lundi 3 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-1915239 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | BAZIN & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 3 et 10 décembre 2019, ainsi que les 10 décembre 2020 et 15 avril 2022, Mme D C, représentée par Me Ponelle, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 26 juin 2019 par laquelle la directrice générale des services du département des Hauts-de-Seine a prononcé à son encontre une mutation d'office au sein du pôle attractivité, culture et territoire de la direction de la culture en qualité de chef de projet " patrimoine culturel remarquable des Hauts-de-Seine " ainsi que la décision de rejet née le 6 octobre 2019 du silence gardé par le président du conseil départemental des Hauts-de-Seine sur son recours administratif reçu le 6 août 2019 ;
2°) d'annuler la décision du 11 juillet 2019 par laquelle le directeur général adjoint en charge des ressources humaines du département des Hauts-de-Seine a refusé de modifier le compte-rendu de son entretien professionnel au titre de l'année 2017 ainsi que la décision de rejet née le 6 octobre 2019 du silence gardé par le président du conseil départemental des Hauts-de-Seine sur son recours administratif reçu le 6 août 2019 ;
3°) d'annuler la décision née le 6 octobre 2019 née du silence gardé par le président du conseil départemental des Hauts-de-Seine sur sa demande d'affectation sur un poste équivalent à celui de directeur du musée Albert Kahn reçue le 6 août 2019 ;
4°) d'enjoindre au président du conseil départemental des Hauts-de-Seine de surseoir à recruter le directeur du musée Albert Kahn et de la réintégrer sur le poste de directeur du musée Albert Kahn ou de la réaffecter sur un poste de direction ou un poste à responsabilités équivalentes, et ce, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
5°) de condamner le département des Hauts-de-Seine à lui verser la somme de 30 000 euros en réparation des préjudices subis ;
6°) de mettre à la charge du département des Hauts-de-Seine la somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
S'agissant de la légalité de la décision du 26 juin 2019 :
- elle a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'un vice de forme dès lors qu'elle n'a pas, préalablement à son adoption, été invitée à consulter son dossier administratif ;
- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de mise en œuvre d'une procédure contradictoire préalable, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle a été affectée sur un poste qui n'avait pas été créé par le conseil départemental des Hauts-de-Seine, en méconnaissance de l'article 34 de la loi du 26 janvier 1984 ;
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'aucune déclaration de vacance de poste n'avait été effectuée auprès du centre interdépartemental de gestion compétent, en méconnaissance des articles 14 et 41 de la loi du 26 janvier 1984 ;
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle a été affectée sur un poste ne relevant pas de sa spécialité, en méconnaissance de l'article 4 du décret du 2 septembre 1991 ;
- elle est illégale dès lors que sa mutation d'office n'a pas été prononcée dans l'intérêt du service ;
- elle est entachée d'un détournement de pouvoir ;
- elle a été adoptée en méconnaissance de l'article 34 de la loi du 26 janvier 1984 ;
S'agissant de la légalité de la décision du 11 juillet 2019 :
- elle est illégale dès lors que son évaluation portant sur l'année 2017 a été réalisée et transmise tardivement en 2018 ;
- elle est illégale dès lors que son entretien d'évaluation n'a pas été conduit par son supérieur hiérarchique direct ;
- elle est illégale dès lors que le compte-rendu d'entretien professionnel n'a pas été signé ;
- elle est entachée d'erreurs de fait ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 3 du décret du 16 décembre 2014 ;
S'agissant de la responsabilité du département :
- le département a commis des fautes en dévalorisant son travail qu'il s'est par la suite approprié, en adoptant une attitude vexatoire à son égard et en l'ayant déchargée de ses fonctions ;
- elle a subi un préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence qu'elle évalue à 30 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er juin 2022, le département des Hauts-de-Seine, représenté par Me Bazin, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de Mme C la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 11 juillet 2019 concernant le compte-rendu de l'évaluation professionnelle de l'année 2017-2018 de la requérante sont irrecevables dès lors qu'elles sont sans lien avec la décision du 26 juin 2019 relative à la nouvelle affectation de l'intéressée ;
- le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision du 26 juin 2019 est inopérant ;
- les autres moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 2 juin 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 19 juillet 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi du 22 avril 1905 portant fixation du budget des dépenses et des recettes de l'exercice 1905 ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-57 du 26 janvier 1984 ;
