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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-1914071

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-1914071

mardi 25 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-1914071
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantCABINET BARDON & DE FAY- AVOCATS ASSOCIÉS - BF2A

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 novembre 2019, M. A E, représenté par le cabinet Richer et associés, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 septembre 2019 par lequel le président du centre communal d'action sociale (CCAS) de Bessancourt l'a suspendu de ses fonctions à compter du 23 septembre 2019 ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Bessancourt le versement de la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché de vices d'incompétence :

. d'une part, l'arrêté litigieux est présenté en en-tête comme étant un " arrêté du maire ", or le maire est incompétent pour prendre une décision relative à la gestion du personnel du CCAS ;

. d'autre part, le CCAS de Bessancourt ne rapporte pas la preuve qu'il avait délégué à son président le pouvoir d'édicter une sanction disciplinaire ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut de motivation dès lors que la faute qui lui est reprochée est inconnue ;

- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983 dès lors qu'il n'a commis aucune faute au sens de ces dispositions.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 novembre 2020, le CCAS de Bessancourt, représenté par Me de Faÿ, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. E sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

La clôture de l'instruction a été fixée au 8 septembre 2021 par ordonnance du 2 août 2021.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de M. Gabarda, rapporteur public,

- et les observations de Me Belal-Codebar, substituant Me de Faÿ, représentant le CCAS de Bessancourt.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, attaché territorial, a été recruté par le CCAS de Bessancourt le

1er avril 2009 pour occuper l'emploi de directeur. Il a été suspendu de ses fonctions à compter du 23 septembre 2019 par un arrêté 16 septembre 2019 du président du CCAS. Par la présente requête, M. E demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré du vice d'incompétence du signataire de l'acte :

2. Aux termes de l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983 : " En cas de faute grave commise par un fonctionnaire () l'auteur de cette faute peut être suspendu par l'autorité ayant pouvoir disciplinaire (). ". Aux termes de l'article 19 de la loi du 13 juillet 1983 alors en vigueur : " Le pouvoir disciplinaire appartient à l'autorité investie du pouvoir de nomination () ". Aux termes de l'article L. 123-6 du code de l'action sociale et des familles : " Le centre d'action sociale est un établissement public administratif communal ou intercommunal. Il est administré par un conseil d'administration présidé, selon le cas, par le maire ou le président de l'établissement public de coopération intercommunale () ". Aux termes de l'article R. 123-23 du même code : " Le président du conseil d'administration prépare et exécute les délibérations du conseil ; () Il nomme les agents du centre () ".

3. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que l'autorité compétente pour prononcer une mesure de suspension à l'égard d'un agent d'un CCAS communal appartient au titulaire du pouvoir de nomination des agents du CCAS, c'est-à-dire au président de ce centre. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué a été signé par M. C en sa qualité de président du CCAS de Bessancourt. La circonstance que cet arrêté indique en en-tête " arrêté du maire " constitue une simple erreur de plume sans incidence sur sa légalité. Par suite, M. E n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté du 16 septembre 2019 a été signé par une autorité incompétente.

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut de motivation :

4. La suspension d'un agent est une mesure conservatoire prise dans l'intérêt du service et ne constitue pas une sanction disciplinaire. Ainsi, elle n'est pas au nombre des décisions qui doivent être motivées par application des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation de l'arrêté attaqué est inopérant et doit être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983 :

5. Aux termes de l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983 : " En cas de faute grave commise par un fonctionnaire, qu'il s'agisse d'un manquement à ses obligations professionnelles ou d'une infraction de droit commun, l'auteur de cette faute peut être suspendu par l'autorité ayant pouvoir disciplinaire qui saisit, sans délai, le conseil de discipline. / Le fonctionnaire suspendu conserve son traitement, l'indemnité de résidence, le supplément familial de traitement et les prestations familiales obligatoires. Sa situation doit être définitivement réglée dans le délai de quatre mois. / Si, à l'expiration d'un délai de quatre mois, aucune décision n'a été prise par l'autorité ayant le pouvoir disciplinaire, le fonctionnaire qui ne fait pas l'objet de poursuites pénales est rétabli dans ses fonctions. S'il fait l'objet de poursuites pénales et que les mesures décidées par l'autorité judicaire ou l'intérêt du service n'y font pas obstacle, il est également rétabli dans ses fonctions à l'expiration du même délai. () ".

6. Une décision de suspension des fonctions prise à l'encontre d'un fonctionnaire est une mesure conservatoire prise dans l'intérêt du service et ne constitue pas une sanction disciplinaire. Elle ne peut être prononcée que lorsque les faits imputables à l'intéressé présentent un caractère suffisant de vraisemblance et de gravité et que l'éloignement de l'intéressé se justifie au regard de l'intérêt du service. Eu égard à la nature conservatoire d'une mesure de suspension et à la nécessité d'apprécier, à la date à laquelle cet acte a été pris, la condition tenant au caractère vraisemblable des faits, il appartient au juge de l'excès de pouvoir de statuer au vu des informations dont disposait effectivement l'autorité administrative au jour de sa décision.

7. Le CCAS soutient que M. E a été suspendu notamment en raison de menaces de mort qu'il avait proférées par écrit à l'encontre de M. Poulet, président du CCAS et du maire de Bessancourt.

8. Il ressort des pièces du dossier que le 30 juillet 2019, un tract rédigé en termes injurieux et diffamatoires à l'égard du maire de Bessancourt, du directeur général des services et de la responsable des ressources humaines de la commune, a été distribué dans les casiers de certains élus et personnels de la commune. Ce tract, appelant à rejoindre la liste d'opposition " Agir pour Bessancourt " et signé " votre dévoué, Invictus44 ", se conclut par les termes " cette chansonnette en termes d'avertissement : () C nous te plumerons ! / C nous te tuerons ! ". Si M. E soutient qu'il n'est pas à l'origine de ce document, un constat d'huissier du 31 juillet suivant et un courrier électronique daté du 6 mars 2019, envoyé par M. E au moyen de sa messagerie professionnelle, dont la matérialité n'est pas contestée, ont révélé un lien alors vraisemblable entre le requérant et l'auteur du tract injurieux et menaçant, ce dernier étant un membre actif de la liste " Agir pour Bessancourt ", connu sous le pseudonyme " Invictus44 ". Sur la base des éléments précités, les faits reprochés à M. E présentaient, au moment où a été prise la mesure de suspension du 16 septembre 2019, un caractère suffisant de vraisemblance et de gravité. Le président du CCAS de Bessancourt pouvait, pour ce seul motif, prononcer la suspension de M. E. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983, doit être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. E tendant à l'annulation de l'arrêté du 16 septembre 2019 ne peuvent qu'être rejetées.

II. Sur les conclusions accessoires :

10. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. () ".

11. D'une part, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. E le versement d'une somme de 1 500 euros au CCAS de Bessancourt, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. D'autre part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Bessancourt, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. E au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : M. E versera au CCAS de Bessancourt une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A E et au centre communal d'action sociale de Bessancourt.

Délibéré après l'audience du 11 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Coblence, présidente,

Mme Fléjou, première conseillère,

M. Goupillier, conseiller,

assistés de Mme Charleston, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 octobre 2022.

La rapporteure,

signé

V. B

La présidente,

signé

Mme D

La greffière,

signé

D. Charleston

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°1914071

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