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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-1914149

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-1914149

mercredi 13 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-1914149
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantDLA PIPER FRANCE LLP

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 novembre 2019 et un mémoire enregistré le 6 avril 2021, la société Free mobile, représentée par la SELARL Pamlaw - avocats agissant par Me Martin, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 12 septembre 2019 par laquelle la commune de Courbevoie s'est opposé à la réalisation de travaux d'installation d'antennes relais sur un bâtiment situé rue Auguste Beau à Courbevoie et ayant fait l'objet d'une déclaration préalable le 20 juin 2019 ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Courbevoie la somme de 5000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision litigieuse a été prise par une autorité dont la compétence n'est pas établie ;

- la décision litigieuse méconnaît les dispositions de l'article 222 de la loi n° 2018-1021 du 23 novembre 2018 portant évolution du logement, de l'aménagement et du numérique ;

- contrairement au motif invoqué, l'installation relève d'un traitement architectural soigné, les antennes ne seront pas visibles depuis l'espace public et ne méconnaît pas les dispositions de l'article UC 11.2.2 du plan local d'urbanisme ;

- l'installation ne méconnaît pas davantage l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme ;

- il n'y a pas de non-lieu à statuer ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 mars 2021 la commune de Courbevoie conclut au non-lieu à statuer ;

Elle fait valoir qu'elle a abrogé l'arrêté en litige et a pris un nouvel arrêté de non-opposition à travaux.

Par ordonnance du 03 juin 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 05 juillet 2021.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- l'ordonnance n° 1915254 du 16 décembre 2019 du juge des référés du tribunal administratif de Cergy-Pontoise ;

- la loi n° 2018-1021 du 23 novembre 2018 portant évolution du logement, de l'aménagement et du numérique ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Thierry, président-rapporteur,

- les conclusions de Mme Maisonneuve, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 12 septembre 2019 la commune de Courbevoie s'est opposée aux travaux déclarés par la société Free mobile le 20 juin 2019 pour l'installation d'antennes relais camouflées dans trois fausses cheminées avec installations techniques en pied, sur un immeuble à usage d'habitation situé rue Auguste Beau, à Courbevoie. La société Free mobile demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin de non-lieu à statuer :

2. Un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un acte administratif n'a d'autre objet que d'en faire prononcer l'annulation avec effet rétroactif. Si, avant que le juge n'ait statué, l'acte attaqué est rapporté par l'autorité compétente et si le retrait ainsi opéré acquiert un caractère définitif faute d'être critiqué dans le délai du recours contentieux, il emporte alors disparition rétroactive de l'ordonnancement juridique de l'acte contesté, ce qui conduit à ce qu'il n'y ait lieu pour le juge de la légalité de statuer sur le mérite du pourvoi dont il était saisi. Dans le cas où l'administration se borne à procéder à l'abrogation de l'acte attaqué, cette circonstance prive d'objet le pourvoi formé à son encontre, à la double condition que cet acte n'ait reçu aucune exécution pendant la période où il était en vigueur et que la décision procédant à son abrogation soit devenue définitive.

3. Par ailleurs, une décision intervenue pour l'exécution de l'ordonnance par laquelle le juge des référés d'un tribunal administratif a suspendu l'exécution d'un acte administratif revêt, par sa nature même, un caractère provisoire jusqu'à ce qu'il soit statué sur le recours en annulation présenté parallèlement à la demande en référé. Eu égard à son caractère provisoire, une telle décision peut être remise en cause par l'autorité administrative.