- le décret n° 87-1097 du 30 décembre 1987 ;
- le décret n° 91-839 du 2 septembre 1991 ;
- le décret n° 2014-1526 du 16 décembre 2014 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. E,
- les conclusions de M. Gabarda, rapporteur public,
- les observations de Me Ponelle, représentant Mme C,
- et les observations de Me Bazin, représentant le département des Hauts-de-Seine.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D C, conservatrice territoriale du patrimoine titulaire, a été recrutée par le département des Hauts-de-Seine en 2011 pour exercer les fonctions de directrice du musée Albert Kahn à Boulogne-Billancourt. Par la présente requête, elle demande au tribunal d'annuler, d'une part, la décision du 26 juin 2019 par laquelle la directrice générale des services du département des Hauts-de-Seine a prononcé à son encontre une mutation d'office au sein du pôle attractivité, culture et territoire de la direction de la culture en qualité de chef de projet " patrimoine culturel remarquable des Hauts-de-Seine ", d'autre part, la décision du 11 juillet 2019 par laquelle le directeur général adjoint en charge des ressources humaines du département des Hauts-de-Seine a refusé de modifier le compte-rendu de son entretien professionnel au titre de l'année 2017 ainsi que les décisions de rejet nées le 6 octobre 2019 du silence gardé par le président du conseil départemental des Hauts-de-Seine sur son recours administratif à l'encontre de ces deux décisions précitées reçu le 6 août 2019et sur sa demande d'affectation sur un poste équivalent à celui de directeur du musée Albert Kahn. Elle demande également au tribunal d'enjoindre au président du conseil départemental des Hauts-de-Seine de surseoir à recruter le directeur du musée Albert Kahn et de la réintégrer sur ce poste ou de la réaffecter sur un poste de direction ou à responsabilités équivalentes. Elle demande, enfin, que le département des Hauts-de-Seine soit condamné à lui verser la somme de 30 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la légalité de la décision du 26 juin 2019 ainsi que la décision de rejet de son recours administratif :
S'agissant du moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte :
2. La décision attaquée a été signée par Mme B, directrice générale des services du département des Hauts-de-Seine, qui disposait d'une délégation de signature à cette fin, consentie par un arrêté n° 2015-PFJ-DAJ-24 du 2 avril 2015 dont il ressort des pièces du dossier qu'il a été régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture des Hauts-de-Seine le 29 avril suivant. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'acte attaqué manque en fait et doit être écarté.
S'agissant du moyen tiré du vice de procédure en l'absence d'invitation à consulter son dossier administratif :
3. Aux termes de l'article 65 de la loi du 22 avril 1905 : " Tous les fonctionnaires civils et militaires, tous les employés et ouvriers de toutes administrations publiques ont droit à la communication personnelle et confidentielle de toutes les notes, feuilles signalétiques et tous autres documents composant leur dossier, soit avant d'être l'objet d'une mesure disciplinaire ou d'un déplacement d'office, soit avant d'être retardé dans leur avancement à l'ancienneté ". En vertu de l'article 65 de la loi du 22 avril 1905, un agent public faisant l'objet d'une mesure prise en considération de sa personne, qu'elle soit ou non justifiée par l'intérêt du service, doit être mis à même de demander la communication de son dossier, en étant averti en temps utile de l'intention de l'autorité administrative de prendre la mesure en cause. Dans le cas où l'agent public fait l'objet d'un déplacement d'office, il doit être regardé comme ayant été mis à même de solliciter la communication de son dossier s'il a été préalablement informé de l'intention de l'administration de le muter dans l'intérêt du service, quand bien même le lieu de sa nouvelle affectation ne lui aurait pas alors été indiqué.
4. En l'espèce, Mme C a été affectée, par la décision du 26 juin 2019, au sein du pôle attractivité, culture et territoire de la direction de la culture en qualité de chef de projet " patrimoine culturel remarquable des Hauts-de-Seine " à la suite de la suppression du poste de conservateur territorial du patrimoine, chargé de la direction du musée départemental Albert Kahn qu'elle occupait jusqu'alors. Il ne ressort dès lors pas des pièces du dossier que la décision en litige a été adoptée pour des motifs tenant à la personne de la requérante. Dans ces conditions, le département n'était pas tenu de mettre cette dernière à même de demander la communication de son dossier en l'informant en temps utile de son intention de prendre la mesure en cause. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que Mme C a bien été informée par son employeur dès le 28 mars 2019 qu'elle avait vocation à changer d'affectation. Dans ces conditions, le moyen doit être écarté.
