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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-1914560

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-1914560

vendredi 2 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-1914560
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantCABINET TRECOURT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et trois mémoires, enregistrés les 19 novembre 2019, 19 mars 2020, 3 avril 2020 et 26 décembre 2022 M. C A et Mme D B, épouse A, représentés par Me Ardouin, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n° PC 95306 15 H0065 M01 du 3 juillet 2019 par lequel le maire de la commune d'Herblay-sur-Seine a accordé à la société civile de construction vente (SCCV) Herblay Ambassadeurs un permis de construire modificatif portant sur l'implantation d'un local destiné à accueillir un transformateur électrique, la modification des portails, l'intégration d'un cabinet paramédical et sur d'autres modifications extérieures ;

2°) d'ordonner la démolition du transformateur électrique ;

3°) d'ordonner la suppression de la servitude de vue créée par la SCCV Herblay Ambassadeurs et l'édification de l'écran végétal prévu par le permis de construire, sous astreinte de 500 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement ;

4°) de condamner la SCCV Herblay Ambassadeurs à leur verser la somme de 60 000 euros au titre des préjudices qu'ils estiment avoir subis ;

5°) de mettre à la charge de la SCCV Herblay Ambassadeurs la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- leur recours est recevable ;

- le permis de construire modificatif méconnaît l'article UC 7 du plan local d'urbanisme de la commune d'Herblay-sur-Seine ;

- il méconnaît l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ;

- le dossier de demande ce permis de construire modificatif ne mentionne pas la surface du transformateur électrique et ne fait pas mention de l'existence d'un ouvrage public ou d'intérêt collectif ;

- la création de cette servitude leur cause un préjudice moral et financier évalué à 60 000 euros ;

- le transformateur électrique n'a fait l'objet d'aucune autorisation avant d'être édifié ;

- le transformateur électrique ne pouvait faire l'objet d'un permis modificatif car il s'agit d'une construction nouvelle en application des articles L. 421-1 et R. 421-1 du code de l'urbanisme.

Par trois mémoires, enregistrés les 27 janvier 2020, 20 mars 2020 et 24 avril 2020, la commune d'Herblay-sur-Seine, représentée par Me Bernard, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 5 000 euros soit mise à la charge de M. A et de Mme B, épouse A, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable en l'absence de notification du recours contentieux en méconnaissance de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ;

- les conclusions tendant à la démolition du transformateur électrique, à l'indemnisation par la SCCV Herblay Ambassadeurs des préjudices que les requérants estiment avoir subis et celles tendant à ce qu'il soit enjoint à la société pétitionnaire de supprimer la servitude de vue qu'elle aurait créée et d'édifier l'écran végétal prévu par le permis de construire initial relèvent de la compétence du juge judiciaire et sont dès lors irrecevables ;

- la requête est irrecevable au regard de l'article R. 414-3 du code de justice administrative puisque les pièces jointes produites par les requérants l'ont été dans un fichier unique ne comprenant pas de signets répertoriant chacune des pièces jointes ;

- aucun des moyens soulevés par les requérants n'est fondé.

Par un mémoire, enregistré le 28 août 2020, la SCCV Herblay Ambassadeurs, représentée par Me Raimbert, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, ou, à titre subsidiaire, à ce qu'il soit sursis à statuer dans l'attente de la régularisation du permis de construire modificatif par le dépôt d'une nouvelle demande de permis de construire modificatif et, en tout état de cause, à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. A et de Mme B, épouse A, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable en l'absence de notification du recours contentieux en méconnaissance de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ;

- la requête est irrecevable en l'absence d'intérêt à agir des requérants ;

- les conclusions tendant à ce qu'elle indemnise les préjudices que les requérants estiment avoir subis et celles tendant à ce qu'il lui soit enjoint de supprimer la servitude de vue qu'elle aurait créée et d'édifier l'écran végétal prévu par le permis de construire initial relèvent de la compétence du juge judiciaire et sont dès lors irrecevables ;

- certains moyens soulevés par les requérants sont irrecevables puisqu'ils ont été soulevés plus de deux mois après la communication du premier mémoire en défense, en application de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme ;

- aucun des moyens soulevés par les requérants n'est fondé.

Par une ordonnance du 7 février 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 2 mars 2023.

Un mémoire, enregistré le 24 mars 2023, présenté pour la société Enedis, n'a pas été communiqué.

