lundi 7 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2000957 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème Chambre |
| Avocat requérant | GAMBIER |
Vu la procédure suivante :
I) Par une ordonnance du 24 janvier 2020 enregistrée le même jour au greffe du tribunal, le président du tribunal administratif de Nîmes a transmis au tribunal la requête n° 2000957 présentée par Mme E A.
Par cette requête, enregistrée le 10 janvier 2020, Mme A, représentée par Me Gambier, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 5 juillet 2019 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a mise en demeure, dans le délai d'un mois à compter de la notification de cet arrêté, de faire cesser, sur le fondement de l'article L. 1331-22 du code de santé publique, l'habitation du local, lot n° 137, dont elle est propriétaire situé au rez-de-chaussée du bâtiment n°2 de la résidence du Parc de Saint-Cloud, 1, rue des Marnes à Ville-d'Avray (92 410) et l'a informée de son obligation de reloger son occupant actuel ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué a été édicté par une autorité incompétente ;
- cet arrêté est entaché de vices de procédure dès lors, d'une part, qu'il appartenait au maire de constater les infractions au règlement sanitaire sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales et de l'article L. 1311-4 du code de la santé publique et, d'autre part, qu'une mise en demeure de mettre aux normes le logement aurait dû être édictée préalablement à son édiction ;
- cet arrêté est entaché d'une erreur d'appréciation ;
- il méconnaît les dispositions de l'article 1er du premier protocole additionnel de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que l'article 17 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.
Par un mémoire en défense enregistré le 5 septembre 2022, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
II) Par une ordonnance du 24 janvier 2020 enregistrée le même jour au greffe du tribunal, le président du tribunal administratif de Nîmes a transmis au tribunal la requête n° 2000965 présentée par Mme E A.
Par cette requête enregistrée le 10 janvier 2020, Mme A, représentée par Me Gambier, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 5 juillet 2019 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a mise en demeure, dans le délai d'un mois à compter de la notification de cet arrêté, de faire cesser, sur le fondement de l'article L. 1331-22 du code de santé publique, l'habitation du local, lot n° 136, dont elle est propriétaire situé au rez-de-chaussée du bâtiment n°2 de la résidence du Parc de Saint-Cloud, 1 rue des Marnes, à Ville-d'Avray (92 410) et l'a informée de son obligation de reloger son occupant actuel ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient les mêmes moyens que ceux visés ci-dessus et invoqués à l'appui de la requête n°2000957.
Par un mémoire en défense enregistré le 5 septembre 2022, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique le rapport de M. Weiswald, rapporteur et les conclusions de Mme C, rappporteure publique ;
Considérant ce qui suit :
1. Mme E A est propriétaire de deux biens, identifiés comme des lingeries, constituant les lots n° 136 et n° 137, situés au sein du bâtiment n° 2 de la copropriété de la Résidence du Parc de Saint-Cloud, au 1 rue de Marnes à Ville-d'Avray (92 410). A la suite des conclusions de rapports de visite établis par l'agence régionale de santé (ARS) d'Île-de-France, le préfet des Hauts-de-Seine l'a, par deux arrêtés du 5 juillet 2019, édictés sur le fondement de l'article L. 1331-22 du code de santé publique, mis en demeure de faire cesser l'habitation de ces deux locaux dans le délai d'un mois à compter de la notification de ces arrêtés et l'a informé de son obligation de reloger leurs occupants actuels. Par les requêtes enregistrées sous les n°s 2000957 et 2000965, Mme A demande au tribunal d'annuler chacun de ces deux arrêtés.
Sur la jonction :
2. Les requêtes n° 2000957 et 2000965 de Mme A présentent à juger des questions connexes. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, pour édicter les arrêtés en litige, qui tendent non à sanctionner un manquement à des prescriptions réglementaires mais à caractériser une impossibilité structurelle et pérenne d'habiter un local en raison de ses caractéristiques propres, le préfet des Hauts-de-Seine s'est fondé sur les dispositions, alors applicables, de l'article L. 1331-22 du code de la santé publique qui lui imposent de mettre en demeure la personne ayant mis à disposition des locaux par nature impropres à l'habitation de faire cesser cette situation dans le délai qu'il fixe. Dans ces conditions, Mme A n'est pas fondée à soutenir que les arrêtés contestés du 5 juillet 2019 seraient entachés d'incompétence ou d'un vice de procédure au motif qu'il appartenait au maire de faire cesser les infractions au règlement sanitaire départemental constatées en prononçant les injonctions adéquates sur le fondement des dispositions du code général des collectivités territoriales et du code de la santé publique ou en sollicitant un arrêté préfectoral confirmant l'infraction constatée au règlement sanitaire départemental. Par suite, ces moyens doivent être écartés.
4. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient la requérante, le préfet des Hauts-de-Seine, qui l'a invitée par des courriers du 5 février 2010 à présenter ses observations dans un délai de dix jours sur les mesures susceptibles d'être prononcées sur le fondement des dispositions de l'article L. 1331-22 du code de la santé publique, n'avait pas, compte tenu des objectifs de ces décisions, à la mettre en demeure de procéder, préalablement à leur édiction, à la mise aux normes des locaux dont elle est propriétaire avant d'ordonner d'en faire cesser l'habitation. Par suite, le moyen tiré de ce que les arrêtés en litige auraient, pour ce motif, été édictés aux termes d'une procédure irrégulière doit être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 1331-22 du code de santé publique, dans sa rédaction alors applicable : " Les caves, sous-sols, combles, pièces dépourvues d'ouverture sur l'extérieur et autres locaux par nature impropres à l'habitation ne peuvent être mis à disposition aux fins d'habitation, à titre gratuit ou onéreux. Le représentant de l'Etat dans le département met en demeure la personne qui a mis les locaux à disposition de faire cesser cette situation dans un délai qu'il fixe. Il peut prescrire, le cas échéant, toutes mesures nécessaires pour empêcher l'accès ou l'usage des locaux aux fins d'habitation, au fur et à mesure de leur évacuation. Les mêmes mesures peuvent être décidées à tout moment par le maire au nom de l'Etat. Ces mesures peuvent faire l'objet d'une exécution d'office. () ". Le recours dont dispose le propriétaire ou le locataire d'un immeuble contre la décision par laquelle l'autorité préfectorale déclare le logement impropre à l'habitation, en application de ces dispositions, est un recours de plein contentieux. Il appartient par suite au juge saisi d'un tel recours de se prononcer sur le caractère impropre de l'habitation des locaux en cause d'après l'ensemble des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa décision.
6. Il résulte de l'instruction, notamment des rapports de visite du service santé environnement de la délégation départementale des Hauts-de-Seine de l'ARS d'Île-de-France établis les 29 et 30 janvier 2019, que les deux locaux dont Mme A est propriétaire, qualifiés de lingerie par le règlement de copropriété, qui se situent au rez-de-chaussée du bâtiment n°2 de la résidence du Parc de Saint-Cloud et qui sont accessibles par une entrée de service de l'immeuble, sont enterrés à 38 et 41 % de leurs hauteurs, le plancher étant situé à 1 mètre au-dessous du sol du terrain sur lequel l'immeuble est implanté. En outre, Mme A n'apporte aucun élément de nature à établir qu'il pourrait être pallié à l'absence de ventilations appropriées de ces locaux, en méconnaissance des prescriptions de l'article 40-1 du règlement sanitaire départemental des Hauts-de-Seine, relevée par les techniciens sanitaires et de sécurité sanitaire de l'ARS lors de leurs visites le 13 décembre 2018. A cet égard, le devis établi le 19 novembre 2019 qu'elle produit, intitulé " Visite diagnostic pour vérifier les possibilités d'installation d'une VMC ", dont on ne sait s'il a été accepté, s'il a donné lieu à des visites et qu'elles en ont été les conclusions, est insuffisant pour démontrer la possibilité technique et structurelle de remédier aux manquements constatés. Dans ces conditions, en dépit de la circonstance que ces locaux d'une superficie de 11, 24 m² et 8,8 m² aient été remis en état en 2002 à la suite d'importants travaux, soient décents et disposent d'une ouverture vers l'extérieur, le préfet des Hauts-de-Seine a pu légalement, sans commettre d'erreur d'appréciation, regarder les locaux litigieux, eu égard à l'ensemble de leurs caractéristiques et en l'absence de tout élément établissant le caractère remédiable des désordres et manquements relevés par les services de l'ARS, comme présentant le caractère de sous-sol impropres à l'habitation et mettre en demeure Mme A, en sa qualité de propriétaire, de faire cesser leur mise à disposition aux fins d'habitation dans un délai d'un mois.
7. En quatrième lieu, aux termes du 1 de l'article 17 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de jouir de la propriété des biens qu'elle a acquis légalement, de les utiliser, d'en disposer et de les léguer. Nul ne peut être privé de sa propriété, si ce n'est pour cause d'utilité publique, dans des cas et conditions prévus par une loi et moyennant en temps utile une juste indemnité pour sa perte. L'usage des biens peut être réglementé par la loi dans la mesure nécessaire à l'intérêt général ".
8. Mme A ne peut utilement se prévaloir d'une méconnaissance des stipulations précitées de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, notamment celles qui concernent le droit de propriété, dès lors que lorsqu'il interdit la mise à disposition d'un local en raison de son caractère impropre à l'habitation en vertu des dispositions précitées de l'article L. 1331-22 du code de la santé publique, le préfet ne met pas en œuvre le droit de l'Union européenne.
9. En dernier lieu, aux termes de l'article 1er du premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne physique ou morale a droit au respect de ses biens. Nul ne peut être privé de sa propriété que pour cause d'utilité publique et dans les conditions prévues par la loi et les principes généraux du droit international. / Les dispositions précédentes ne portent pas atteinte au droit que possèdent les Etats de mettre en vigueur les lois qu'ils jugent nécessaires pour réglementer l'usage des biens conformément à l'intérêt général ou pour assurer le paiement des impôts ou d'autres contributions et des amendes ".
10. Au regard de l'intérêt général qui s'attache à la protection de la santé et de la sécurité des occupants de locaux impropres à l'habitation, la décision contestée, qui se borne à restreindre l'usage du bien litigieux, ne saurait être regardée comme portant une atteinte excessive au droit de propriété contraire aux stipulations précitées de l'article 1er du premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
11. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation des arrêtés du 5 juillet 2019 du préfet des Hauts-de-Seine.
Sur les frais liés au litige :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, les sommes que Mme A demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : Les requêtes n° 2000957 et 2000965 de Mme A sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E A et au préfet des Hauts-de-Seine.
Délibéré après l'audience du 14 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Féral, président, M. B et M. D, premiers conseillers, assistés de Mme Khalfaoui, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2022.
Le rapporteur,
signé
J.-B. D
Le président,
signé
R. FéralLa greffière,
signé
M. F
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
2 - 2000965
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026