lundi 26 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-1915517 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 9ème Chambre |
| Avocat requérant | ANNE1 |
Vu la procédure suivante :
Par l'effet de la loi n° 2018-607 du 13 juillet 2018 relative à la programmation militaire pour les années 2019 à 2025 et portant diverses dispositions intéressant la défense, le tribunal des pensions militaires d'invalidité de Nanterre a transmis au tribunal administratif de Cergy-Pontoise le dossier de l'instance introduite par M. H A, enregistré au greffe du tribunal le 26 octobre 2016.
Par cette requête et un mémoire, enregistrés au greffe du tribunal de grande Instance de Nanterre - tribunal des pensions des Hauts-de-Seine, les 26 octobre 2016 et 12 septembre 2019, et enregistrés au greffe du tribunal administratif de Cergy-Pontoise le 12 septembre 2019, M. H A, représenté par Me Anne, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 22 avril 2016 par laquelle le ministre des armées a refusé de réévaluer sa pension militaire d'invalidité ;
2°) d'enjoindre au ministre des armées de revaloriser sa pension à hauteur du degré d'invalidité fixé par l'expertise judiciaire, soit un taux d'invalidité permanente supplémentaire de 20 %, et ce, rétroactivement à compter de la date de sa demande du 13 décembre 2012 ;
3°) de condamner l'Etat aux entiers dépens ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision litigieuse est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il justifie par les pièces produites, l'aggravation des séquelles d'entorse à répétition du genou droit avec hydarthrose récidivante et rupture du ligament croisé antéro-externe traitée par ligamentoplastie ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que d'une part, son hypoacousie bilatérale d'origine toxique s'est aggravée et d'autre part, qu'il souffre d'une infirmité constituée par des acouphènes bilatéraux permanents, en lien direct, certain et exclusif avec sa surdité et enfin qu'il peut bénéficier à ce titre de la présomption d'imputabilité.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 20 mars 2017, 14 mai 2019 et 1er septembre 2021, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.
Par un jugement avant dire droit en date du 23 mai 2017, le tribunal des pensions militaires des Hauts-de-Seine a ordonné avant dire droit une expertise médicale et a désigné à cet effet le docteur F, expert en chirurgie orthopédique et traumatologique assisté d'un sapiteur, le docteur D, expert oto-rhino-laryngologiste.
Le rapport d'expertise de l'expert et de son sapiteur a été déposé au greffe du tribunal des pensions militaires des Hauts-de-Seine le 21 février 2019.
Par une ordonnance en date du 25 janvier 2024, le président du tribunal administratif a taxé les frais et honoraires de l'expertise confiée au docteur F à la somme de 500 euros TTC.
Par une ordonnance en date du 25 janvier 2024, le président du tribunal administratif a taxé les frais et honoraires de l'expertise confiée au sapiteur, le docteur D, à la somme de 300 euros TTC.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de la guerre ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Debourg, rapporteure,
- et les conclusions de Mme Chabrol, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A est titulaire d'une pension militaire d'invalidité concédée par arrêté du 31 août 1998, servie au taux de 100% + 4 pour une hyperacousie bilatérale d'origine toxique et des séquelles d'une entorse à répétition du genou droit avec hydarthrose récidivante et rupture du ligament croisé antéro-externe traitées par ligamentoplastie. Le 13 décembre 2012, il a sollicité la revalorisation de sa pension pour aggravation. Par une décision du 22 avril 2016, le ministre des armées a rejeté sa demande. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 29 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de la guerre, applicable à la date de la demande de révision de la pension (nouvel article L. 154-1) : " Le titulaire d'une pension d'invalidité concédée à titre définitif peut en demander la révision en invoquant l'aggravation d'une ou plusieurs infirmités en raison desquelles cette pension a été accordée. / Cette demande est recevable sans condition de délai. / La pension ayant fait l'objet de la demande est révisée lorsque le degré d'invalidité résultant de l'infirmité ou de l'ensemble des infirmités est reconnu supérieur de 10 % au moins du pourcentage antérieur. Toutefois, l'aggravation ne peut être prise en considération que si le supplément d'invalidité est exclusivement imputable aux blessures et aux maladies constitutives des infirmités pour lesquelles la pension a été accordée. La pension définitive révisée est concédée à titre définitif ". Il résulte de ces dispositions que le droit à pension est destiné à réparer toutes les conséquences des faits de service dommageables telles qu'elles se révèlent par suite de l'évolution physiologique, pour autant qu'aucune cause étrangère, telle qu'une affection distincte de l'affection pensionnée, ne vienne, pour sa part, aggraver l'état de l'intéressé.