S'agissant du moyen tiré de l'insuffisance de motivation :
5. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / 2° Infligent une sanction ; / 3° Subordonnent l'octroi d'une autorisation à des conditions restrictives ou imposent des sujétions ; / 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ; / 5° Opposent une prescription, une forclusion ou une déchéance ; / 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; / 7° Refusent une autorisation, sauf lorsque la communication des motifs pourrait être de nature à porter atteinte à l'un des secrets ou intérêts protégés par les dispositions du a au f du 2° de l'article L. 311-5 ; / 8° Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire ". L'article L. 211-5 du code dispose que : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". La décision tendant à l'affectation ou la mutation d'office, pour des motifs d'intérêt du service, qui n'a pas le caractère d'une sanction, n'est pas au nombre des décisions dont l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration impose la motivation. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision du 26 juin 2019 attaquée ne peut qu'être écarté comme inopérant.
S'agissant du moyen tiré du vice de procédure en l'absence de mise en œuvre d'une procédure contradictoire préalable :
6. Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". En l'espèce, et ainsi qu'il a été indiqué aux points 4 et 5, la décision en litige n'a pas été prise en considération de la personne de la requérante et n'était pas au nombre des décisions devant faire l'objet d'une motivation. Par suite, son adoption n'était pas soumise au respect de la mise en œuvre d'une procédure contradictoire préalable. En tout état de cause, il est constant que Mme C a été informée, par un courrier du 7 février 2019, que sa candidature au poste de directeur du musée Albert Kahn n'avait pas été retenue. En outre, il ressort des pièces du dossier, d'une part, que l'intéressée a été reçue le 28 mars 2019, à sa demande, par le directeur des ressources humaines et la directrice de la culture du département pour évoquer sa future affectation et, d'autre part, que, par courriers des 15 avril et 4 juin 2019, un poste de chef de projet pour la promotion et la mise en valeur du patrimoine remarquable du département lui a été proposé. Dans ces conditions, Mme C, qui a été en mesure de faire état de ses observations sur la décision que son employeur prévoyait d'adopter la concernant, n'est pas fondée à soutenir que le département a, en adoptant la décision en litige, méconnu les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration.
S'agissant des moyens tirés du vice de procédure en l'absence de délibération du conseil départemental des Hauts-de-Seine et de la méconnaissance de l'article 34 de la loi du 26 janvier 1984 :
7. Aux termes de l'article 34 de la loi du 26 janvier 1984 dans sa version alors applicable : " Les emplois de chaque collectivité ou établissement sont créés par l'organe délibérant de la collectivité ou de l'établissement () ". En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le conseil départemental des Hauts-de-Seine a approuvé, lors de sa séance du 28 juin 2019 la création d'un emploi budgétaire de conservateur territorial, support du poste de chargé de projet pour la promotion et la mise en valeur du patrimoine non muséal de la Vallée de la Culture. Dès lors que la directrice générale des services du département des Hauts-de-Seine a, par la décision attaquée, affecté Mme C sur ledit poste à compter du 1er juillet 2019, cette dernière n'est pas fondée à soutenir que le poste de responsable du patrimoine du département n'a pas été approuvé par le conseil départemental avant son affectation effective. En outre, si la requérante soutient que les administrateurs territoriaux n'ont pas vocation à occuper des emplois de direction dans des établissements culturels, il ressort, au contraire, de l'article 2 du décret du 30 décembre 1987 que ceux-ci peuvent se voir confier des missions ou des fonctions comportant des responsabilités particulières dans le domaine culturel. Dans ces conditions, il y a lieu d'écarter les moyens tirés du vice de procédure et de la méconnaissance de l'article 34 de la loi du 26 janvier 1984.
