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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2002566

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2002566

mardi 10 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2002566
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantJASPER AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 février 2020, l'Assistance publique - hôpitaux de Paris (AP-HP) demande au tribunal d'annuler le titre exécutoire n° 2019-686 émis le 20 mai 2019 par l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) à son encontre pour un montant de 52 869,56 euros.

Elle soutient que :

- le titre exécutoire en litige méconnait les dispositions de l'article 20 du décret du 7 novembre 2012 dès lors qu'il ne détaille pas les bases de liquidation de la créance ;

- le titre exécutoire méconnait les dispositions de l'article L. 1142-15 du code de la santé publique dès lors que la créance dont se prévaut l'ONIAM à son encontre n'est pas certaine, liquide et exigible et qu'elle n'a commis aucune faute dans la prise en charge de Mme B A.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 septembre 2021 et des pièces complémentaires enregistrées les 2 juin et 6 septembre 2022, l'ONIAM, représenté par Me Saumon, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal :

1°) de condamner l'AP-HP à lui verser la somme de 52 869,56 euros en application des dispositions de l'article L. 1142-15 du code de la santé publique, majorée des intérêts au taux légal à compter du 31 décembre 2019 et de leur capitalisation ;

2°) de condamner l'AP-HP à lui verser la somme de 7 930,43 euros au titre de la pénalité prévue à l'article L. 1142-15 du code de la santé publique correspondant à 15 % de la somme de 52 869,56 euros ;

3°) de mettre à la charge de l'AP-HP les frais d'expertise ;

4°) de mettre à la charge de l'AP-HP la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- la responsabilité de l'AP-HP est engagée dès lors que le traitement de l'infection de Mme A au sein du centre hospitalier Ambroise Paré n'a pas été conforme aux règles de l'art et que cette prise en charge fautive a concouru au dommage de la victime à hauteur de 50 % ;

- les moyens de légalité externe et interne de la requête ne sont pas fondés ;

- il dispose d'une créance à l'encontre de l'AP-HP d'un montant de 52 869,56 euros correspondant à la somme qu'il a versée à Mme A en réparation de la fraction imputable à l'AP-HP des préjudices de celle-ci au titre de ses frais divers, de l'assistance par tierce personne, des déficits fonctionnels temporaire et permanent, des souffrances endurées, du préjudice d'agrément, du préjudice esthétique permanent et des frais d'assistance engagés par l'intéressée.

Par un courrier du 24 août 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions reconventionnelles de l'ONIAM tendant à la condamnation de l'AP-HP à lui verser la somme de 52 869,56 euros, majorée des intérêts et de leur capitalisation.

L'ONIAM a présenté des observations enregistrées le 26 août 2022 en réponse à ce moyen d'ordre public.

Par un courrier du 31 août 2022, le tribunal a invité l'AP-HP à régulariser, sous 21 jours et à peine d'irrecevabilité, sa requête en la présentant par le ministère d'un avocat ou d'un avocat au Conseil d'Etat et à la Cour de cassation en application de l'article R. 431-2 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Goupillier, rapporteur,

- les conclusions de M. Gabarda, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, née le 16 décembre 1939, a été prise en charge entre février et octobre 2014 dans plusieurs établissements de santé, notamment la clinique de Domont et le centre hospitalier Ambroise Paré, en raison de douleurs au genou droit. L'intéressée, qui a développé une perte de sensibilité de son pied droit et une boiterie à la suite de cette prise en charge, a saisi, le 12 octobre 2016, la commission de conciliation et d'indemnisation (CCI) d'Ile-de-France qui a ordonné la réalisation d'une expertise. Dans leur rapport du 21 avril 2017, les experts ont indiqué que la prise en charge de Mme A à la clinique de Domont et au centre hospitalier Ambroise Paré n'avait pas été conforme aux règles de l'art. Sur la base du rapport des experts, la CCI a alors estimé, dans un avis du 2 novembre 2017, que la réparation des préjudices subis par Mme A incombait, pour moitié, au praticien libéral de la clinique de Domont qui avait suivi l'intéressée et, pour moitié, à l'Assistance publique - hôpitaux de Paris (AP-HP) de laquelle relève l'hôpital Ambroise Paré. L'AP-HP a implicitement refusé d'indemniser la victime. Dans ces conditions, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), se substituant à l'AP-HP en application de l'article L. 1142-15 du code de la santé publique, a versé à Mme A la somme de 52 869,56 euros en réparation de 50 % de ses préjudices tirés du besoin d'assistance par tierce personne, des déficits fonctionnels temporaire et permanent, des souffrances endurées, de ses préjudices esthétique et d'agrément ainsi que des frais divers et frais d'assistance engagés par l'intéressée. Le 20 mai 2019, le directeur de l'ONIAM a émis puis adressé à l'AP-HP le titre exécutoire n° 2019-686 en vue de recouvrer cette somme. Par la présente requête, l'AP-HP demande l'annulation de ce titre exécutoire. L'ONIAM, subrogé dans les droits de Mme A, sollicite, pour sa part, la condamnation de l'AP-HP à lui verser la somme litigieuse avec intérêts et capitalisation des intérêts et demande qu'une pénalité correspondant à 15 % de la somme due soit infligée à la requérante. L'office demande enfin que l'AP-HP soit condamnée à lui rembourser les frais de l'expertise diligentée par la CCI.

