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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2001621

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2001621

mercredi 3 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2001621
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantCOUSIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 10 février 2020 et

28 septembre 2022, M. B C, représenté par Me Cousin, demande au tribunal :

1°) à titre principal :

- d'annuler les décisions du 14 octobre 2019 et 3 février 2020 par lesquelles la commune d'Argenteuil a refusé de reconnaitre l'imputabilité au service des syndromes du canal carpien droit et gauche et des syndromes de la gouttière épitrochléo-olécranienne des nerfs ulnaires droit et gauche, déclarés le 14 décembre 2016 ;

- d'enjoindre à la commune d'Argenteuil de reconnaitre l'imputabilité au service de ces maladies, dans un délai de deux mois à compter de la date de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

2°) à titre subsidiaire, d'ordonner avant dire droit une expertise médicale afin de déterminer si ces pathologies sont imputables au service ;

3°) de mettre à la charge de la commune d'Argenteuil une somme de 2 000 euros au titre de l'article 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les décisions des 14 octobre 2019 et 3 février 2020 sont entachées d'une erreur d'appréciation dès lors que, comme l'a reconnu l'expert désigné par la commune d'Argenteuil, ses pathologies sont imputables au service, celles-ci correspondant aux maladies listées sous les items 57 B et C du tableau des maladies professionnelles et n'étant pas imputables à son état de santé antérieur.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 septembre 2020, le commune d'Argenteuil, représentée par Me Beaulac, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de M. C sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- le moyen soulevé par M. C n'est pas fondé dès lors que ses pathologies sont sans lien direct et certain avec le service ;

- l'expertise sollicitée à titre subsidiaire par le requérant est dépourvue d'utilité.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative.

Par ordonnance du 28 septembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au

2 novembre 2022.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- et les conclusions de M. Goupillier, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, agent technique territorial de deuxième classe, a travaillé en tant qu'agent d'entretien et de restauration en résidence pour personnes âgées de la commune d'Argenteuil du 25 août 1999 au 31 août 2015. Il a ensuite été affecté sur un poste d'agent polyvalent en qualité d'agent de surveillance des points école / restauration au sein de la direction de la prévention, de la tranquillité publique et de la sécurité civile de la ville d'Argenteuil. Le 14 décembre 2016, quatre certificats médicaux d'" accident du travail / maladie professionnelle " ont été établis par le docteur M., rhumatologue, faisant état d'un syndrome du canal carpien droit et gauche et d'un syndrome de la gouttière épitrochléo-olécranienne pour les nerfs ulnaires droits et gauches, correspondant respectivement aux pathologies 57 C et 57 B du tableau des maladies professionnelles. A la demande de la commune d'Argenteuil, le docteur A a été désigné afin de réaliser une expertise, aux termes de laquelle il a conclu à l'imputabilité au service de ces quatre maladies. Après s'être réunie les 16 mai et 3 octobre 2019, la commission de réforme a, quant à elle, émis un avis défavorable à la reconnaissance de l'imputabilité au service de ces pathologies. Par un courrier du 14 octobre 2019, le maire de la commune d'Argenteuil a indiqué à M. C qu'il entendait suivre l'avis de cette commission et refusait ainsi de faire droit à la demande de reconnaissance d'imputabilité de l'intéressé. Par un courrier du 9 décembre 2019, M. C a formé un recours gracieux contre cette décision, que la commune a rejeté par une décision du

3 février 2020. Par la présente requête, M. C demande, à titre principal, l'annulation de ces deux décisions, à ce qu'il soit enjoint à la commune d'Argenteuil de reconnaitre l'imputabilité au service des syndromes du canal carpien droit et gauche et de la gouttière épitrochléo-olécranienne des nerfs ulnaires droits et gauches dont il souffre et, à titre subsidiaire, à ce qu'il soit ordonné une expertise avant dire droit.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 dans sa version en vigueur du 22 avril 2016 au 21 janvier 2017 : " Le fonctionnaire en activité a droit : / () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. Le fonctionnaire conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. Le bénéfice de ces dispositions est subordonné à la transmission par le fonctionnaire, à son administration, de l'avis d'arrêt de travail justifiant du bien-fondé du congé de maladie, dans un délai et selon les sanctions prévus en application de l'article 58. / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite ou d'un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident, même après la date de radiation des cadres pour mise à la retraite () ".

3. Une maladie contractée par un fonctionnaire, ou son aggravation, doit être regardée comme imputable au service si elle présente un lien direct avec l'exercice des fonctions ou avec des conditions de travail de nature à susciter le développement de la maladie en cause, sauf à ce qu'un fait personnel de l'agent ou toute autre circonstance particulière conduisent à détacher la survenance ou l'aggravation de la maladie du service.

