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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2001225

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2001225

jeudi 16 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2001225
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème Chambre
Avocat requérantHEERAMAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 janvier 2020, la SARL LONG FA, représentée par Me Heeraman, demande au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler la décision du 17 septembre 2019 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a appliqué la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail pour un montant de 21 720 euros et la contribution forfaitaire prévue à l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour un montant de 4 618 euros ainsi que la décision du 28 novembre 2019 par laquelle le directeur général de l'OFII a rejeté son recours gracieux contre cette décision ;

2°) d'annuler les titres de perception émis à son encontre et notifiés le 7 janvier 2020 correspondants aux montants des contributions précitées ;

3°) de prononcer la décharge des contributions spéciale et forfaitaire ;

4°) à titre subsidiaire, de réduire le montant des contributions réclamées à l'euro symbolique ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les décisions attaquées des 17 septembre et 28 novembre 2019 sont entachées d'incompétence de leur auteur ;

- qu'elle a déclaré l'embauche des trois salariés, qu'elle leur versait une rémunération au moins égale au SMIC et qu'elle s'acquittait des cotisations sociales ;

- la matérialité des faits n'est pas avérée dès lors que Monsieur D disposait d'un récépissé de dépôt de sa demande d'asile en date du 20 mai 2018 valant autorisation de séjour jusqu'au 21 novembre 2020, que la société avait également déposé en sa faveur une demande d'autorisation de travail, et que M. D s'est vu délivrer une carte de séjour l'autorisant à travailler le 11 juin 2019 ;

- les décisions attaquées sont entachées d'une erreur d'appréciation de la situation de M. D et de M. A et I B au regard des dispositions de la circulaire du 28 novembre 2012 dès lors qu'ils avaient respectivement déposé avant le contrôle de police, pour le premier, une demande de carte de séjour temporaire avec autorisation de travail et pour les seconds, une demande d'admission exceptionnelle au séjour au titre du travail ; M. A s'est vu délivrer une carte de séjour temporaire avec autorisation de travail le 21 juin 2019 , son épouse Mme B était en attente de la délivrance de sa carte de séjour ;

- la réduction à l'euro symbolique doit lui être accordée dès lors qu'elle justifie de sa bonne foi.

Par courrier du 3 mars 2020, la société requérante a été invitée à régulariser dans un délai de 15 jours sa requête par la production des titres de perception des 18 et 19 décembre 2020 qu'elle a reçus le 7 janvier 2020, lesquels ont été produits le 3 mars 2020.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 mars 2021, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 novembre 2022, la direction départementale des finances publiques de l'Essonne conclut à la mise hors de cause du comptable public de l'Essonne.

La requête a été communiquée au ministre de l'intérieur et des outre-mer le 2 novembre 2022 qui n'a pas produit d'observations en défense.

Par ordonnance du 22 novembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 12 décembre 2022 à 12h.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code du travail ;

- l'arrêté du 5 décembre 2006 relatif au montant de la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement des étrangers dans leur pays d'origine ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport I Colin, rapporteur,

- et les conclusions I Riedinger, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite d'un contrôle effectué, le 19 mars 2019, dans les locaux d'un restaurant sis à Argenteuil (92) à l'enseigne " TOKYO " et exploité par la SARL LONG FA, les services de police ont constaté la présence de trois salariés étrangers en situation de travail dépourvus de titre les autorisant à séjourner et travailler en France. Par une décision du 17 septembre 2019, Le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a appliqué à ladite société la somme de 21 720 euros au titre de la contribution spéciale, en application des dispositions de l'article L. 8253-1 du code du travail pour les trois salariés, et la somme de 4 618 euros au titre de la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement pour deux d'entre eux en application des dispositions de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision du 28 novembre 2019, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a rejeté le recours gracieux formé par la société requérante à l'encontre de la décision du 17 septembre 2019. Deux titres de perception ont été émis les 18 et 19 décembre 2019 reçus par la SARL LONG FA le 7 janvier 2020, pour recouvrer les sommes en cause. Par la présente requête, la SARL LONG FA demande à titre principal l'annulation des décisions du 17 septembre 2019 et du 28 novembre 2019 et à titre subsidiaire de ramener le montant des contributions réclamées à l'euro symbolique ainsi que l'annulation des titres de perception émis à son encontre et la décharge des contributions spéciale et forfaitaire.

