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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2002933

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2002933

mardi 12 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2002933
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation7ème Chambre (JU)
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS IOSCA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 mars 2020, M. B A, représenté par Me Iosca, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision " 48SI " du 24 février 2020 par laquelle le ministre de l'intérieur a invalidé son permis de conduire pour solde de points nul ;

2°) d'annuler les décisions de retrait de points consécutives aux infractions constatées les 14 mars 2018, 1er janvier, 27 mars, 3 décembre 2019 à 15h22 et à 15h28 ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer les points illégalement retirés sur son permis de conduire dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision à intervenir.

Il soutient que :

- il n'a pas reçu les informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route avant l'intervention des décisions successives de retrait de points ;

- la réalité des infractions n'est pas établie.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 juin 2020, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Rousset, vice-président, pour statuer sur les litiges en application des dispositions de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A demande l'annulation de la décision " 48SI " du 24 février 2020 invalidant son permis de conduire et des décisions de retrait de points consécutives aux infractions relevées les 14 mars 2018, 1er janvier, 27 mars et 3 décembre 2019 à 15h22 et à 15h28 ayant entrainé un retrait de treize points sur son permis de conduire.

I. Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les décisions de retrait de points :

S'agissant du moyen tiré du défaut d'information :

2. Il résulte des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route que l'accomplissement de la formalité substantielle prescrite par ces dispositions, qui constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre d'en contester la réalité et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis, conditionne la régularité de la procédure suivie et, partant, la légalité du retrait de points. L'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie que si l'auteur de l'infraction s'est vu préalablement délivrer par elle un document lui permettant de constater la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, de la remise d'un tel document.

Quant aux infractions des 14 mars 2018 (1 point), 1er janvier 2019 (1 point) et 27 mars 2019 (1 point) :

3. Lorsqu'il est établi que le titulaire du permis de conduire a payé l'amende forfaitaire prévue à l'article 529 du code de procédure pénale au titre d'une infraction constatée par radar automatique, il découle de cette seule constatation qu'il a nécessairement reçu l'avis de contravention. Eu égard aux mentions dont cet avis doit être revêtu, la même constatation conduit également à regarder comme établi que l'administration s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de l'amende, les informations requises en vertu des dispositions de l'article L. 223-3 du code de la route, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet.

4. Il résulte de l'instruction, notamment des écritures du ministre et du relevé d'information intégral édité le 22 juin 2020, que les infractions des 14 mars 2018, 1er janvier et 27 mars 2019 ont été constatées par radar automatique et que l'intéressé s'est acquitté pour ces infractions d'une amende forfaitaire respectivement les 28 mars 2018, 19 janvier 2019 et 30 avril 2019. Le règlement de l'amende forfaitaire, quelle qu'en soit la modalité choisie par le contrevenant, ne peut se faire qu'au moyen de la carte de paiement jointe à l'avis de contravention. Ces règlements différés révèlent que le requérant s'est vu remettre les avis de contravention en cause. M. A ne démontre ni même n'allègue que les avis de contravention seraient inexacts ou incomplets. Par suite, il n'est dès lors pas fondé à soutenir que les informations, dont la communication est prescrite par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, n'auraient pas été portées à sa connaissance préalablement aux retraits de ces points consécutifs aux infractions des 14 mars 2018, 1er janvier et 27 mars 2019. Dès lors le moyen doit être écarté.

Quant aux infractions du 3 décembre 2019 à 15h22 (4 points) et à 15h28 (3 points) :

5. Les dispositions portant application des articles R. 49-1 et R. 49-10 du code de procédure pénale, notamment celles des articles A. 37-15 à A. 37-18 de ce code issues de l'arrêté du 13 mai 2011 relatif aux formulaires utilisés pour la constatation et le paiement des contraventions soumises à la procédure de l'amende forfaitaire, prévoient que lorsqu'une contravention soumise à cette procédure est constatée par un procès-verbal dressé avec un appareil électronique sécurisé, sans que l'amende soit payée immédiatement entre les mains de l'agent verbalisateur, il est adressé au contrevenant un avis de contravention, qui comporte une information suffisante au regard des exigences des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, une notice de paiement qui comprend une carte de paiement et un formulaire de requête en exonération. Dès lors, le titulaire d'un permis de conduire à l'encontre duquel une infraction au code de la route est relevée au moyen d'un appareil électronique sécurisé et dont il est établi, notamment par la mention qui en est faite au système national des permis de conduire, qu'il a payé, à une date postérieure à celle de l'infraction, l'amende forfaitaire correspondant à celle-ci, a nécessairement reçu l'avis de contravention. Eu égard aux mentions dont cet avis est réputé être revêtu, l'administration doit être regardée comme s'étant acquittée envers le titulaire du permis de son obligation de lui délivrer les informations requises préalablement au paiement de l'amende, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre s'être vu remettre un avis inexact ou incomplet.

6. Il résulte du relevé d'information intégral de M. A que les infractions du 3 décembre 2019 à 15h22 et à 15h28 ont été relevées par procès-verbal électronique et ont donné lieu au paiement de l'amende forfaitaire. Si l'administration ne produit, s'agissant de ces deux infractions, ni les procès-verbaux électroniques ni les attestations de paiement établies par le comptable public, l'indication du paiement des amendes forfaitaires les 12 janvier 2020 sur le relevé d'information intégral du requérant, formalisé, pour chacune des infractions, par la mention " AF amende forfaitaire ", suffit à établir que ce dernier a nécessairement été mis en possession d'un avis de contravention et d'une carte de paiement, dont la détention est indispensable pour payer l'amende forfaitaire. Par suite, et alors que M. A n'apporte aucun élément tendant à démontrer que les documents qui lui ont été envoyés seraient inexacts ou incomplets au regard des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, le ministre doit être regardé comme apportant la preuve que les informations requises ont été délivrées au contrevenant. Dès lors, le moyen ne peut qu'être écarté.

S'agissant du moyen tiré du défaut de réalité des infractions :

7. Il résulte des dispositions des articles L. 223-1 et L. 225-1 du code de la route, combinées avec celles des articles 529 et suivants du code de procédure pénale et du premier alinéa de l'article 530 du même code, que le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à estimer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 de ce code dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou avoir formé, dans les conditions prévues à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée.

8. La mention au relevé d'information intégral du paiement des amendes forfaitaires consécutives aux infractions constatées les 14 mars 2018, 1er janvier, 27 mars, 3 décembre 2019 à 15h22 et à 15h28 établit la réalité de ces infractions. Dès lors, le moyen ne peut qu'être écarté.

9. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions de retrait de points consécutives aux infractions constatées les 14 mars 2018, 1er janvier, 27 mars, 3 décembre 2019 à 15h22 et à 15h28, par lesquelles le ministre de l'intérieur a retiré treize points sur son permis de conduire.

En ce qui concerne la décision " 48 SI " du 24 février 2020 :

10. Les conclusions à fin d'annulation des décisions de retrait de points consécutives aux infractions relevées les 14 mars 2018, 1er janvier, 27 mars et 3 décembre 2019 à 15h22 et à 15h28 ayant été rejetées par le présent jugement, le solde de points attaché au permis de conduire du requérant reste nul. Dès lors, les conclusions tendant à l'annulation de la décision " 48 SI " du 24 février 2020 du ministre de l'intérieur ne peuvent qu'être rejetées.

II. Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par M. A doivent être rejetées.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2022.

Le magistrat désigné,

signé

O. CLa greffière,

signé

D. Charleston

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2002933

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