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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2001294

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2001294

vendredi 16 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2001294
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantGONIDEC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 mai 2020, M. B A, représenté par Me Gonidec, avocate, demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision de rejet implicite de sa demande tendant au rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil, née le 18 décembre 2019, du silence gardé sur cette demande par l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de le rétablir dans ses droits au bénéfice des conditions matérielles d'accueil et de lui verser l'allocation pour demandeur d'asile à titre rétroactif à compter de l'arrêt du versement, dans un délai de trois jours à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) en cas d'admission à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil, en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, de la somme de 1 500 euros, sous réserve que Me Gonidec renonce à percevoir la part contributive de l'État.

M. A soutient que la décision contestée est entachée d'une erreur d'appréciation :

- compte tenu de l'état de particulière vulnérabilité dans lequel il se trouve ;

- dès lors que, s'il n'avait pas compris l'étendue de ses obligations et manqué à ses premières obligations de pointage dans le cadre de la procédure Dublin, il s'en est immédiatement expliqué auprès des services préfectoraux, il a respecté toutes ses obligations dans le cadre de la procédure normale.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 mars 2020, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête

L'Office français de l'immigration et de l'intégration fait valoir :

- que, par une décision en date du 29 novembre 2019, son directeur territorial à Cergy a rejeté la demande de M. A tendant au rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil ;

- que le moyen invoqué par le requérant n'est pas fondé.

Par une décision en date du 16 mars 2020, le bureau d'aide juridictionnelle établi près le Tribunal judiciaire de Pontoise a accordé à M. A le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Par lettres en date du 21 octobre 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative que la décision du Tribunal à intervenir était susceptible d'être fondée sur un moyen relevé d'office tiré de ce que la décision expresse en date du 29 novembre 2019 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Cergy a rejeté la demande de M. A tendant au rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil, présentée par une lettre en date du 15 octobre 2019, s'étant substituée à la décision implicite de rejet contestée par le requérant, la requête n° 2001294 doit être regardée comme dirigée contre la décision expresse en date du 29 novembre 2019 et le moyen de la requête de M. A comme invoqué à l'encontre de cette même décision.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Kelfani, président, a été entendu, au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, demandeur d'asile de nationalité afghane, doit être regardé comme demandant l'annulation de la décision, en date du 29 novembre 2019, par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Cergy a rejeté sa demande tendant au rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Si, comme en l'espèce, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être regardé comme ayant été suspendu, le demandeur d'asile peut en demander le rétablissement à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui devra apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement, au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil, ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.

3. Il ressort du certificat établi en date du 19 mars 2018 par un praticien hospitalier au pôle urgences du site de Meaux du Grand Hôpital de l'Est Francilien que M. A est " porteur d'une affection chronique nécessitant une prise en charge spécialisée au long cours, avec surveillance biologique et échographique semestrielles notamment, et dont le défaut pourrait avoir de graves conséquences sur sa santé ". Aux termes du certificat établi en date du 30 avril 2018 par le même praticien, l'état de santé du requérant " nécessite une hygiène alimentaire rigoureuse, et l'accès à un hébergement stable ". Par ailleurs, par une lettre en date du 6 octobre 2018, le service social auprès des patients du site Saint Faron du Grand Hôpital de l'Est Francilien demande au Secours catholique " de bien vouloir accueillir et aider M. A qui est actuellement dans une situation difficile ". Enfin, un médecin de l'espace santé insertion du centre hospitalier René Dubos de Pontoise mentionne, dans un " certificat médical confidentiel " en date du 24 mai 2019 destiné au médecin coordonnateur de zone de la direction territoriale de Montrouge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, que le requérant présente une " hépatite B chronique active ", qu'une prise en charge spécialisée est nécessaire en hépathologie et que M. A est un " patient autonome nécessitant une prise en charge spécialisée et un hébergement stable ". Dans ces conditions, le requérant doit être regardé comme établissant se trouver, à la date à laquelle il a présenté sa demande de rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil, dans une situation de particulière vulnérabilité. Il suit de là que M. A est fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

4. Il résulte de ce qui précède que la décision attaquée doit être annulée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

5. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ".

6. L'exécution du présent jugement implique nécessairement, eu égard à ses motifs, par application des dispositions législatives précitées, qu'il soit enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir M. A dans ses droits aux conditions matérielles d'accueil, s'agissant notamment de l'allocation pour demandeur d'asile, à compter de la date à laquelle la demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil a été présentée à l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de fixer à l'Office français de l'immigration et de l'intégration un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement pour procéder à cette opération.

7. Il n'y a pas lieu, à ce stade, d'assortir l'injonction édictée ci-dessus d'une astreinte.

Sur les conclusions aux fins d'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique :

8. L'État n'étant pas partie à l'instance, les conclusions de la requête de M. A présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La décision attaquée est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir M. A dans ses droits aux conditions matérielles d'accueil, s'agissant notamment de l'allocation pour demandeur d'asile, à compter de la date à laquelle la demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil a été présentée à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 10 novembre 2022 à laquelle siégeaient :

M. Kelfani, président, M. Prost, premier conseiller, et M. Villette, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 décembre 2022.

Le rapporteur,

signé

K. KELFANI

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

signé

F.-X. PROSTLa greffière,

signé

A. CHANSON

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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