Sur les conclusions à fin d'annulation des décisions attaquées :

En ce qui concerne la régularité de la sanction litigieuse :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 5223-21 du code de travail : " Le directeur général [de l'OFII] peut déléguer sa signature à tout agent de l'établissement exerçant des fonctions d'encadrement () ". Par une décision du 3 juillet 2019, publiée au bulletin officiel du ministère de l'intérieur du 15 juillet 2019, le directeur général de l'OFII a donné délégation à Mme C E, cheffe du service juridique et contentieux, conseillère juridique auprès du directeur général et, en cas d'absence ou d'empêchement, à Mme H F, adjointe, à. l'effet de signer, dans la limite de ses attributions, tous actes, décisions et correspondances relevant du champ de compétences du service juridique et contentieux, tel que défini par la décision du 31 décembre 2013 susvisée, notamment les décisions prises sur recours et les requêtes et mémoires en défense devant les juridictions, ainsi que l'ensemble des décisions relatives aux contributions spéciale et forfaitaire et aux créances salariales, y compris les remises et admissions en non-valeur.". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne le bien-fondé de la sanction litigieuse :

3. En premier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 8251-1 du code du travail : " Nul ne peut, directement ou indirectement, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France. ". Aux termes de l'article L. 8253-1 du code du travail : " Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger non autorisé à travailler, une contribution spéciale. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sans préjudice des poursuites judiciaires qui pourront être engagées à son encontre et de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, l'employeur qui aura occupé un travailleur étranger en situation de séjour irrégulier acquittera une contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine. () ".

4. Il appartient au juge administratif, saisi d'un recours contre une décision mettant à la charge d'un employeur la contribution spéciale ou la contribution forfaitaire prévues par les dispositions citées au point précédent, de vérifier la matérialité des faits reprochés à l'employeur et leur qualification juridique au regard de ces dispositions. Après avoir exercé son plein contrôle sur les faits invoqués et la qualification retenue par l'administration, tant s'agissant du manquement que de la proportionnalité de la sanction, appréciée au regard de la nature et de la gravité des agissements et des circonstances particulières à la situation de l'intéressé, le juge peut maintenir la contribution, au montant fixé de manière forfaitaire par l'article L. 8251-1, le premier alinéa de l'article L. 8253-1 et l'article R. 8253-2 du code du travail, ou en décharger l'employeur. En outre, il résulte de ces dispositions que la contribution prévue par l'article L. 8253-1 du code du travail a pour objet de sanctionner l'emploi, même indirect, d'un travailleur étranger séjournant irrégulièrement sur le territoire français ou démuni de titre l'autorisant à exercer une activité salariée, sans qu'un élément intentionnel soit nécessaire pour que le manquement soit caractérisé.

5. En premier lieu, il résulte de l'instruction que pour décider de soumettre la société requérante au paiement de la contribution spéciale pour l'emploi de trois salariés, et de la contribution forfaitaire des frais de réacheminement pour deux salariés, l'OFII s'est fondé sur les éléments matériels contenus dans le procès-verbal de constat établi par les services de police le 19 mars 2019. Ce dernier dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire indique qu'à la date du contrôle, M. A, ressortissant chinois disposait d'un récépissé de demande de carte de séjour, ne l'autorisant pas à travailler, valide jusqu'au 15 avril 2019, que Mme B G, son épouse, ressortissante chinoise et M. D J, ressortissant bangladais étaient tous deux dépourvus de titre les autorisant à séjourner et à travailler en France et avaient fait l'objet d'obligations de quitter le territoire français notifiées les 28 et 3 novembre 2016.

6. La société requérante ne conteste pas la matérialité des faits tels que relevés par les services de police pour l'emploi et le séjour de M. A et I B, la matérialité des faits qui sont reprochés à la société les concernant est donc établie. S'agissant de M. D, s'il est constant que l'intéressé ne disposait pas d'un titre de séjour l'autorisant à travailler à la date de la constatation des faits reprochés, en revanche, la société requérante a produit, lors de ses observations adressées à l'OFII le 11 juillet 2020 un récépissé de dépôt de la demande d'asile de M. D en date du 20 mai 2018 valant autorisation de séjour jusqu'au 21 novembre 2020 dont la date de validité n'est pas contestée. Ainsi, à la date du contrôle M. D disposait d'un récépissé valant autorisation de séjour sans que puisse être retenue l'existence d'une obligation de quitter le territoire français notifiée à son encontre le 3 novembre 2016. Il s'ensuit que la matérialité du manquement reproché à la société requérante pour l'emploi de M. D au titre de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas établie et que les décisions attaquées doivent dès lors être annulée en tant qu'elle porte sur la contribution aux frais de réacheminement mise à la charge de la société pour l'emploi de ce salarié pour un montant de 2 309 euros.

