vendredi 2 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-1911546 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP PIELBERG KOLENC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 16 septembre 2019, 15 juillet 2020 et 24 février 2022, la SCI Delgres Dillon, représentée par Me Kolenc demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner l'État à lui verser la somme de 1 080 501 euros, assortie des intérêts de droit à compter du 13 mai 2019 et leur capitalisation, en réparation des préjudices subis du fait de l'illégalité de la décision du 19 juillet 2012 par laquelle le maire de la commune d'Argenteuil a, au nom de l'État, prononcé l'interruption de travaux sur un terrain situé 40 et 56, rue d'Épinay ;
2°) de désigner, en tant que de besoin, tel expert qu'il plaira au tribunal aux fins de fournir tous éléments de nature à préciser et chiffrer les différents chefs de préjudice allégués résultant directement de l'intervention de l'arrêté du 19 juillet 2012 ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle justifie de sa qualité à agir ;
- l'État a commis une faute du fait de l'illégalité de l'arrêté interruptif de travaux pris le 19 juillet 2012 par le maire d'Argenteuil ;
- elle a subi, du fait de l'illégalité de cet arrêté, un préjudice d'un montant total de 1 080 501 euros, correspondant à des frais de stockage, des travaux d'étanchéité, une augmentation du coût global des travaux à réaliser, la perte de loyers futurs, des frais financiers engagés et des frais de remise en état du chantier.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 mars 2020, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- à titre principal, la requête est irrecevable faute pour le représentant légal de la requérante de justifier de sa qualité pour agir ;
- à titre subsidiaire, aucun lien de causalité entre l'arrêté interruptif de travaux et les préjudices allégués n'est établi ; ces préjudices sont dépourvus de caractère certain.
Par une ordonnance du 25 février 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 18 mars suivant.
Vu :
- l'arrêt de la Cour administrative d'appel de Versailles n° 16VE02487 du 25 octobre 2018 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Probert, premier conseiller ;
- les conclusions de M. Charpentier, rapporteur public ;
- et les observations de Me Kolenc, représentant la SCI Delgres Dillon.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêt n° 16VE02487 du 25 octobre 2018, la Cour administrative d'appel de Versailles, a prononcé, d'une part, l'annulation du jugement du 17 mars 2014 par lequel le tribunal administratif de céans a rejeté la demande présentée par M. de Gentile, gérant de la société SCI Delgres Dillon, tendant à l'annulation pour excès de pouvoir de l'arrêté du 19 juillet 2012 par lequel le maire de la commune d'Argenteuil, au nom de l'État, avait ordonné l'interruption immédiate des travaux réalisés sur la propriété cadastrée BE 379 et BE 862 et, d'autre part, l'annulation de l'arrêté du maire d'Argenteuil en date du 19 juillet 2012. La SCI Delgres Dillon a présenté une réclamation préalable notifiée le 15 mai 2019 auprès du préfet du Val-d'Oise, demeurée sans réponse, aux fins de se voir indemniser des préjudices qu'elle estime avoir subis. Par la présente requête, la société requérante demande, dans le dernier état de ses écritures, la condamnation de l'État à lui verser la somme totale de 1 080 501 euros, assortie des intérêts de droit à compter du 13 mai 2019, avec capitalisation, en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de l'arrêté du 19 juillet 2012.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la fin de non-recevoir :
2. En vertu du premier alinéa de l'article 1849 du code civil, le gérant d'une société civile immobilière tient normalement de ses fonctions le droit d'agir en justice, sans avoir à justifier de sa qualité pour agir.
3. Il ressort de l'extrait " Kbis " ainsi que des statuts produits en défense que M. de Gentile a la qualité de gérant de la SCI requérante. Par suite, la fin de non-recevoir tirée du défaut de qualité pour agir de l'intéressé, qui manque en fait, doit être écartée.
En ce qui concerne la responsabilité de l'État et la période de référence :
4. Si le maire, agissant au nom de l'État en sa qualité d'auxiliaire de l'autorité judiciaire, peut, en vertu des dispositions du troisième alinéa de l'article L. 480-2 du code de l'urbanisme, interrompre les travaux pour lesquels a été relevée, par procès-verbal dressé en application de l'article L. 480-1 du même code, une infraction mentionnée à l'article L. 480-4 de ce code, résultant soit de l'exécution de travaux sans les autorisations prescrites par le livre IV du code de l'urbanisme, soit de la méconnaissance des autorisations délivrées, il ne peut légalement prendre un arrêté interruptif pour des travaux exécutés conformément aux autorisations d'urbanisme en vigueur à la date de sa décision et ce même s'il estime que les travaux en cause méconnaissent les règles d'urbanisme et notamment le document local d'urbanisme.
5. L'illégalité de l'arrêté par lequel le maire, au nom de l'État, a prononcé l'interruption des travaux effectués pour le compte de la SCI Delgrès Dillon, constitue une faute susceptible d'engager la responsabilité de l'État, sous réserve pour la société requérante de justifier de préjudices en lien direct et certain avec la faute commise.
6. Aux termes de l'article L. 480-2 du code de l'urbanisme : " l'arrêté du maire cesse d'avoir effet en cas de décision de non-lieu ou de relaxe ". Il résulte de l'instruction que le pétitionnaire a été relaxé des fins de poursuite par le tribunal correctionnel de Pontoise par un jugement en date du 2 mai 2016. La période fautive susceptible de donner lieu à indemnisation doit donc être limitée à la période du 19 juillet 2012 au 2 mai 2016.
