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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-1914827

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-1914827

jeudi 29 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-1914827
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème Chambre
Avocat requérantDELARBOULAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 novembre 2019, M. A B, représenté par Me Delarboulas, demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 octobre 2019 par lequel le directeur du groupement hospitalier universitaire de Paris-Saclay a prononcé à son encontre la sanction d'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de 24 mois assortie d'une période de sursis de 23 mois ;

2°) de condamner l'Assistance Publique-Hôpitaux de Paris aux entiers dépens ;

3°) de mettre à la charge de l'Assistance Publique-Hôpitaux de Paris la somme de 2000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait dès lors que les faits qui lui sont reprochés ne sont pas établis ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il n'a fait l'objet d'aucune mesure disciplinaire précédente et que les appréciations sur sa manière de servir sont favorables ;

- la décision attaquée est entachée d'un détournement de pouvoir.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 juin 2021, l'Assistance Publique - Hôpitaux de Paris conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- Le rapport de Mme Debourg, rapporteure ;

- Les conclusions de Mme Riedinger, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, adjoint administratif titulaire, est affecté au service des admissions et des frais de séjours de l'hôpital Antoine Béclère du groupement hospitalier universitaire de Paris-Saclay, rattaché à l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris. Par une décision du 5 octobre 2019, le directeur du groupement hospitalier universitaire de Paris-Saclay a prononcé à l'encontre de l'intéressé la sanction de l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de 24 mois assortie d'une période de sursis de 23 mois. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 6 ter de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les faits : a) Soit de harcèlement sexuel, constitué par des propos ou comportements à connotation sexuelle répétés qui soit portent atteinte à sa dignité en raison de leur caractère dégradant ou humiliant, soit créent à son encontre une situation intimidante, hostile ou offensante ; b) Soit assimilés au harcèlement sexuel, consistant en toute forme de pression grave, même non répétée, exercée dans le but réel ou apparent d'obtenir un acte de nature sexuelle, que celui-ci soit recherché au profit de l'auteur des faits ou au profit d'un tiers.(). Est passible d'une sanction disciplinaire tout agent ayant procédé ou enjoint de procéder aux faits de harcèlement sexuel mentionnés aux trois premiers alinéas ". Aux termes de l'article 81 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes : / () /Troisième groupe () l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de seize jours à deux ans ()/L'exclusion temporaire de fonctions, qui est privative de toute rémunération, peut être assortie d'un sursis total ou partiel. Celui-ci ne peut avoir pour effet, dans le cas de l'exclusion temporaire de fonctions du troisième groupe, de ramener la durée de cette exclusion à moins de un mois () ".

3. Il résulte des dispositions de l'article 6 ter de la loi du 13 juillet 1983 que des propos, ou des comportements à connotation sexuelle, répétés ou même, lorsqu'ils atteignent un certain degré de gravité, non répétés, tenus dans le cadre ou à l'occasion du service, non désirés par celui ou celle qui en est le destinataire et ayant pour objet ou pour effet soit de porter atteinte à sa dignité, soit, notamment lorsqu'ils sont le fait d'un supérieur hiérarchique ou d'une personne qu'elle pense susceptible d'avoir une influence sur ses conditions de travail ou le déroulement de sa carrière, de créer à l'encontre de la victime, une situation intimidante, hostile ou offensante sont constitutifs de harcèlement sexuel et, comme tels, passibles d'une sanction disciplinaire.

4. En l'espèce, pour prononcer à l'encontre de M. B la sanction de l'exclusion temporaire de fonctions, l'administration s'est fondée sur le motif tiré de ce que l'intéressé a adopté un " comportement inadapté envers ses collègues féminines ", sur son lieu de travail.

5. Il ressort des pièces du dossier et entre autres des sept témoignages recueillis notamment durant l'enquête administrative diligentée par le centre hospitalier, que M. B a, de manière répétée, tenu des propos à connotation sexuelle et a adopté des gestes déplacés à l'égard de certains des membres du personnel féminin du service. Il résulte de ces témoignages précis, cohérents et circonstanciés, contrairement aux allégations du requérant, que l'intéressé a tenu des propos et des commentaires sur le physique de ses collègues et s'est montré " de plus en plus tactile " et " pot de colle " avec certaines d'entre elles et qu'il a eu des regards " déplacés ", " de haut en bas, sans se cacher et en insistant fortement ". Il ressort également de ces témoignages un comportement de celui-ci emportant des contacts physiques notamment lorsqu'il " prend les mains et les caresse ", " touche [ses] bretelles de soutien-gorge, [sa] poitrine et [ses] fesses. Il essaie de [la] frôler et de toucher des parties intimes ". En outre, si l'intéressé fait valoir que la configuration du lieu de travail à savoir des bureaux en " open-space ", ne permettait pas la survenance de tels faits, pour autant une telle circonstance ne permet pas de remettre en cause la réalité des faits dénoncés. Les six attestations des collègues produites par le requérant indiquant qu'elles n'ont été ni victime ni témoin d'un comportement déplacé, ne sont pas davantage de nature à remettre en cause la réalité des faits dénoncés par ses autres collègues. La circonstance qu'il n'a jamais fait l'objet de reproches et qu'il a toujours donné satisfaction dans l'exercice de ses fonctions, n'est pas de nature à retirer aux faits qui lui sont reprochés leur caractère exact et fautif ni leur gravité. Il s'ensuit que M. B ne démontre pas que la décision attaquée repose sur des faits matériellement inexacts ni que la sanction disciplinaire infligée serait disproportionnée eu égard à la gravité des faits commis. Par suite, ces moyens doivent être écartés.

6. Par ailleurs, si M. B soutient que la décision en litige a été prise dans le seul but de l'écarter du service en raison de la plainte qu'il aurait déposée pour injures raciales et le signalement qu'il a effectué en raison de la consultation de son dossier, il ne l'établit par aucune des pièces du dossier. Il s'ensuit que le moyen tiré du détournement de pouvoir doit être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête présentée par M. B doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B, n'appelle aucune mesure d'exécution. Dès lors, toutes les conclusions à fin d'injonction présentées par le requérant doivent être rejetées.

Sur les frais du litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'AP-HP, qui n'a pas la qualité de partie perdante en l'espèce, verse à M. B la somme qu'il réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

10. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions tendant à la condamnation de l'Etat aux entiers dépens, sont sans objet, et doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris.

Délibéré après l'audience du 13 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Le Griel, présidente ;

M. Bellity, premier conseiller ;

Mme Debourg, conseillère ;

assistés de Mme Bonfanti, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2022.

La rapporteure,

signé

T. DEBOURG

La présidente,

signé

H. LE GRIEL

La greffière,

signé

D. BONFANTI

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

POUR AMPLIATION, LE GREFFIER

N°1914827

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