4. En l'espèce, la commune de Courbevoie fait valoir qu'elle a délivré le 13 janvier 2020, un arrêté de non-opposition à la déclaration préalable de travaux de la société Free mobile. Il ressort néanmoins des pièces du dossier que cette autorisation d'urbanisme a été délivrée à la suite du réexamen ordonné par le juge des référés du tribunal administratif de Cergy-Pontoise dans son ordonnance susvisée du 16 décembre 2019. Dès lors, cette mesure présente, par sa nature même, un caractère provisoire jusqu'à ce qu'il soit statué sur le recours en annulation présenté parallèlement à la demande en référé et ne saurait avoir pour effet de priver d'objet les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 12 septembre 2019. Par ailleurs, la décision litigieuse a produit des effets jusqu'à son abrogation dès lors qu'elle a fait obstacle à la réalisation des travaux envisagés par la société Free mobile. Par suite, les conclusions à fin de non-lieu présentées par la commune de Courbevoie doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. En premier lieu, il résulte de l'instruction que la décision litigieuse a été signée par Mme A, première adjointe au maire de la commune de Courbevoie. Il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier que cette dernière disposait d'une délégation de signature lui conférant compétence pour signer cette décision. Par suite, la société Free mobile est fondée à soutenir que l'arrêté a été signé par une autorité incompétente.

6. En deuxième lieu, le code de l'urbanisme dispose à son article L. 421-1 : " Les constructions, même ne comportant pas de fondations, doivent être précédées de la délivrance d'un permis de construire () " ; à son article L. 421-4 : " Un décret en Conseil d'Etat arrête la liste des constructions, aménagements, installations et travaux qui, en raison de leurs dimensions, de leur nature ou de leur localisation, ne justifient pas l'exigence d'un permis et font l'objet d'une déclaration préalable " ; à son article L. 424-1 : " L'autorité compétente se prononce par arrêté sur la demande de permis ou, en cas d'opposition ou de prescriptions, sur la déclaration préalable " ; à son article R. 423-23 : " Le délai d'instruction de droit commun est de : / a) Un mois pour les déclarations préalables () " ; à son article R. 423-38, dans sa rédaction applicable au litige : " Lorsque le dossier ne comprend pas les pièces exigées en application du présent livre, l'autorité compétente, dans le délai d'un mois à compter de la réception ou du dépôt du dossier à la mairie, adresse au demandeur ou à l'auteur de la déclaration une lettre recommandée avec demande d'avis de réception ou, dans le cas prévu par l'article R. 423-48, un échange électronique, indiquant, de façon exhaustive, les pièces manquantes." ; à son article R. 423-39 : " L'envoi prévu à l'article R. 423-38 précise : () c) Que le délai d'instruction commencera à courir à compter de la réception des pièces manquantes par la mairie. " ; et enfin à son article R. 424-1 : " A défaut de notification d'une décision expresse dans le délai d'instruction déterminé comme il est dit à la section IV du chapitre III ci-dessus, le silence gardé par l'autorité compétente vaut, selon les cas : / a) Décision de non-opposition à la déclaration préalable () ".

7. D'autre part, aux termes de l'article 222 de la loi n° 2018-1021 du 23 novembre 2018 : " À titre expérimental, par dérogation à l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme et jusqu'au 31 décembre 2022, les décisions d'urbanisme autorisant ou ne s'opposant pas à l'implantation d'antennes de radiotéléphonie mobile avec leurs systèmes d'accroche et leurs locaux et installations techniques ne peuvent pas être retirées. / Cette disposition est applicable aux décisions d'urbanisme prises à compter du trentième jour suivant la publication de la présente loi () ".