En ce qui concerne les préjudices allégués :
7. En premier lieu, la société requérante se prévaut d'un préjudice de 22 154,88 euros liés à la location de containers destinés à entreposer les huisseries livrées et n'ayant pu être installées pendant la période comprise entre la date de l'arrêté interruptif de travaux, le 19 juillet 2012, et celle de l'arrêt de la cour administrative de Versailles en ayant prononcé l'annulation, le 25 octobre 2018. La société, qui produit des factures, en date du 13 mai 2011, correspondant à la livraison de trois quart de ces huisseries ainsi que des factures correspondant à leur stockage par le fournisseur, justifie ainsi d'un préjudice à ce titre. Compte tenu de la période de référence indiquée au point précédent, il y a lieu de limiter ce préjudice au seules factures produites correspondant à la période fautive indiquée au point 6, soit la somme totale de 7 909,44 euros.
8. En deuxième lieu, si la requérante produit les factures de travaux d'étanchéité effectués, le 20 juillet 2012 et le 21 mars 2013, pour remédier à des infiltrations d'eau dans les appartements réalisés lors de la première tranche des travaux interrompus à la suite de l'arrêté du 19 juillet 2012, elle n'apporte aucune précision sur l'origine de ces infiltrations, alors que la première tranche des travaux a été achevée dès l'année 2003. Dans ces conditions, aucun lien de causalité direct et certain entre ce préjudice, chiffré à 8 690,14 euros, et l'illégalité fautive de l'arrêté interruptif de travaux ne résulte de l'instruction. Par suite, la responsabilité de l'État ne saurait être engagée à ce titre.
9. En troisième lieu, en se bornant à produire un tableur récapitulant les dépenses liées au chantier, la société requérante ne justifie pas de l'augmentation du coût des travaux restant à réaliser au moment de l'interruption des travaux qu'elle évalue à 53 828 euros. Dès lors, la responsabilité de l'État ne saurait davantage être engagée à ce titre.
10. En quatrième lieu, la perte de bénéfices ou le manque à gagner découlant de l'impossibilité de réaliser une opération immobilière en raison d'un arrêté interruptif de travaux illégal revêt un caractère éventuel et ne peut, dès lors, en principe, ouvrir droit à réparation. Il en va toutefois autrement si le requérant justifie de circonstances particulières.
11. La société requérante invoque un préjudice résultant de la perte des loyers correspondant à la location des immeubles qui devaient être construits qu'elle évalue à 859 532 euros. Toutefois, en se bornant à produire deux tableaux, le premier déterminant un prix de la location des appartements de la première tranche par mètres carrés et le second évaluant celui des appartements de la seconde tranche en fonction de ce prix au mètre carré, sans fournir d'éléments probants quant aux montants de la location des appartements de la première tranche, ni quant à la similarité entre ces appartements et ceux de la seconde tranche, et sans davantage fournir d'éléments permettant d'établir que la location des appartements de la seconde tranche aurait pu effectivement intervenir dès le 31 décembre 2012, la société requérante ne justifie pas de l'existence de circonstances particulières. Elle n'a donc pas droit à se voir indemniser au titre du manque à gagner allégué.
12. En cinquième lieu, si la société requérante invoque les frais financiers qu'elle a engagés, à hauteur de 118 908 euros, elle se borne à produire une convention de prêt avec son établissement bancaire, sans justifier de la mise en œuvre effective de cette convention ni apporter de précision sur l'immobilisation de ses fonds propres dont elle se prévaut. Dans ces conditions elle ne justifie pas du caractère certain des préjudices qu'elle allègue à ce titre.
13. En dernier lieu, si la requérante demande à être indemnisée des frais de remise en état et de réouverture du chantier, pour un montant de 14 388 euros, et produit, à ce titre, une facture de débroussaillage et de nettoyage du site, datée du 11 mars 2019, il ne résulte pas de l'instruction que de tels frais, engagés trois ans après le terme de la période fautive, seraient en lien direct et certain avec la faute commise.
14. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de diligenter une expertise, que l'État doit être condamné à verser à la SCI Delgres Dillon la somme de 7 909,44 euros.
Sur les intérêts et les intérêts des intérêts :
15. La société requérante a droit aux intérêts au taux légal correspondant à l'indemnité de 7 909,44 euros à compter du 15 mai 2019, date de réception de sa demande par le préfet du Val-d'Oise. La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. Cette demande prend toutefois effet au plus tôt à la date à laquelle elle est enregistrée et pourvu qu'à cette date il s'agisse d'intérêts dus au moins pour une année entière. La capitalisation des intérêts a été demandée le 24 février 2022, date à laquelle les intérêts étaient dus pour au moins une année entière. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 24 février 2022.
Sur les frais liés au litige :
16. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros à verser la SCI Delgres Dillon au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : L'État est condamné à verser à la SCI Delgres Dillon la somme de 7 909,44 euros, avec intérêts au taux légal à compter du 15 mai 2019. Les intérêts échus à la date du 24 février 2022 seront capitalisés pour produire eux-mêmes des intérêts.
Article 2 : L'État versera à la SCI Delgres Dillon une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SCI Delgres Dillon et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 14 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Buisson, président,
M. Probert, premier conseiller,
Mme L'Hermine, conseillère,
Assistés de Mme Galan, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 décembre 2022.
Le rapporteur,
signé
L. Probert
Le président,
signé
L. BuissonLa greffière,
signé
M. A
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026