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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-1912328

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-1912328

jeudi 11 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-1912328
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantLERAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

E une requête enregistrée le 1er octobre 2019 et deux mémoires complémentaires enregistrés les 10 mai et 28 octobre 2021, Mme C D, représentée E Me Lerat, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 30 juillet 2019 E laquelle la commune de Boulogne-Billancourt a rejeté sa demande de reconnaissance d'imputabilité au service de sa maladie ;

2°) d'enjoindre à la commune de Boulogne-Billancourt de retirer la décision du 30 juillet 2019 et de reconnaître l'imputabilité au service de sa maladie professionnelle ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande dans un délai de quinze jours ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Boulogne-Billancourt la somme de 2 400 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la signataire de la décision n'avait pas compétence pour ce faire ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que la commission de réforme a rendu son avis sur un dossier incomplet et était irrégulièrement composée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que la commune a estimé qu'un syndrome anxio-dépressif n'était pas une maladie inscrite au tableau des maladies imputables au service ;

- la commune a commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de reconnaître sa maladie comme étant imputable au service.

E deux mémoires en défense, enregistrés le 9 avril et le 27 mai 2021, la commune de Boulogne-Billancourt, représentée E Me Sagalovitsch, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme D au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés E la requérante ne sont pas fondés.

E une ordonnance du 28 octobre 2021, la clôture d'instruction, initialement fixée au

28 octobre 2021 a été reportée au16 novembre 2021.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Drevon-Coblence, présidente-rapporteure,

- les conclusions de M. Goupillier, rapporteur public,

- et les observations de Me Lerat, représentant Mme D, et de Me Schvartz, représentant la commune de Boulogne-Billancourt.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C D a été recrutée E la commune de Boulogne-Billancourt en tant qu'animatrice et a été titularisée dans le grade d'adjoint d'animation à compter du 19 juillet 2002. Devenue directrice d'un centre de loisirs et d'un centre d'animation permanent, elle a été nommée au grade d'animateur principal de 1ère classe en 2015 et, depuis le 1er janvier 2017, au grade d'animateur principal de 2ème classe. Elle a été placée en arrêt maladie de manière continue à compter du 5 janvier 2015 puis mise en disponibilité d'office du 2 mars au 1er décembre 2016 E un arrêté du 9 septembre 2016. Elle a, E la suite, été reconnue inapte aux fonctions d'animatrice et affectée à un poste de chargée de la commande publique au sein du département des affaires juridiques de la commune à compter du 6 mars 2017. E un courrier du 30 juin 2017, Mme D a présenté une demande de reconnaissance de l'imputabilité au service de son syndrome anxio-dépressif. E la présente requête, Mme D demande au tribunal d'annuler la décision du 30 juillet 2019 rejetant cette demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, dans sa version applicable à la date de la décision en litige : " Le fonctionnaire en activité a droit : () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. () / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite ou d'un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés E la maladie ou l'accident () Dans le cas visé à l'alinéa précédent, l'imputation au service de l'accident ou de la maladie est appréciée E la commission de réforme instituée E le régime des pensions des agents des collectivités locales () ".

3. Une maladie contractée E un fonctionnaire, ou son aggravation, doit être regardée comme imputable au service si elle présente un lien direct avec l'exercice des fonctions ou avec des conditions de travail de nature à susciter le développement de la maladie en cause, sauf à ce qu'un fait personnel de l'agent ou toute autre circonstance particulière conduisent à détacher la survenance ou l'aggravation de la maladie du service

4. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que, E un courrier du 30 juin 2017, Mme D a demandé au maire de la commune de Boulogne-Billancourt de reconnaître l'imputabilité au service du syndrome anxio-dépressif qu'elle avait développé et pour lequel elle a été placée en congé maladie à compter du 5 janvier 2015 jusqu'au 3 mars 2016. Il ressort également des pièces du dossier que Mme D apporte, pour illustrer le contexte professionnel dans lequel elle évoluait, de très nombreux témoignages sur les relations conflictuelles qu'entretenait Mme A, la directrice de l'école, avec l'équipe d'animation du centre de loisirs attenant à cette école notamment quant à l'utilisation mutualisée des locaux. Elle soutient notamment que la directrice de l'école a eu une attitude " malveillante et nuisible ", de " dénigrement ", d'opposition systématique à la mise à disposition des salles pour les activités du centre de loisirs, portant à l'encontre de l'équipe d'animation des " propos mensongers " et contribuant à entretenir " un climat de stress permanent ". La commune de Boulogne-Billancourt ne conteste pas sérieusement cette présentation des faits en se bornant à tenter, sans succès, d'amoindrir le caractère pathogène des conditions de travail installées E Mme A E des affirmations générales qui ne contredisent pas l'ensemble des éléments particulièrement circonstanciés apportés E Mme D. Cette dernière établit avoir été, en tant que directrice du centre de loisirs et après avoir adressé de multiples alertes aux services de la commune quant à la dégradation de ses conditions de travail, particulièrement exposée au comportement de Mme A et avoir présenté un état de souffrance professionnel nécessitant une prise en charge médicale pour, à compter de 2012, un épisode dépressif majeur ayant évolué vers une intensité sévère. Cet état de santé, attesté E plusieurs documents médicaux, a été notamment corroboré E le Dr B, en charge de l'expertise psychiatrique de Mme D en prévision de la saisine de la commission de réforme, qui observe notamment dans son rapport du 23 janvier 2018 que " Mme D n'a pas d'antécédent psychiatrique. Sa souffrance est authentique. Elle a réuni un volumineux dossier avec de très nombreux témoignages. La souffrance psychologique paraît authentique et imputable au service " et conclut que " l'état de souffrance psychologique est indubitable. Il est imputable au service ". La pathologie de l'intéressée doit dès lors être regardée comme présentant un lien direct avec l'exercice de ses fonctions.

5. En second lieu, il ressort des pièces du dossier, que dans sa séance du 17 juin 2018, la commission de réforme interdépartementale a rendu un avis favorable à la reconnaissance de l'imputabilité au service de la maladie de Mme D qui a été déclarée inapte au poste de directrice de centre de loisirs suite à une visite médicale du 19 décembre 2016. En outre, Mme D a depuis été reclassée sur différents postes à sa demande sans faire état des mêmes difficultés relationnelles. Il ne ressort d'aucun des éléments apportés E la commune en défense que, contrairement à ce qu'elle allègue, la personnalité de Mme D ou les évènements de sa vie personnelle auraient pu être, à quelque titre que ce soit, à l'origine des troubles présentés E la requérante. Dans ces conditions et eu égard à l'ensemble des éléments apportés E l'intéressée, la maladie de Mme D doit être reconnue comme étant imputable au service sans qu'aucune circonstance particulière ni aucun état antérieur ne conduise à l'en détacher. E conséquent, la décision du 30 juillet 2019 rejetant la demande de Mme D de reconnaissance de l'imputabilité au service de sa maladie est entachée d'une erreur d'appréciation et doit, dès lors, être annulée, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Eu égard au motif d'annulation retenu aux points 4 et 5, le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint à la commune de Boulogne-Billancourt de reconnaître comme étant imputable au service la maladie de Mme D. Il y a lieu de fixer à cette commune un délai de deux mois pour procéder à cette reconnaissance et en tirer toutes les conséquences de droit sur la situation de l'intéressée.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme D, qui n'est pas la partie perdante, la somme réclamée E la commune de Boulogne-Billancourt au titre de ces dispositions. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Boulogne-Billancourt le versement de la somme de 2 000 euros à Mme D au titre des frais exposés E elle et non compris dans les dépens.

E ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : La décision du 30 juillet 2019 de la commune de Boulogne-Billancourt est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la commune de Boulogne-Billancourt de reconnaître, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, l'imputabilité au service du syndrome anxio-dépressif dont souffre Mme D et d'en tirer toutes les conséquences de droit sur la situation de l'intéressée.

Article 3 : La commune de Boulogne-Billancourt versera une somme de 2 000 euros à Mme D en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D et à la commune de Boulogne-Billancourt.

Délibéré après l'audience du 11 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Coblence, présidente,

Mme Fléjou, première conseillère, et M. Viain, premier conseiller

assistés de Mme Charleston, greffière.

Rendu public E mise à disposition au greffe le 11 mai 2023.

La présidente-rapporteure,

signé

E. Coblence

L'assesseure la plus ancienne,

signé

V. FléjouLa greffière,

signé

D. Charleston

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°1912328

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