4. Il résulte de l'instruction que M. C a formulé une demande de reconnaissance d'imputabilité au service de syndromes bilatéraux du canal carpien et de la gouttière épitrochléo-olécranienne des nerfs ulnaires par quatre certificats de maladie professionnelle du 14 décembre 2016. Il a été soumis à une première expertise, réalisée par le docteur A le 27 juin 2017 qui s'est borné à conclure, de manière erronée, que ces maladies ne pouvaient être qualifiées de professionnelles dès lors qu'il avait changé d'emploi en 2016. M. C a ensuite été examiné le 19 septembre 2018 par le médecin de prévention qui a, quant à lui, conclu que son poste de travail devait être adapté et qu'une nouvelle expertise soit réalisée. Dans ce cadre, le docteur A a quant à lui conclu à l'imputabilité au service des quatre pathologies déclarées en décembre 2016 par l'intéressé, estimant que les dix-sept années de fonctions de M. C au sein d'établissements pour personnes âgées en qualité d'agent d'entretien, avaient impliqué " des mouvements de serrage et de rotation répétitifs () responsables de l'atteinte du nerf médian et ulnaire ". De même, dans un certificat du 16 mars 2019, le docteur M., rhumatologue a qualifié de " professionnelles " les maladies dont souffre le requérant. En dépit de ces constatations, la commune d'Argenteuil a refusé de faire droit à la demande de reconnaissance d'imputabilité au service de ces maladies en s'appropriant l'avis rendu par la commission de réforme en présence d'un médecin spécialiste lors de sa séance du 3 octobre 2019, par lequel cette commission a estimé, à quatre voix contre deux, qu'" en présence de l'état antérieur et compte-tenu du dossier médico-administratif, le lien direct, certain et déterminant entre la pathologie et les fonctions habituelles de l'agent [n'était] pas établi ". La commune fait valoir en défense, d'une part, que du fait des fonctions diversifiées exercées par M. C sur ses postes successifs, il ne peut être regardé comme ayant été soumis à des tâches répétitives et, d'autre part, que la pathologie dégénérative des membres supérieurs qu'il a déclarée en avril 2016 révèle un état antérieur à l'origine des pathologies déclarées en décembre suivant. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, et en particulier de la fiche du poste d'agent d'entretien occupé par le requérant de 1999 à 2015 dans des résidences pour personnes âgées de la commune et de la fiche de planning quotidien afférente à ce poste, que les missions de ce dernier consistaient essentiellement en des tâches de ménage des locaux, de repassage du linge ainsi que de service, de débarrassage et de vaisselle des repas des résidents impliquant majoritairement des mouvements répétitifs des membres supérieurs et des mains. D'autre part, il ressort du rapport de l'expertise du docteur A que les pathologies objets de la décision attaquée sont sans lien avec la pathologie dégénérative déclarée en avril 2016 par le requérant. En se bornant à se référer à l'avis rendu par la commission de réforme, la commune d'Argenteuil ne remet pas sérieusement en cause les conclusions de cet expert. Dans ces conditions, en l'absence d'un fait personnel de M. C ou de toute autre circonstance particulière conduisant à détacher la survenance ou l'aggravation des syndromes précités du service, ceux-ci doivent être regardés comme présentant un lien direct avec l'exercice de ses fonctions. Par suite, la décision du 14 octobre 2019 par laquelle le maire de la commune d'Argenteuil a refusé de reconnaître l'imputabilité au service des syndromes bilatéraux du canal carpien et de la gouttière épitrochléo-olécranienne des nerfs ulnaires de M. C est entachée d'une erreur d'appréciation doit être annulée, de même que la décision du 3 février 2020 rejetant le recours gracieux de M. C.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Eu égard au motif d'annulation retenu, il y a lieu d'enjoindre à la commune d'Argenteuil de reconnaître l'imputabilité au service des syndromes bilatéraux du canal carpien et de la gouttière épitrochléo-olécranienne des nerfs ulnaires dont souffre M. C dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de M. C au titre des frais exposés par la commune d'Argenteuil et non compris dans les dépens. Il y a lieu en revanche de faire application de ces dispositions et de mettre une somme de 1 500 euros à la charge de la commune d'Argenteuil au titre de ces frais exposés par M. C.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : Les décisions des 14 octobre 2019 et 3 février 2020 du maire de commune d'Argenteuil sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune d'Argenteuil de reconnaître l'imputabilité au service des syndromes bilatéraux du canal carpien et de la gouttière épitrochléo-olécranienne des nerfs ulnaires dont souffre M. C dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune d'Argenteuil versera une somme de 1 500 euros à M. C en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et à la commune d'Argenteuil.

Délibéré après l'audience du 11 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Coblence, présidente,

Mme Fléjou, première conseillère et M. Viain, premier conseiller,

assistés de Mme Charleston, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 mai 2023.

La rapporteure,

signés

V. D

La présidente,

signé

E. CoblenceLa greffière,

signé

D. Charleston

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2001621

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