Sur la recevabilité de la requête :

2. Aux termes de l'article R. 431-2 du code de justice administrative : " Les requêtes et les mémoires doivent, à peine d'irrecevabilité, être présentés soit par un avocat, soit par un avocat au Conseil d'Etat et à la Cour de cassation, lorsque les conclusions de la demande tendent au paiement d'une somme d'argent, à la décharge ou à la réduction de sommes dont le paiement est réclamé au requérant ou à la solution d'un litige né d'un contrat () ". Aux termes de l'article R. 431-3 du même code : " Toutefois, les dispositions du premier alinéa de l'article R. 431-2 ne sont pas applicables : 1° Aux litiges en matière de contravention de grande voirie ; 2° Aux litiges en matière de contributions directes, de taxes sur le chiffre d'affaires et de taxes assimilées ; 3° Aux litiges d'ordre individuel concernant les fonctionnaires ou agents de l'Etat et des autres personnes ou collectivités publiques ainsi que les agents ou employés de la Banque de France ; 4° Aux litiges en matière de pensions, de prestations, allocations ou droits attribués au titre de l'aide ou de l'action sociale, du logement ou en faveur des travailleurs privés d'emploi, d'emplois réservés et d'indemnisation des rapatriés ; 5° Aux litiges dans lesquels le défendeur est une collectivité territoriale, un établissement public en relevant ou un établissement public de santé ; 6° Aux demandes d'exécution d'un jugement définitif. ". Aux termes de l'article L. 1142-22 du code de la santé publique : " L'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales est un établissement public à caractère administratif de l'Etat, placé sous la tutelle du ministre chargé de la santé () ".

3. En l'espèce, la requête de l'AP-HP, qui tend à l'annulation du titre exécutoire n° 2019-686 émis le 20 mai 2019 par l'ONIAM à son encontre pour un montant de 52 869,56 euros, entre dans le champ d'application de l'article R. 431-2 du code de justice administrative. L'ONIAM, qui est, en vertu des dispositions précitées, un établissement public de l'Etat, n'entre toutefois pas dans les catégories visées à l'article R. 431-3 de ce code, et notamment à son 5°. Dans ces conditions, la présentation de la requête n'était pas dispensée du ministère d'un avocat. En dépit de l'invitation qui a été adressée à l'AP-HP par un courrier du 31 août 2022, l'AP-HP n'a pas régularisé sa requête présentée sans le ministère d'un avocat. Celle-ci est ainsi irrecevable et doit, en conséquence, être rejetée.

Sur la recevabilité des conclusions reconventionnelles de l'ONIAM :

4. Dès lors que les conclusions présentées par l'AP-HP ont été jugées irrecevables, les conclusions reconventionnelles présentées par l'ONIAM tendant à la condamnation de

l'AP-HP à lui verser la somme de 52 869,56 euros, majorée des intérêts et de leur capitalisation, la somme de 7 930,43 euros au titre de la pénalité prévue à l'article L. 1142-15 du code de la santé publique ainsi que les frais exposés dans le cadre de l'expertise diligentée par la CCI ne sont pas davantage recevables, l'ONIAM pouvant toujours, s'il s'y croit fondé, émettre à l'encontre de l'AP-HP un titre exécutoire. Elles ne peuvent dès lors qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

5. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ". La demande formée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative par l'ONIAM doit, dans les circonstances de l'espèce, être rejetée.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : La requête de l'AP-HP est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de l'ONIAM sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'Assistance publique - hôpitaux de Paris et à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales.

Délibéré après l'audience du 29 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Coblence, présidente,

Mme Fléjou, première conseillère,

et M. Goupillier, conseiller,

assistés de Mme Charleston, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 janvier 2023.

Le rapporteur,

signé

C. GoupillierLa présidente,

signé

E. Coblence

La greffière,

signé

D. Charleston

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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