jeudi 10 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2002874 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | REICHMAN SOCIETE D'AVOCAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 5 mars 2020, le 29 janvier 2021, le 30 avril 2021 et le 21 septembre 2022, ainsi que des pièces complémentaires, enregistrées le 21 mai 2021, Mme B A, représentée par Me Dulac, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 2 janvier 2020 par laquelle l'inspecteur du travail a autorisé son licenciement ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
3°) de mettre à la charge de la société Monoprix Online la somme de 2 000 euros chacun sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors que la demande d'autorisation de licenciement ne précisait pas le fondement du licenciement sollicité et que l'inspecteur du travail ne pouvait de sa propre autorité qualifier ce motif sans excéder sa compétence ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors d'une part, que sa situation correspond soit à une modification de son contrat de travail qu'elle pouvait légalement refuser, soit à un changement dans ses conditions de travail qui, portant atteinte à ses droits à la santé, au repos et à la vie personnelle et familiale, pouvait également faire l'objet d'un refus de sa part et d'autre part, qu'il s'agit en réalité d'un licenciement pour un motif économique.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 janvier 2021, la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- elle s'en remet à la sagesse du tribunal s'agissant du moyen tiré de l'erreur de droit en raison de l'irrecevabilité de la demande d'autorisation de licenciement de la société au motif que cette dernière ne mentionnerait pas le motif de licenciement ;
- aucun des autres moyens de la requête n'est fondé.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 février 2021, et des pièces enregistrées le 9 juillet 2021, la société Monoprix Online, intervenant en défense et représentée par Me Reichman, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme A sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par une ordonnance du 8 septembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 23 septembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendues au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Monteagle, rapporteure,
- les conclusions de M. Lebdiri, rapporteur public,
- les observations de Me Itela, substituant Me Dulac, pour Mme A,
- et les observations de Me Reichman, pour la société Monoprix Online.
Une note en délibéré de Mme A a été enregistrée le 20 octobre 2022.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, employée par la société Monoprix Online, était titulaire d'un contrat à durée indéterminée depuis le 28 août 2006, exerçant, en dernier lieu, les fonctions de responsable de marché. Elle disposait également du mandat de membre de la délégation unique du personnel titulaire puis, à compter du 12 décembre 2019, de membre titulaire du comité social et économique de cette entreprise. Alors que la société a déménagé en septembre 2019 du 1er arrondissement de Paris à la ville de Clichy dans les Hauts-de-Seine, Mme A a refusé de rejoindre son nouveau lieu de travail. Par un courrier du 27 novembre 2019, la société a sollicité auprès des services de l'inspection du travail des Hauts-de-Seine l'autorisation de licencier cette salariée. Par une décision du 2 janvier 2020, l'inspecteur du travail a autorisé le licenciement de Mme A. L'intéressée demande l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En vertu des dispositions du code du travail, les salariés légalement investis de fonctions représentatives bénéficient, dans l'intérêt de l'ensemble des salariés qu'ils représentent, d'une protection exceptionnelle ; que, lorsque le licenciement d'un de ces salariés est envisagé, ce licenciement ne doit pas être en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées ou l'appartenance syndicale de l'intéressé. Dans le cas où la demande de licenciement est motivée par un comportement fautif, il appartient à l'inspecteur du travail, et le cas échéant au ministre, de rechercher, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, si les faits reprochés au salarié sont d'une gravité suffisante pour justifier son licenciement, compte tenu de l'ensemble des règles applicables au contrat de travail de l'intéressé et des exigences propres à l'exécution normale du mandat dont il est investi.
3. En premier lieu, aux termes du 1er alinéa de l'article R. 2421-5 du code du travail inséré dans la sous-section relative aux demandes d'autorisation de licenciement, applicable, notamment, aux membres du comité économique et sociale : " La décision de l'inspecteur du travail est motivée ".
4. Il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée fait mention, d'une part, des mandats de Mme A, de la demande d'autorisation de licenciement ainsi que de l'entretien préalable et de l'enquête contradictoire qui ont été menés, d'autre part, des textes législatifs et réglementaires du code du travail applicable à l'espèce et, enfin, relate le déroulement de la procédure suivie, portant une appréciation sur la matérialité et la gravité du motif de licenciement présenté par l'employeur. La décision en litige comporte, ainsi, les éléments de fait et les considérations de droit qui en constituent le fondement. La circonstance que la décision n'emploie pas les adjectifs " individuel " et " disciplinaire " pour qualifier le motif du licenciement n'est pas de nature à caractériser un défaut de motivation. Par suite, le moyen doit être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 2421-10 du code du travail : " La demande d'autorisation de licenciement () énonce les motifs du licenciement envisagé ".
6. Il résulte de ces dispositions que lorsque l'employeur sollicite de l'inspecteur du travail l'autorisation de licencier un salarié protégé, il lui appartient de faire état avec précision, dans sa demande, ou le cas échéant dans un document joint à cet effet auquel renvoie sa demande, de la cause justifiant, selon lui, ce licenciement.
7. Il résulte des termes de la demande d'autorisation de licenciement du 27 novembre 2019 que la société Monoprix Online envisageait de licencier Mme A pour un motif " personnel ", en raison de son refus d'accepter un changement de son lieu de travail, conformément à son contrat de travail. En outre, au regard des termes dans lesquels cette demande était rédigée, l'inspecteur du travail a analysé la demande de la société comme une demande de licenciement pour motif individuel et disciplinaire. Par conséquent, la requérante n'est fondée à soutenir ni que la société n'aurait pas énoncé la cause justifiant le licenciement envisagé dans sa demande, ni que l'inspecteur du travail aurait méconnu sa compétence en requalifiant de sa propre autorité le fondement de la demande. Le moyen ne pourra qu'être écarté.
8. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que la société Monoprix Online a sollicité le 27 novembre 2019 l'autorisation de licencier Mme A pour motif personnel, et non pour motif économique. Dès lors, la requérante ne peut utilement soutenir que l'inspecteur du travail, qui était tenu par le fondement présenté par l'employeur, devait vérifier si les conditions d'un licenciement pour motif économique étaient réunies.
9. En dernier lieu et d'une part, le refus opposé par un salarié protégé à un changement de ses conditions de travail décidé par son employeur en vertu, soit des obligations souscrites dans le contrat de travail, soit de son pouvoir de direction, constitue, en principe, une faute. En cas d'un tel refus, l'employeur, s'il ne peut directement imposer au salarié ledit changement, doit, sauf à y renoncer, saisir l'inspecteur du travail d'une demande d'autorisation de licenciement à raison de la faute qui résulterait de ce refus. Après s'être assuré que la mesure envisagée ne constitue pas une modification du contrat de travail de l'intéressé, il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'apprécier si le refus du salarié constitue une faute d'une gravité suffisante pour justifier l'autorisation sollicitée, compte tenu de la nature du changement envisagé, de ses modalités de mise en œuvre et de ses effets, au regard tant de la situation personnelle du salarié que des conditions d'exercice de son mandat. En tout état de cause, le changement des conditions de travail ne peut avoir pour objet de porter atteinte à l'exercice de ses fonctions représentatives.
10. D'autre part, en l'absence de mention contractuelle du lieu de travail d'un salarié, la modification de ce lieu de travail constitue un simple changement des conditions de travail, dont le refus par le salarié est susceptible de caractériser une faute de nature à justifier son licenciement, lorsque le nouveau lieu de travail demeure à l'intérieur d'un même secteur géographique, lequel s'apprécie, eu égard à la nature de l'emploi de l'intéressé, de façon objective, en fonction de la distance entre l'ancien et le nouveau lieu de travail ainsi que des moyens de transport disponibles. En revanche, sous réserve de la mention au contrat de travail d'une clause de mobilité, tout déplacement du lieu de travail dans un secteur géographique différent du secteur initial constitue une modification du contrat de travail.
11. Il ressort des pièces du dossier et des termes de la décision attaquée que, pour autoriser le licenciement de Mme A, l'inspecteur du travail a estimé que le refus de l'intéressée de rejoindre son nouveau lieu de travail, alors que son employeur ne lui imposait qu'un changement dans ses conditions de travail et non une modification de son contrat de travail, était de nature à justifier la mesure de licenciement.
12. Il résulte des termes du contrat de travail de Mme A que, si son lieu de travail était fixé à Paris, il était prévu que " ce lieu de travail [puisse] être modifié et transféré à un autre endroit en région parisienne ". Il est constant qu'en septembre 2019, la société Monoprix Online a déménagé son siège de la rue de Choiseul à Paris vers la ville de Clichy (Hauts-de-Seine), commune de région parisienne, limitrophe de la capitale. Dans ces conditions, alors que l'employeur de Mme A s'est borné à mettre en œuvre la clause contractuelle de mobilité, Mme A doit être regardée comme ayant refusé un changement de ses conditions de travail, imposé par l'employeur dans le cadre de son pouvoir de direction, et non une modification de son contrat de travail.
13. Par ailleurs, si la requérante soutient que ce changement de lieu de travail porte une atteinte disproportionnée à ses droits fondamentaux, notamment son droit au repos, à la santé et à une vie personnelle et familiale, elle ne produit aucune pièce de nature à attester la réalité et l'ampleur des atteintes alléguées.
14. Enfin, Mme A, qui ne conteste aucunement avoir refusé de rejoindre son nouveau lieu de travail, n'a fait état devant son employeur d'aucun motif légitimant ce refus. Elle n'a pas non plus établi dans le cadre de cette instance la perturbation qu'elle allègue sur sa vie personnelle et familiale, l'inspecteur du travail a pu considérer que ce refus revêtait le caractère d'une faute d'une gravité suffisante pour justifier son licenciement.
15. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'erreur d'appréciation ne peut qu'être écarté.
16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme A à fin d'annulation de la décision du 2 janvier 2020 de l'inspecteur du travail autorisant son licenciement doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'État et la société Monoprix Online, qui n'ont pas la qualité de partie perdante, verse à Mme A la somme que celle-ci réclame au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
18. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme A la somme demandée par la société Monoprix Online au titre des mêmes frais.
19. L'instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, il y a lieu de rejeter les conclusions de Mme A visant à condamner l'État aux dépens.
Par ces motifs, le tribunal décide :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la société Monoprix Online présentée sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à la société Monoprix Online et au ministre du travail, du plein-emploi et de l'insertion.
Copie en sera adressée à la direction régionale et interdépartementale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Ile-de-France.
Délibéré après l'audience du 13 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Van Muylder, présidente,
Mme C et M. D, premiers conseillers,
Assistés de Mme Nimax, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2022.
La rapporteure,
signé
M. CLa présidente,
signé
C. Van Muylder
La greffière,
signé
S. Nimax
La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein-emploi et de l'insertion en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026