaratives prévues par le code du travail. Ce moyen sera donc écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir opposées en défense, que les conclusions à fin d'opposition à contrainte et de décharge de la requête de M. A doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions formulées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à France Travail.

Délibéré après l'audience du 4 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Le Griel, présidente ;

M. Jacquelin, premier conseiller ;

Mme Debourg, conseillère ;

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juillet 2024.

La rapporteure,

signé

T. Debourg

La présidente,

signé

H. Le Griel

La greffière,

signé

E. Pradel

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation, la greffière.

N°1911088

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