S'agissant de l'aggravation de l'infirmité de son genou droit :
3. Le degré d'infirmité est déterminé au jour du dépôt de la demande de l'intéressé, sans qu'il soit possible de tenir compte d'éléments d'aggravation postérieurs à cette date. L'administration doit dès lors se placer à la date de la demande de l'intéressé pour évaluer ses droits à révision de pensions militaires d'invalidité.
4. Pour refuser de procéder à la révision de sa pension versée au titre des séquelles d'une entorse à répétition du genou droit avec hydarthrose récidivante et rupture du ligament croisé antéro-externe traitées par ligamentoplastie évaluées à 35%, le ministre des armées a retenu une absence d'aggravation de cette infirmité. Il résulte de l'instruction et notamment des conclusions du rapport d'expertise judiciaire du 21 février 2019, l'absence d'aggravation indemnisable. Si M. A se prévaut des éléments médicaux intervenus depuis 1997 et notamment de l'avis du Docteur G du 21 février 2007 et du certificat du Docteur C du 5 juin 2009, ces documents, qui décrivent son état physique, ne démontrent pas l'existence de l'aggravation dont il entend se prévaloir. En outre, le requérant ne peut utilement se prévaloir du courrier du Dr B du 11 janvier 2017 qui indique que " la comparaison des radios entre 2013 et 2016 montre une aggravation de cette arthrose avec un pincement majoré en externe ", dès lors que les dispositions précitées font obstacle à ce que des éléments d'aggravation postérieurs à la date à laquelle l'intéressé a formulé sa demande soient pris en compte. Par suite, l'administration n'a pas commis d'erreur d'appréciation en estimant qu'à la date de la demande de révision formée par le requérant, l'infirmité de M. A ne s'était pas aggravée par rapport à l'expertise précédente.
S'agissant de l'aggravation de son hypoacousie bilatérale d'origine toxique et la nouvelle infirmité constituée par des acouphènes :
5. D'une part, une pension acquise à titre définitif ne peut être révisée que si le degré d'invalidité résultant de l'infirmité ou de l'ensemble des infirmités est reconnu supérieur de 10 % au moins au pourcentage antérieur.
6. D'autre part, il résulte des dispositions précitées qu'au cas où une première infirmité reconnue imputable au service a concouru, avec une affection ou un fait étranger au service, à provoquer, après le service, une infirmité nouvelle, celle-ci n'ouvre droit à pension que s'il est établi que l'infirmité antécédente a été la cause directe et déterminante de l'infirmité nouvelle.
7. En premier lieu, il résulte de l'instruction que M. A s'est vu conférer une pension militaire d'invalidité au taux de 100%, à savoir le taux maximal, en raison de son hypoacousie. Par conséquent, il ne peut bénéficier d'une réévaluation en se prévalant de l'aggravation de cette infirmité.
