mardi 14 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2000035 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET BRACKA & ASSSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 3 janvier 2020, M. C A représenté par Me Bracka demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du préfet des Hauts de Seine en date du 6 novembre 2019 lui interdisant définitivement d'exercer quelque fonction que ce soit auprès des mineurs accueillis dans le cadre des dispositions de l'article L. 227-4 du code de l'action sociale et des familles ;
2°) d'enjoindre au préfet des Hauts de Seine de retirer la sanction de son dossier administratif et d'en effacer la mention dans tout document dès la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'erreurs de fait ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- le préfet des Hauts-de-Seine ne pouvait prendre une telle décision, en l'absence de condamnation pénale ;
- elle méconnaît le principe du non bis idem ;
- elle est disproportionnée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 juillet 2021, le préfet des Hauts de Seine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués par M. A n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'action sociale des familles ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Féral, président-rapporteur ;
- et les conclusions de Mme Chabrol, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M C A est titulaire du brevet d'aptitude aux fonctions d'animateur depuis 2007 et professeur des écoles au sein de l'académie de Versailles. Au cours du mois d'août 2018, M. A a pris part à un séjour de vacances en tant qu'animateur et directeur adjoint. Le 10 août 2018, une jeune fille participant à ce séjour a informé Mme E D, animatrice au sein du même séjour, de ce que M. A aurait commis à son encontre des attouchements à caractère sexuels au cours de la nuit du 9 au 10 août. Le 11 août 2018, la jeune fille a contacté ses parents qui ont portés plainte à l'encontre de M. A. Le même jour, la gendarmerie de Rodez a alors auditionné M. A pour des faits d'attouchements sexuels sur mineure âgée de 10 ans. Le 13 août 2018, un signalement a été effectué par le directeur de l'association organisatrice du séjour auprès de la Direction départementale de la cohésion sociale et de la protection des populations (DDCSPP) de l'Aveyron pour des faits d'attouchements sexuels. Par un arrêté du 16 août 2018, le préfet de l'Aveyron a suspendu M. A de l'exercice de quelque fonction que ce soit auprès des mineurs accueillis dans le cadre des dispositions de l'article L. 227-4 du code de l'action sociale et des familles, d'exploiter des locaux les accueillant et de la participation à l'organisation de ces accueils pour une durée de six mois, sur le fondement des dispositions de l'article L.227-10 du même code. Suite à une enquête administrative complémentaire et à l'avis de la formation spécialisée du conseil départemental de la jeunesse, des sports et de la vie associative (CDJSVA) du 4 octobre 2019, le préfet des Hauts de Seine a, par un arrêté en date du 6 novembre 2019, dont M. A demande l'annulation, prononcé à son encontre une interdiction d'exercer à titre définitif quelque fonction que ce soit auprès des mineurs accueillis dans le cadre des dispositions de l'article L. 227-4 du code de l'action sociale et des familles.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, M. A soutient que la décision attaquée est entachée d'erreurs de faits, dès lors qu'il ne s'est rendu coupable d'aucun attouchement sexuels à l'égard d'une jeune fille et que les propos qu'il lui a tenus le lendemain matin ne constituaient en aucun cas une tentative d'intimidation de cette dernière.
3. Il ressort toutefois des pièces du dossier que l'arrêté attaqué ne mentionne pas que M. A se serait rendu coupable d'attouchements sexuels lors de la nuit du 9 au 10 août 2018, mais qu'il est entré dans une chambre réservée aux jeunes filles et qu'il a manipulé par deux fois une mineure endormie, âgée de dix ans, pour tenter de placer un drap sous elle alors que cette dernière dormait à même le sol. Le rapport d'enquête administrative mentionne par ailleurs que M. A reconnait être entré dans une chambre réservée aux jeunes filles dans la nuit du 9 au 10 août 2018, avoir manipulé une jeune fille et qu'il a pu " toucher ses seins en la manipulant mais que ce n'était pas son intention ". M. A ne conteste pas ces éléments. En outre, il ressort également des pièces du dossier, notamment des propos de M. A lors de son audition par un inspecteur jeunesse et sport, que, le lendemain matin, s'adressant à la même jeune fille, il lui a déclaré, en référence aux évènements de la nuit précédente : " par contre, fais attention à ce que tu vas dire, je ne veux pas avoir de problèmes ". De tels propos constituent une tentative d'intimidation. Dans ces conditions, la matérialité des faits reprochés à M. A est établie. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 227-10 du code de l'action sociale et des familles " B avis de la commission départementale compétente en matière de jeunesse et de sport, le représentant de l'Etat dans le département peut prononcer à l'encontre de toute personne dont la participation à un accueil de mineurs mentionné à l'article L. 227-4 ou à l'organisation d'un tel accueil présenterait des risques pour la santé et la sécurité physique ou morale des mineurs mentionnés à l'article L. 227-4, ainsi que de toute personne qui est sous le coup d'une mesure de suspension ou d'interdiction d'exercer prise en application de l'article L. 212-13 du code du sport, l'interdiction temporaire ou permanente d'exercer une fonction particulière ou quelque fonction que ce soit auprès de ces mineurs, ou d'exploiter des locaux les accueillant ou de participer à l'organisation des accueils ".