7. En second lieu, la SARL LONG FA, ne peut utilement se prévaloir des orientations générales, dépourvues de caractère réglementaire, que le ministre de l'intérieur, a adressées aux préfets par la circulaire du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière dans le cadre des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour les éclairer dans la mise en œuvre de leur pouvoir de régularisation et qui au demeurant n'a ni pour objet ni pour effet de dispenser les employeurs de respecter les dispositions ci-dessus reproduites de l'article L. 8251-1 du code du travail. Elle ne peut non plus utilement se prévaloir de la circonstance qu'elle avait déclaré les trois salariés à l'embauche, qu'elle leur versait une rémunération au moins égale au SMIC et qu'elle s'acquittait des cotisations sociales dans le respect des règles applicables. C'est en conséquence à bon droit que la SARL LONG FA a été assujettie à la contribution spéciale prévue par les dispositions précitées, pour l'emploi de MM D, A et I B qui ne disposaient pas à la date du contrôle d'un titre les autorisant à travailler. Le moyen tiré de l'erreur d'appréciation tenant à l'absence de titre autorisant MM. D, Xu et Mme B à travailler en France commise par l'auteur de la décision contestée doit dès lors être écarté.

8. Il résulte de ce qui précède, que la société SARL LONG FA est seulement fondée à demander l'annulation de la décision du 17 septembre 2019 du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration en tant qu'elle lui a appliqué la contribution forfaitaire de réacheminement prévue à l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au titre de l'emploi de M. D pour un montant de 2 309 euros et de la décision du 28 novembre 2019 de la même autorité portant rejet de son recours gracieux sur cette contribution ainsi que, par voie de conséquence, le titre de perception émis le 18 décembre 2019 en tant qu'il porte sur le recouvrement de la contribution précitée. Par suite, la SARL LONG FA doit être déchargée de la somme 2 309 euros mise à sa charge à ce titre.

Sur les conclusions présentées à titre subsidiaire tendant à la réduction de la contribution à l'euro symbolique des contributions :

9. En dernier lieu dès lors que les contributions prévues à l'article L. 8253-1 du code du travail et à l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont dues du seul fait de l'emploi de travailleurs étrangers démunis de titre les autorisant à exercer une activité salariée sur le territoire français, la société requérante ne peut utilement se prévaloir de sa bonne foi pour demander la réduction du montant des contributions réclamées à un euro symbolique.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit versée à La SARL LONG FA à ce titre, laquelle n'est pas la partie perdante pour l'essentiel dans la présente instance. Dès lors, ces conclusions, et sans qu'il soit besoin d'examiner leur recevabilité, lesquelles sont mal dirigées, doivent être rejetées

D É C I D E :

Article 1er : Les décisions du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration des 17 septembre 2019 et 28 novembre 2019 sont annulées en tant qu'elles portent sur la contribution forfaitaire de réacheminement de M. D pour un montant de 2 309 euros.

Article 2 : Le titre de perception du 18 décembre 2019 émis à l'encontre de la SARL LONG FA, est annulé en ce qu'il porte sur la contribution forfaitaire de réacheminement de M. D pour un montant de 2 309 euros.

Article 3 : La SARL LONG FA est déchargée de la somme de 2 309 euros.

Article 4 : La requête est rejetée pour le surplus des conclusions.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la SARL LONG FA et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 28 février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Le Griel, président,

Mme Colin, première conseillère,

Mme Debourg, conseillère,

assistées I Pradel, greffière.

Lu en audience publique le 16 mars 2023.

La rapporteure,

signé

C. COLIN

La présidente,

signé

H. LE GRIEL

La greffière,

signé

E. PRADEL

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour ampliation, la greffière.

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