8. En second lieu, dans sa demande de révision de pension pour aggravation formulée le 13 décembre 2012, M. A a mentionné l'existence de " bruits insupportables ". Or, il résulte de l'instruction et notamment du rapport du Docteur E, expert ORL du 26 juin 2014 que " l'audiométrie confirme une subcophose bilatérale associée à des acouphènes permanents ". Le rapport d'expertise judiciaire rédigé par le Docteur D indique que " M. A souffre aussi d'acouphènes bilatéraux permanents ne gênant pas le sommeil, qui peut être une infirmité présente dès le début et conséquence de la surdité bilatérale toxique ", il conclut que " les acouphènes bilatéraux permanents constituent une infirmité () qui était présente dès l'origine, mais de façon incompréhensible, n'a pas été prise en compte ". Contrairement à ce que fait valoir l'administration en défense, il ressort d'une part, de la formulation de la demande de pension de M. A et d'autre part, des conclusions du rapport d'expertise judiciaire que l'intéressé souffrait d'acouphènes à la date de sa demande. A supposer même, comme le soutient le ministère, que les acouphènes ne soient apparus qu'en 2012 et non concomitamment à la reconnaissance de sa maladie, une telle circonstance ne fait pas obstacle à ce que l'intéressé s'en prévale dans le cadre de sa demande de revalorisation de pension pour aggravation. En outre, le rapport d'expertise judiciaire du 21 février 2019 indique que " les acouphènes bilatéraux permanents constituent une infirmité à part entière, reliée de façon certaine, directe et exclusive, à la surdité bilatérale toxique () ". Par conséquent, il est établi que l'infirmité constituée par des acouphènes ouvre droit à pension dès lors que l'infirmité au titre de laquelle M. A bénéficie déjà d'une pension en est la cause directe et déterminante. Dans ces conditions, M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 22 avril 2016 en tant qu'elle a refusé de réévaluer sa pension militaire d'invalidité au titre des acouphènes bilatéraux, causés par son hypoacousie bilatérale toxique.
S'agissant du taux d'incapacité :
9. Lorsqu'il annule la décision de refus de versement d'une pension militaire d'invalidité du ministre, il appartient au juge de fixer lui-même les droits à pension militaire d'invalidité du demandeur.
10. En l'espèce, il résulte de l'instruction qu'à la date de sa demande de pension, l'intéressé se plaignait " de bruits insupportables dans le métro et le RER " pouvant être assimilés à des acouphènes intermittents, sans retentissement important. Si le rapport d'expertise judiciaire du 21 février 2019 conclut à la présence d'acouphènes bilatéraux permanents justifiant un taux d'invalidité permanente supplémentaire de 20%, les dispositions précitées font obstacle à ce que des éléments d'aggravation postérieurs à la date à laquelle l'intéressé a formulé sa demande soient pris en compte. Par conséquent, il y a lieu, comme le fait valoir en défense l'administration, de retenir une aggravation de cette infirmité, à la date de la demande de révision formée par le requérant, en raison d'acouphènes intermittents sans retentissements importants selon le barème des invalidités militaires et de fixer dès lors le taux d'aggravation de cette invalidité en résultant à 10 %. Il en résulte ainsi un taux global d'invalidité à hauteur de 100% et 5°.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
11. Le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au ministre des armées d'attribuer à M. A une pension au taux global d'invalidité de 100% + 5° à compter du 13 décembre 2012, date de sa demande de pension.
Sur les frais du litige :
En ce qui concerne les dépens :
12. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux dépens. ".
13. Les dépens constitués des frais d'expertise, liquidés et taxés par des ordonnances du 25 janvier 2024 à une somme totale de 800 euros sont mis, dans les circonstances de l'espèce, à la charge définitive de l'Etat.
En ce qui concerne les frais non compris dans les dépens :
14. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1 : La décision du 22 avril 2016 du ministère des armées est annulée en tant qu'elle a refusé de réévaluer sa pension militaire d'invalidité au titre des acouphènes bilatéraux, causés par son hypoacousie bilatérale toxique.
Article 2 : Il est enjoint au ministre des armées d'attribuer à M. A une pension au taux global d'invalidité de 100 % et 5° à compter du 13 décembre 2012, date de sa demande de révision de pension.
Article 3 : Les dépens de l'instance, correspondant aux frais et honoraires de l'expertise taxés et liquidés à la somme globale de 800 euros TTC par ordonnances du 25 janvier 2024, sont mis à la charge définitive de l'Etat.
Article 4 : L'Etat versera la somme de 1 500 euros à M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative
Article 5 : Le surplus des conclusions est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. H A et au ministère des armées.
Délibéré après l'audience du 5 décembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Le Griel, présidente ;
Mme Colin, première conseillère ;
Mme Debourg, conseillère ;
assistées de Mme Pradel, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 février 2024.
La rapporteure,
signé
T. Debourg
La présidente,
signé
H. Le Griel
La greffière,
signé
E. Pradel
La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour ampliation, la greffière.
N°1915517
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026