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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2000009

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2000009

jeudi 11 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2000009
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantLE TALLEC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 janvier 2020, M. D C, représenté par Me Le Tallec, avocate, demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet de sa demande tendant à l'enregistrement de sa demande d'asile en procédure " normale ", née le 10 décembre 2019, du silence gardé sur elle par le préfet des Hauts-de-Seine ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine d'enregistrer sa demande d'asile et de lui délivrer une attestation de demande d'asile et un formulaire de demande d'asile, à compter de la décision à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil, en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, de la somme de 1 500 euros, sous réserve que Me Le Tallec renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

M. C soutient que la décision attaquée :

- n'est pas motivée ;

- a été prise en méconnaissance de l'article 29 du règlement UE n° 604/2013 du 26 juin 2013, dès lors qu'aucun élément ne permet de caractériser une situation de fuite et que, par suite, le préfet des Hauts-de-Seine ne pouvait pas prolonger le délai de transfert.

Le préfet des Hauts-de-Seine a produit des pièces, enregistrées les 22 septembre 2020.

Par une décision en date du 27 juillet 2020, le bureau d'aide juridictionnelle établi près le Tribunal judiciaire de Pontoise a accordé à M. C le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant d'un pays tiers ou un apatride (refonte) ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Kelfani, président, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Il ressort des pièces du dossier qu'une attestation de demande d'asile portant la mention " procédure Dublin " a été délivrée à M. C, qui est de nationalité ivoirienne, le 24 août 2018. La consultation du fichier " Eurodac " ayant révélé que les empreintes de M. C avaient été enregistrées en Italie le 17 avril 2017, le préfet des Hauts-de-Seine a demandé aux autorités de ce pays, en application du b) du 1 de l'article 18 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 susvisé, le 28 août 2018, la reprise en charge de l'intéressé. Au vu de l'acceptation de cette demande implicitement donnée le 12 septembre 2018, le préfet des Hauts-de-Seine, a décidé, par un arrêté en date du 9 novembre 2018, de remettre M. C aux autorités italiennes. Le même arrêté prévoit que le transfert de M. C doit avoir lieu dans les six mois qui suivent l'accord des autorités italiennes et que ce délai peut être porté à dix-huit mois en cas de fuite, en application de l'article 29 du règlement précité. Par un courriel du 10 octobre 2019, M. C a demandé au préfet des Hauts-de-Seine d'enregistrer sa demande d'asile en procédure " normale ". Par la présente requête, M. C demande l'annulation de la décision implicite de rejet de cette demande, née du silence gardé sur elle par le préfet des Hauts-de-Seine.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre moyen de la requête :

2. Aux termes de l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 : " 1. Le transfert du demandeur () de l'État membre requérant vers l'État membre responsable s'effectue () au plus tard, dans un délai de six mois à compter de l'acceptation par un autre État membre de la requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge de la personne concernée () / 2. Si le transfert n'est pas exécuté dans le délai de six mois, l'État membre responsable est libéré de son obligation de prendre en charge ou de reprendre en charge la personne concernée et la responsabilité est alors transférée à l'État membre requérant. Ce délai peut être porté à un an au maximum s'il n'a pu être procédé au transfert en raison d'un emprisonnement de la personne concernée ou à dix-huit mois au maximum si la personne concernée prend la fuite () ".

3. La notion de fuite, au sens du 2 de l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, doit s'entendre comme visant le cas où un ressortissant étranger se serait soustrait de façon intentionnelle et systématique au contrôle de l'autorité administrative en vue de faire obstacle à une mesure d'éloignement le concernant.

4. M. C soutient qu'il ne s'est jamais soustrait de façon intentionnelle et systématique au contrôle de l'autorité administrative. En réponse à la communication de la requête, le préfet des Hauts-de-Seine s'est borné à produire, le 22 septembre 2020, une lettre d'information relative à la prolongation du délai de transfert de M. C et mentionnant que l'intéressé a pris la fuite et un accusé de réception " Dublinet " en date du 29 janvier 2019. Ces deux documents, qui ne comportent aucune précision quant au manquement reproché par l'administration au requérant, ne sauraient suffire à établir que le requérant a pris la fuite au sens du 2 de l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013.

5. Il résulte de ce qui précède que la décision attaquée doit être annulée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

6. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ".

7. A la date à laquelle le Tribunal statue, la France est devenue, en application des dispositions du paragraphe 2 de l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, citées au point 2, responsable du traitement de la demande de protection internationale présentée par M. C. L'exécution du présent jugement implique donc nécessairement, eu égard à ses motifs, par application des dispositions précitées de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, qu'il soit enjoint au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent, d'enregistrer la demande d'asile de M. C en " procédure normale ", de lui délivrer une attestation de demande d'asile portant la mention " procédure normale " et de lui remettre le formulaire de demande d'asile auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Il y a lieu de fixer au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent, un délai de huit jours à compter de la notification du présent jugement pour procéder à ces opérations, sans qu'il soit besoin, à ce stade, d'assortir ces injonctions d'une astreinte.

Sur les conclusions aux fins d'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement à l'avocat de M. C d'une somme de 1 000 (mille) euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Le Tallec renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

D É C I D E :

Article 1er : La décision implicite de rejet de la demande de M. C tendant à l'enregistrement de sa demande d'asile en procédure " normale ", née le 10 décembre 2019, du silence gardé sur elle par le préfet des Hauts-de-Seine, est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent, d'enregistrer la demande d'asile de M. C en " procédure normale ", de lui délivrer une attestation de demande d'asile portant la mention " procédure normale " et de lui remettre le formulaire de demande d'asile auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, dans un délai de huit jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Sous la réserve mentionnée au dernier point du présent jugement, l'État versera à Me Le Tallec, avocate de M. C, la somme de 1 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 23 juin 2022 à laquelle siégeaient :

M. Kelfani, président, M. A et M. B, premiers conseillers.

Lu en audience publique le 11 août 2022.

Le rapporteur,

Signé

K. KELFANI

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

Signé

F.-X. ALa greffière,

Signé

A. CHANSON

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation,

La Greffière

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