8. Il ressort des pièces du dossier que la société Free mobile a déposé sa déclaration préalable de travaux auprès de la mairie de Courbevoie le 20 juin 2019. Par un courrier du 17 juillet 2019 les services de la commune de Courbevoie lui ont adressé une demande de pièces, à laquelle elle a répondu le 7 août 2019. La réponse à cette demande de pièces a eu pour effet de faire courir, en application de l'article R. 423-39 précité du code de l'urbanisme, le délai d'instruction d'un mois, soit jusqu'au 7 septembre 2019. Aucune réponse de la commune de Courbevoie n'ayant été notifiée auparavant à la société requérante, il en résulte qu'une décision tacite de non-opposition à la déclaration de travaux est née à cette date, ce qui n'est au demeurant pas contesté par la commune de Courbevoie. Il s'ensuit qu'en édictant le 12 septembre 2019 une décision d'opposition aux travaux déclarés la commune de Courbevoie doit être regardée comme ayant retiré la décision tacite de non-opposition à la déclaration de travaux. La société Free mobile est ainsi fondée à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions précitées de l'article 222 de la loi de la loi n° 2018-1021 du 23 novembre 2018 et à en demander l'annulation pour ce motif.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article UA 11. 2. 2 du plan local d'urbanisme de la commune de Courbevoie : " Le traitement des toitures doit être de qualité. Tout élément de toiture fera l'objet d'un traitement architectural soigné () Les antennes d'émission ou de réception de signaux radioélectriques (radios, radiotéléphones, télévisions, paraboles, etc.) doivent être implantées en partie supérieure des bâtiments et en retrait des façades. Elles ne doivent pas, dans la mesure du possible, être visibles, depuis l'espace public. ".

10. Il ressort des pièces du dossier que les installations prévues par la SAS Free Mobile seront implantées en partie supérieure du bâtiment, en retrait des façades de l'immeuble qui doit les accueillir, conformément aux dispositions précitées. Il ressort également de ces mêmes pièces que les antennes concernées par les travaux déclarés seront dissimulées par un habillage de fausses cheminées. Contrairement au motif invoqué par la commune de Courbevoie pour s'opposer aux travaux, il ne ressort d'aucun des documents produits à l'appui de la déclaration préalable, en particulier du photomontage, que ces installations portent une atteinte à l'ensemble architectural ni que leur aspect et positionnement ne sont pas soignés. Dans ces conditions, en s'opposant à la déclaration préalable de travaux de la commune de Courbevoie au motif que les installations prévues ne relèvent pas d'un traitement architectural soigné, le maire de la commune de Courbevoie a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation et fait une inexacte application des dispositions de l'article UB 11.2.2 du règlement du plan local d'urbanisme.

11. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. ".

12. Il ressort des pièces du dossier que les installations prévues par la société Free mobile seront implantées sur le toit d'un bâtiment d'habitation collective, dans un quartier qui ne présente pas un intérêt architectural particulier. Elles ne sont pas de nature à porter atteinte aux caractéristiques générales du bâti environnant. Dans ces conditions, en s'opposant à la déclaration préalable de travaux de la société Free mobile au motif que les installations prévues portent atteinte à l'intérêt du bâtiment existant et des lieux avoisinants, le maire de la commune de Courbevoie a également entaché son arrêté d'une erreur d'appréciation pour l'application de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme.

13. Il résulte de ce qui précède que la société Free mobile est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 12 septembre 2019 par lequel le maire de la commune de Courbevoie s'est opposé à sa déclaration préalable.

Sur les conclusions relatives aux frais non compris dans les dépens :

14. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

15. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, en application de ces dispositions, de mettre à la charge de la commune de Courbevoie une somme de 1500 euros qu'elle paiera à la société Free mobile, au titre des frais non compris dans les dépens que cette dernière a exposés.

D E C I D E :

Article 1er: La décision du 12 septembre 2019 du maire de la commune de Courbevoie est annulée.

Article 2 :La commune de Courbevoie versera à la société Free mobile une somme de 1 500 euros, en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 3 :Le présent jugement sera notifié à la société Free mobile et à la commune de Courbevoie.

Délibéré après l'audience du 5 juillet 2022 à laquelle siégeaient :

M. Thierry, président,

Mme Ferrand première conseillère,

M. Louvel, premier conseiller.

Assistés de M. Lux, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.

Le président,

signé

P. Thierry L'assesseur le plus ancien,

signé

L. Ferrand

Le greffier,

signé

F. Lux

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 19141492

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