S'agissant du vice de procédure tiré de l'absence de respect de sa spécialité " musée " :
8. Aux termes de l'article 4 du décret du 2 septembre 1991 : " Les membres du cadre d'emplois sont affectés, en fonction des formations qu'ils ont reçues, dans un service ou établissement correspondant à l'une des spécialités suivantes de la conservation du patrimoine : / 1. Archéologie ; / 2 Archives ; / 3 Monuments historiques et inventaire ; / 4 Musées. / 5 Patrimoine scientifique, technique et naturel. " / Dans la spécialité Archives, ils exercent leurs missions dans les services communaux ou régionaux des archives ". L'article 27 du même décret dispose que : " Les conservateurs territoriaux du patrimoine peuvent en cours de carrière demander à être nommés dans un emploi correspondant à une autre spécialité que celle dont ils relèvent. / Le changement de spécialité est prononcé par l'autorité territoriale. L'autorité territoriale peut subordonner ce changement de spécialité à l'accomplissement d'un cycle de perfectionnement d'une durée maximale de six mois dans la nouvelle spécialité ". Contrairement à ce que soutient Mme C, l'article 27 du décret du 2 septembre 1991 n'interdit pas à l'autorité territoriale de nommer un agent dans un emploi correspondant à une autre spécialité que celle dont il relève. En tout état de cause, Mme C n'établit pas que la spécialité du poste de chef de projet " patrimoine culturel remarquable des Hauts-de-Seine " serait différente de celle correspondant à la formation qu'elle a reçue. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure qu'elle invoque ne peut qu'être écarté.
S'agissant du moyen tiré du vice de procédure en l'absence de déclaration de vacance de son poste :
9. Aux termes de l'article 41 de la loi du 26 janvier 1984, dans sa rédaction en vigueur : " Lorsqu'un emploi permanent est créé ou devient vacant, l'autorité territoriale en informe le centre de gestion compétent qui assure la publicité de cette création ou de cette vacance, à l'exception des emplois susceptibles d'être pourvus exclusivement par voie d'avancement de grade. / Les vacances d'emploi précisent le motif de la vacance et comportent une description du poste à pourvoir. / L'autorité territoriale pourvoit l'emploi créé ou vacant en nommant l'un des candidats inscrits sur une liste d'aptitude établie en application de l'article 44 ou l'un des fonctionnaires qui s'est déclaré candidat par voie de mutation, de détachement, d'intégration directe ou, le cas échéant et dans les conditions fixées par chaque statut particulier, par voie de promotion interne et d'avancement de grade. / Les centres de gestion et le Centre national de la fonction publique territoriale rendent accessibles les créations ou vacances mentionnées à l'alinéa précédent dans un espace numérique commun aux administrations mentionnées à l'article 2 du titre Ier du statut général des fonctionnaires ". Mme C soutient que la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle a été affectée sur le poste de chef de projet " patrimoine culturel remarquable des Hauts-de-Seine ", sans que le centre de gestion compétent n'ait été informé de la vacance du poste. Un tel moyen, invocable à l'encontre de la décision portant création d'un poste, est cependant inopérant à l'encontre de la décision par laquelle l'autorité territoriale prononce une mutation dans l'intérêt du service. Par suite, le moyen doit être écarté comme inopérant.
S'agissant du moyen tiré de l'absence d'intérêt du service :
10. Il ressort des pièces du dossier qu'en 2017, le département des Hauts-de-Seine a demandé à un cabinet d'audit de procéder à une étude sur l'attractivité du musée Albert Kahn et son insertion au sein du territoire. Dans son rapport de mars 2017, si le cabinet Nova Consulting Culture a souligné la richesse des collections et la qualité de la muséographie de l'établissement, il a relevé que la programmation du musée s'adressait principalement à un public d'initiés. Le département des Hauts-de-Seine a dès lors engagé une réflexion sur le positionnement du musée Albert Kahn destinée notamment à élargir son public et à diversifier ses activités. Dans son rapport adressé au comité technique en vue de sa séance du 19 juin 2018, le département a ainsi précisé qu'il entendait à la fois renforcer l'offre culturelle du musée auprès de tous les publics mais également lui permettre d'offrir des prestations à caractère touristique et économique, notamment la mise en place de points de vente, de nouveaux lieux de restauration, le développement de partenariats et du mécénat ainsi que de permettre une privatisation de ses espaces. Pour ce faire, le département a entendu réorganiser les services de l'établissement en lui affectant des agents supplémentaires et en supprimant le poste de conservateur territorial du patrimoine chargé de la direction du musée que Mme C occupait pour le remplacer par une équipe de direction composée, d'une part, d'un administrateur territorial chargé notamment de la gestion des agents et du développement des nouvelles activités du musée et, d'autre part, d'un conservateur territorial en charge de la conservation des œuvres. Il ressort des pièces du dossier que la candidature de Mme C pour l'emploi d'administrateur territorial en charge de la direction du musée, lequel ne correspond au demeurant pas au grade de la requérante, a été rejetée le 7 février 2019 et, d'autre part, que celle-ci n'a pas souhaité candidaté pour le poste de conservateur territorial en charge de la conservation. Si Mme C fait valoir que les missions dévolues au chef de projet " patrimoine culturel remarquable des Hauts-de-Seine ", sur lequel elle a été affectée par la décision du 26 juin 2019, à compter du 1er juillet 2019, au pôle attractivité, culture et territoire au sein de la direction de la culture, étaient très limitées, la fiche de poste qu'elle verse aux débats ne permet pas de l'établir. Dans ces conditions, Mme C n'est pas fondée à soutenir que cette décision a été adoptée pour des motifs autres que l'intérêt du service.