Vu :

- la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 2004-803 du 9 août 2004 ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme L'Hermine, conseillère ;

- les conclusions de M. Charpentier, rapporteur public ;

- les observations de Me Gauthier, avocat de la commune d'Herblay-sur-Seine ;

- les observations de Me Thao, avocat de la SCCV Herblay Ambassadeurs ;

- et les observations de Me Flora, avocat d'Enedis.

Considérant ce qui suit :

1. Le 6 janvier 2016, la SCCV Herblay Ambassadeurs a obtenu un permis de construire un ensemble immobilier de 56 logements situé au 194-198 boulevard des Ambassadeurs à Herblay-sur-Seine. Par un arrêté du 3 juillet 2019, le maire de la commune d'Herblay-sur-Seine a accordé un permis de construire modificatif en vue, notamment, de l'implantation d'un local accueillant un transformateur électrique. M. A et Mme B, épouse A, ont exercé un recours gracieux le 28 août 2019 à l'encontre de ce permis de construire implicitement rejeté par la maire. Ils doivent être regardés comme demandant l'annulation du permis de construire modificatif et de la décision de rejet du recours gracieux.

Sur l'exception d'incompétence pour connaître des conclusions à fins d'injonction et d'indemnisation présentées à l'encontre de la SCCV Herblay Ambassadeurs :

2. Aux termes de l'article L. 480-4 du code de l'urbanisme : " Le fait d'exécuter des travaux mentionnés aux articles L. 421-1 à L. 421-5 () en méconnaissance des prescriptions imposées par un permis de construire () est puni d'une amende comprise entre 1 200 euros et un montant qui ne peut excéder, soit, dans le cas de construction d'une surface de plancher, une somme égale à 6 000 euros par mètre carré de surface construite, démolie ou rendue inutilisable au sens de l'article L. 430-2, soit, dans les autres cas, un montant de 300 000 euros ". Aux termes de l'article A. 424-8 du même code : " Le permis est délivré sous réserve du droit des tiers: il vérifie la conformité du projet aux règles et servitudes d'urbanisme. Il ne vérifie pas si le projet respecte les autres réglementations et les règles de droit privé. Toute personne s'estimant lésée par la méconnaissance du droit de propriété ou d'autres dispositions de droit privé peut donc faire valoir ses droits en saisissant les tribunaux civils, même si le permis respecte les règles d'urbanisme ".

3. Il n'appartient qu'à l'autorité judiciaire de connaître des conclusions présentées par M. A et Mme B, épouse A, tendant à ce qu'il soit enjoint à la SCCV Herblay Ambassadeurs de supprimer la servitude de vue qu'elle aurait créée et d'édifier un écran végétal qui serait prévu par le permis de construire initial, sous astreinte de 500 euros par jour de retard à compter du jugement à intervenir. Il en est de même des conclusions tendant à la condamnation de la société pétitionnaire au versement d'une somme de 60 000 euros en raison des préjudices qu'ils estiment avoir subis. Par suite, la fin de non-recevoir tirée de l'irrecevabilité de ces conclusions doit être accueillie. Ces conclusions, irrecevables, doivent, pour ce motif, être rejetées.

Sur la fin de non-recevoir tirée de la méconnaissance de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme :

4. Aux termes de l'article R. 424-15 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction applicable au litige : " Mention du permis explicite ou tacite ou de la déclaration préalable doit être affichée sur le terrain, de manière visible de l'extérieur, par les soins de son bénéficiaire, dès la notification de l'arrêté ou dès la date à laquelle le permis tacite ou la décision de non-opposition à la déclaration préalable est acquis et pendant toute la durée du chantier. Cet affichage n'est pas obligatoire pour les déclarations préalables portant sur une coupe ou un abattage d'arbres situés en dehors des secteurs urbanisés. / Cet affichage mentionne également l'obligation, prévue à peine d'irrecevabilité par l'article R. 600-1, de notifier tout recours administratif ou tout recours contentieux à l'auteur de la décision et au bénéficiaire du permis ou de la décision prise sur la déclaration préalable. () ". Aux termes de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme : " En cas de déféré du préfet ou de recours contentieux à l'encontre d'un certificat d'urbanisme, ou d'une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code, le préfet ou l'auteur du recours est tenu, à peine d'irrecevabilité, de notifier son recours à l'auteur de la décision et au titulaire de l'autorisation. Cette notification doit également être effectuée dans les mêmes conditions en cas de demande tendant à l'annulation ou à la réformation d'une décision juridictionnelle concernant un certificat d'urbanisme, ou une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code. L'auteur d'un recours administratif est également tenu de le notifier à peine d'irrecevabilité du recours contentieux qu'il pourrait intenter ultérieurement en cas de rejet du recours administratif. / La notification prévue au précédent alinéa doit intervenir par lettre recommandée avec accusé de réception, dans un délai de quinze jours francs à compter du dépôt du déféré ou du recours. / La notification du recours à l'auteur de la décision et, s'il y a lieu, au titulaire de l'autorisation est réputée accomplie à la date d'envoi de la lettre recommandée avec accusé de réception. Cette date est établie par le certificat de dépôt de la lettre recommandée auprès des services postaux () ". Il résulte de ces dispositions que l'absence de mention dans l'affichage de l'obligation de notification du recours a pour effet de rendre inopposable l'irrecevabilité prévue à l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme.

5. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des constats d'huissier produits par la société pétitionnaire des 23 septembre 2019, 23 octobre 2019 et 26 novembre 2019, que l'arrêté du 3 juillet 2019, qui comporte les voies et délais de recours, rappelle l'obligation prévue par l'article R. 600-1 de notifier tout recours administratif et contentieux au bénéficiaire du permis de construire, contrairement à ce que soutiennent les requérants. Il ressort des pièces du dossier que M. A et Mme B, épouse A, n'ont notifié ni leur recours gracieux à la société civile de construction vente (SCCV) Herblay Ambassadeurs ni leur recours contentieux à la société pétitionnaire et au maire de la commune d'Herblay-sur-Seine. Par suite, la fin de non-recevoir tirée de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 3 juillet 2019 doit être accueillie. Ces conclusions, irrecevables, doivent, pour ce motif, être rejetées.

Sur les conclusions tendant à la démolition du transformateur électrique :

6. Lorsqu'il est saisi d'une demande tendant à ce que soit ordonnée la démolition d'un ouvrage public dont il est allégué qu'il est irrégulièrement implanté par un requérant qui estime subir un préjudice du fait de l'implantation de cet ouvrage et qui en a demandé sans succès la démolition à l'administration, il appartient au juge administratif, juge de plein contentieux, de déterminer, en fonction de la situation de droit et de fait existant à la date à laquelle il statue, si l'ouvrage est irrégulièrement implanté, puis, si tel est le cas, de rechercher, d'abord, si eu égard notamment à la nature de l'irrégularité, une régularisation appropriée est possible, puis, dans la négative, de prendre en considération, d'une part, les inconvénients que la présence de l'ouvrage entraîne pour les divers intérêts publics ou privés en présence, notamment, le cas échéant, pour le propriétaire du terrain d'assiette de l'ouvrage, d'autre part, les conséquences de la démolition pour l'intérêt général, et d'apprécier, en rapprochant ces éléments, si la démolition n'entraîne pas une atteinte excessive à l'intérêt général.

7. Les postes de transformation électrique directement affectés au service public électrique, dont la société Electricité Réseau Distribution de France (ERDF) devenue Enedis a la charge, présentent le caractère d'ouvrages publics.

8. Pour justifier de l'implantation irrégulière du transformateur électrique dont ils demandent la démolition, les requérants soutiennent que le permis de construire autorisant son édification est illégal. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 5, leurs conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 3 juillet 2019, qui autorise l'implantation d'un local destiné à accueillir ce transformateur électrique, ne peuvent qu'être rejetées. Il s'ensuit que la condition préalable de l'implantation irrégulière de l'ouvrage, rappelée au point 6, n'est pas remplie.

9. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner la recevabilité des conclusions à fins de démolition du transformateur électrique, que M. A et Mme B, épouse A, ne sont pas fondés à demander la démolition de cet ouvrage public.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la SCCV Herblay Ambassadeurs, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. A et Mme B, épouse A, au titre des frais qu'ils ont exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. A et Mme B, épouse A, les sommes demandées par la commune d'Herblay-sur-Seine et la SCCV Herblay Ambassadeurs au même titre.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A et de Mme B, épouse A, est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la SCCV Herblay Ambassadeurs présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Les conclusions de la commune d'Herblay-sur-Seine présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à Mme D B, épouse A, à la commune d'Herblay, à la société civile de construction vente (SCCV) Herblay Ambassadeurs et à la société Enedis.

Délibéré après l'audience du 12 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Buisson, président ;

Mme Garona, première conseillère ;

Mme L'Hermine, conseillère ;

Assistés par Mme Galan, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juin 2023.

La rapporteure,

signé

M. L'Hermine

Le président,

signé

L. Buisson

La greffière,

signé

M. Galan

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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