5. Les dispositions citées au point précédent soumettent l'édiction d'une mesure d'interdiction d'exercer auprès de mineurs, laquelle constitue une mesure de police administrative, à la seule circonstance que la participation de l'intéressé à un accueil de mineurs ou à son organisation présente des risques pour la santé et la sécurité physique ou morale des mineurs, indépendamment de l'exercice de toute poursuite pénale. Dès lors, la circonstance que M. A n'aurait pas fait l'objet d'une condamnation pénale, ou même d'une mise en examen, à la date de l'arrêté attaqué est sans incidence sur la légalité de cet arrêté et sur la possibilité pour le préfet des Hauts-de-Seine de se fonder sur les faits matériellement constatés. Par suite, le moyen doit être écarté.
6. En troisième lieu, M. A soutient qu'en se fondant sur les arrêtés pris à son encontre en 2014 par la commune de Puteaux qui avait prononcé sa suspension puis une exclusion temporaire pour " manque de distance physique et de cadre avec les mineurs et son incapacité à gérer leurs sollicitations affectives malgré plusieurs rappels à l'ordre de sa hiérarchie ", le préfet des Hauts-de-Seine aurait méconnu le principe du non bis idem, selon lequel une personne ne peut être sanctionnée deux fois pour les mêmes faits. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point précédent la mesure en litige ne revêt pas le caractère d'une sanction mais d'une mesure de police administrative. En tout état de cause, le préfet ne s'est pas fondé sur ces éléments pour édicter l'arrêté attaqué qui repose uniquement sur les faits reprochés lors du séjour qui s'est déroulé en août 2018. Par suite, le moyen tiré de la violation du principe du non bis idem doit être écarté.
7. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit au point 3 du présent jugement, que M. A est entré dans une chambre réservée aux jeunes filles dans la nuit du 9 au 10 août 20218, qu'il manipulé une jeune fille et a pu lui toucher la poitrine à cette occasion et qu'au lendemain de ces faits il a tenté de l'intimider afin qu'elle ne les relate. Il ressort également du rapport d'enquête administrative et du procès-verbal d'audition de M. A devant la formation spécialisée de la CDJSVA que l'intéressé, lors du séjour qui s'est déroulé en août 2018, est intervenu dans l'encadrement du groupe de jeunes filles ce qui a pu conduire à des situations ambigües. Il est ainsi établi que l'intéressé a adopté un comportement inapproprié et fait preuve d'un manque de distance avec les jeunes filles accueillis lors de ce séjour. Un tel manque de distance à l'égard des mineurs avait d'ailleurs déjà été relevé en 2014 et avait fondé les mesures prises à son encontre par la commune de Puteaux. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier qu'il existe un doute quant à la prise de conscience par M. A de ses manquements dans le cadre de sa pratique professionnelle. Dès lors, le préfet des Hauts-de-Seine pouvait, sans commettre d'erreur d'appréciation, considérer que les faits qui viennent d'être rappelés, relevés à l'encontre de M. A, étaient de nature à créer un risque pour la santé et la sécurité physique ou morale des mineurs placés sous sa responsabilité et prononcer à son encontre une interdiction d'exercer toutes fonctions en accueil collectif de mineurs. Pour les mêmes motifs, la mesure prononcée à son encontre n'apparait pas disproportionnée.
8. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine en date du 6 novembre 2019 lui interdisant définitivement d'exercer quelque fonction que ce soit auprès des mineurs accueillis dans le cadre des dispositions de l'article L. 227-4 du code de l'action sociale et des familles.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
9. Le présent jugement, qui rejette les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions de l'articles L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. A demande au titre des frais liés à l'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet des Hauts de Seine.
Délibéré B l'audience du 13 janvier 2023 à laquelle siégeaient :
M. Féral, président,
M. Weiswald, premier conseiller et Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 février 2023.
Le président-rapporteur,
signé
R. Féral
L'assesseur le plus ancien
dans l'ordre du tableau,
signé
J.-B. Weiswald
La greffière,
signé
M. F
La République mande et ordonne au préfet des Hauts de Seine en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies et délais de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026