S'agissant du moyen tiré du détournement de pouvoir :
11. Mme C n'établit pas, pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 10, que la décision attaquée est entachée d'un détournement de pouvoir. Par suite, le moyen doit être écarté.
12. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 26 juin 2019 par laquelle la directrice générale des services du département des Hauts-de-Seine l'a affectée à compter du 1er juillet 2019 sur le poste de chef de projet " patrimoine culturel remarquable des Hauts-de-Seine " ainsi, par voie de conséquence, que la décision implicite de rejet de son recours administratif.
En ce qui concerne la légalité de la décision du 11 juillet 2019 ainsi que la décision de rejet du recours administratif :
S'agissant des moyens tirés de la transmission tardive du compte rendu de l'entretien professionnel au titre de l'année 2017 et de l'existence d'erreurs de fait :
13. Si Mme C soutient que la décision du 11 juillet 2019 par laquelle le directeur général adjoint en charge des ressources humaines du département des Hauts-de-Seine a refusé de modifier le compte-rendu de son entretien professionnel au titre de l'année 2017 serait illégale aux motifs, d'une part, que son évaluation aurait été réalisée et transmise tardivement en 2018 et, d'autre part, qu'elle serait entachée d'erreurs de fait, elle n'assortit pas ces moyens des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.
S'agissant de la qualité de la personne ayant conduit l'entretien professionnel :
14. Aux termes de l'article 2 du décret du 16 décembre 2014 : " Le fonctionnaire bénéficie chaque année d'un entretien professionnel qui donne lieu à compte rendu. / Cet entretien est conduit par le supérieur hiérarchique direct. / La date de l'entretien est fixée par le supérieur hiérarchique direct en fonction, notamment, du calendrier de la commission administrative paritaire dont relève l'agent évalué ". En l'espèce, il ressort des pièces du dossier et, notamment du procès-verbal de la réunion du 25 juin 2019 de la commission administrative paritaire compétente, que le supérieur hiérarchique direct de Mme C avait quitté ses fonctions en août 2017 et que l'adjointe de ce dernier, Mme A, a conduit l'entretien avec l'intéressée. Cet entretien doit dès lors être regardé comme ayant été conduit par le supérieur hiérarchique direct de Mme C. En tout état de cause, la conduite de l'entretien par Mme A n'est, en l'espèce, pas susceptible d'avoir eu une influence sur le sens de la décision attaquée et n'a privé Mme C d'aucune garantie. Par suite, le moyen invoqué ne peut qu'être écarté.
S'agissant de la signature du compte-rendu d'entretien :
15. Il ressort des pièces du dossier que le compte-rendu d'entretien professionnel de Mme C au titre de l'année 2017 a été effectivement signé par Mme A et par le directeur général adjoint responsable du pôle attractivité, culture et territoire. Par suite, le moyen tiré de ce que ce compte rendu n'a pas été signé doit être écarté comme manquant en fait.
S'agissant de l'erreur manifeste d'appréciation des qualités professionnelles de Mme C :
16. En dernier lieu, Mme C soutient que le compte-rendu de son entretien professionnel au titre de l'année 2017 serait entaché d'erreur manifeste d'appréciation au motif que son évaluation ne reflète pas ses qualités professionnelles. Il ressort de ce compte-rendu , rédigé au demeurant dans des termes mesurés, que le département a fait état des qualités professionnelles de la requérante, notamment de ses compétences professionnelles " savoirs métiers " et de ses capacités d'encadrement, mais a émis des réserves s'agissant de ses capacités relationnelles et de son sens de la diplomatie en précisant que : " le mode de travail avec le service administratif et ressources, la MIDIC et la direction du pôle manquent de fluidité, le reporting sur des sujets stratégiques ou en relation avec l'Etat est perfectible () sans information préalable de la direction. De même concernant les demandes relatives à l'activité du musée ou à sa répartition du travail pour lesquelles les réponses aux questions ne sont apportés qu'après de multiples relances. Le musée n'est pas une entité autonome et doit davantage s'inscrire dans le collectif et porter pleinement les orientations du département, c'est un enjeu primordial pour l'avenir ". Si Mme C conteste cette appréciation, elle a toutefois confirmé, dans son courrier du 8 octobre 2018, qu'il existait un manque de fluidité entre la direction du musée et les autres services concernés du département. Si elle fait également valoir qu'elle avait auparavant toujours bénéficié de la confiance de sa hiérarchie, elle ne peut utilement se prévaloir de ses précédentes notations dès lors qu'une notation est annuelle et destinée à apprécier le comportement professionnel et les compétences des agents sur une période déterminée. Il ressort en outre des pièces du dossier, et notamment du procès-verbal de la réunion du 25 juin 2019 de la commission administrative paritaire ainsi que des témoignages que la requérante verse aux débats, que les relations de travail entre Mme C et sa hiérarchie étaient parfois complexes et que l'intéressée a éprouvé des difficultés à s'adapter à la nouvelle organisation et à la centralisation des services culturels au sein de la direction de la culture du département. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
17. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, il y a lieu de rejeter les conclusions de Mme C tendant à l'annulation de la décision du 11 juillet 2019 par laquelle le directeur général adjoint en charge des ressources humaines du département des Hauts-de-Seine a refusé de modifier le compte-rendu de son entretien professionnel au titre de l'année 2017 ainsi que la décision implicite de rejet de son recours administratif.
En ce qui concerne la légalité de la décision née le 6 octobre 2019 en tant qu'elle a implicitement rejeté sa demande d'affectation :
18. Mme C demande l'annulation de la décision née le 6 octobre 2019 par laquelle le président du conseil départemental des Hauts-de-Seine a implicitement rejeté sa demande d'affectation à la direction du musée départemental Albert Kahn. Si elle peut être regardée comme soutenant que cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses compétences, ce moyen sera écarté pour les mêmes motifs que ceux mentionnés aux points 10 et 16. Par suite, la demande d'annulation présentée à ce titre par Mme C ne peut qu'être rejetée.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
19. Par voie de conséquence du rejet des conclusions aux fins d'annulation de la requête, les conclusions présentées par Mme C sur le fondement des dispositions des articles L. 911-1 du code de justice administrative ainsi que celles à fin d'astreinte, doivent également être rejetées.
Sur les conclusions indemnitaires :
20. Si Mme C soutient que le département des Hauts-de-Seine a commis des fautes, d'une part, en adoptant à son égard une attitude brutale, humiliante et vexatoire et, d'autre part, en dévalorisant le travail qu'elle a effectuée et qu'il s'est pourtant par la suite approprié, elle ne démontre pas, par les pièces qu'elle produit, l'existence de ces fautes, alors que les décisions l'affectant en qualité de chef de projet " patrimoine culturel remarquable des Hauts-de-Seine " et refusant de réviser son compte-rendu d'entretien professionnel de l'année 2017 ne sont pas, ainsi qu'il a été dit précédemment, illégale. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions indemnitaires présentées par Mme C.
Sur les frais liés au litige :
21. Par voie de conséquence du rejet des conclusions à fin d'annulation, des conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que des conclusions indemnitaires, les conclusions de Mme C tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit à la demande présentée par le département des Hauts-de-Seine sur le fondement des mêmes dispositions.
Par ces motifs, le tribunal décide :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par le département des Hauts-de-Seine sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C et au département des Hauts-de-Seine.
Délibéré après l'audience du 13 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Coblence, présidente,
Mme Fléjou, première conseillère
M. Goupillier, conseiller,
assistés de Mme Charleston, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2022.
Le rapporteur,
signé
C. E La présidente,
signé
E. Coblence
La greffière,
signé
D. Charleston
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026