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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2002954

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2002954

lundi 17 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2002954
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème Chambre
Avocat requérantDUROUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 10 mars et 23 octobre 2020, Mme B A, représenté par Me Borderieux, demande au tribunal :

1°) d'annuler, d'une part, la décision implicite de rejet de sa demande tendant à ce que le maire de Rueil-Malmaison dresse un constat d'infraction d'urbanisme concernant les travaux d'agrandissement réalisés sur la construction située 20 avenue de la Républiques née le 12 février 2020 du silence gardé par le maire de Rueil-Malmaison sur sa demande et, d'autre part, la décision du maire de Rueil-Malmaison en date du 21 février 2020 confirmant la décision implicite née le 12 février 2020 ;

2°) d'enjoindre au maire de Rueil-Malmaison de constater l'infraction portée à sa connaissance et d'en dresser le procès-verbal dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 € par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le maire était tenu de dresser le procès-verbal d'infraction d'urbanisme en application des dispositions de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme dès lors que la toiture de la construction de son voisin ne respecte ni la pente ni la hauteur autorisées par les permis de construire qui lui ont été délivrés ;

- le plan du géomètre sur lequel se fonde la commune, qui n'est pas signé et n'a pas été soumis au contradictoire, émane du pétitionnaire lui-même et ne permet pas de contredire les constatations visuelles par rapport à la construction voisine et aux mesures de celle-ci ;

- les cotes et mesures reproduites sur le plan du géomètre sont totalement différentes de celles mentionnées sur les plans joints au permis de construire, ce qui établit la non-conformité de la construction par rapport aux plans joints à la demande de permis de construire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 septembre 2020, la commune de Rueil Malmaison conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'il n'appartient pas au juge administratif de se prononcer sur la conformité ou la non-conformité des travaux réalisés et qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par des mémoires enregistrés les 29 juin et 1er octobre 2020, M. C E, représenté par Me Duroux, a présenté des observations et conclut au rejet de la requête. Il demande au tribunal de mettre à la charge de Mme A la somme de 2 000 € au titre des frais non compris dans les dépens.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère,

- les conclusions de Mme Chabrol, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Les 17 avril 2018 et 13 juillet 2018, deux permis de construire ont été délivrés à M. E pour des travaux d'agrandissement d'une construction située 20, avenue de la République à Rueil Malmaison. Par courrier du 10 décembre 2019, notifié le 12 décembre 2019, Mme A, résidant 18, avenue de la République, a adressé un courrier au maire de la commune pour qu'il dresse un procès-verbal d'infraction aux règles d'urbanisme résultant de la méconnaissance, par les travaux exécutés par M. E, des permis de construire qui lui avaient été délivrés. Le 16 janvier 2020, une visite du chantier a été diligentée par le maire. En l'absence de réponse de la part du maire de Rueil-Malmaison à la demande présentée par Mme A le 12 décembre 2019, une décision implicite de cette demande est née deux mois plus tard. Puis, par courrier en date du 21 février 2020, le maire de la commune a indiqué au conseil de l'intéressée que la hauteur de la construction voisine était conforme à celle mentionnée dans le permis de construire délivré. Cette réponse constitue une décision expresse de rejet de la demande présentée par Mme A.

2. Lorsqu'une décision expresse de rejet d'une demande intervient postérieurement à la naissance d'une décision implicite de rejet de cette même demande, la décision expresse se substitue à cette décision implicite et les conclusions tendant à l'annulation de cette dernière décision doivent être regardées comme tendant à l'annulation de la décision expresse. Par suite, Mme A doit être regardée comme demandant au tribunal l'annulation de la décision en date du 21 février 2020 par laquelle le maire de Rueil-Malmaison a rejeté sa demande tendant à ce qu'il dresse un constat d'infraction d'urbanisme concernant les travaux d'agrandissement réalisés sur la construction située 20 avenue de la République qui s'est substituée à la décision implicite de rejet de sa demande.

3. Alors même que le procès-verbal d'infraction dressé en application de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme a le caractère d'un acte de procédure pénale dont la régularité ne peut être apprécié que par les juridictions judiciaires, il appartient à la juridiction administrative de connaître des litiges qui peuvent naître du refus du maire de faire usage des pouvoirs qui lui sont conférés en sa qualité d'autorité administrative par les dispositions de l'article L. 480-2 du code de l'urbanisme.

4. Aux termes de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme : " Les infractions aux dispositions des titres I, II, III, IV et VI du présent livre sont constatées par tous officiers ou agents de police judiciaire ainsi que par tous les fonctionnaires et agents de l'État et des collectivités publiques commissionnés à cet effet par le maire ou le ministre chargé de l'urbanisme suivant l'autorité dont ils relèvent et assermentés. Les procès-verbaux dressés par ces agents font foi jusqu'à preuve du contraire. () Lorsque l'autorité administrative et, au cas où il est compétent pour délivrer les autorisations, le maire ou le président de l'établissement public de coopération intercommunale compétent ont connaissance d'une infraction de la nature de celles que prévoient les articles L. 610-1 et L. 480-4, ils sont tenus d'en faire dresser procès-verbal. " Il résulte de ces dispositions que si le maire est tenu, lorsqu'il a connaissance d'une infraction à la législation de l'urbanisme d'en faire dresser procès-verbal, il est cependant nécessaire que l'élément matériel de l'infraction puisse être constaté.

5. Il ressort des pièces du dossier et notamment des permis de construire délivrés à M. E que la construction projetée doit atteindre la hauteur de 8,5 mètres au niveau du faîtage et la hauteur de 8 mètres au niveau de la ligne de bris. La requérante soutient que la toiture de la construction, après les travaux effectués, ne respecte ni la pente ni la hauteur autorisées par ces permis de construire. A cet égard, elle fait valoir que la construction de M. E, au niveau du brisis, si elle respectait les permis de construire délivrés, devrait présenter un différentiel négatif de 50 cm par rapport à la construction voisine, compte tenu de la hauteur de cette dernière telle qu'elle est mentionnée dans les plans joints aux dossiers de demande de permis de construire, alors qu'il ressort des photographies qu'elle a réalisées que la construction de M. E se trouve être, au brisis, à la même hauteur que la construction voisine. Elle fait également valoir qu'il ressort des photographies qu'elle a réalisées que la toiture à la Mansart permet de constater qu'elle ne présente quasiment aucune pente. Toutefois, ces seuls éléments ne sauraient suffire à démontrer que la hauteur de la construction litigieuse et la pente de la toiture ne respecteraient pas les autorisations d'urbanisme délivrées, en l'absence de tout élément probant établissant que la construction voisine servant de point de comparaison pour la démonstration de la requérante, a été édifiée conformément aux mesures qui figurent sur les plans de construction. Au contraire, la commune produit un document établi par un géomètre selon lequel les hauteurs prescrites par les permis de construire ont été respectées. Il ressort en effet de ce document daté, établi postérieurement à la réalisation des travaux, qui porte l'attache de la société du géomètre qui l'a établi, que la construction en litige présente une hauteur de 8,28 mètres au faîtage et de 7,74 mètres au niveau de la ligne de bris et ne dépasse ainsi pas les hauteurs mentionnées dans le permis de construire, et donne au toit une pente conforme à celle annoncée dans ledit permis. En se bornant à soutenir que ce plan a été établi à la demande du pétitionnaire, qu'il n'a pas été soumis au contradictoire et n'est assorti d'aucune attestation de la part de la société de géomètre qui l'a établi, la requérante n'apporte aucun élément de nature à remettre en cause les mesures qui y figurent alors que ce plan lui a été communiqué par le maire de la commune en annexe de son courrier du 21 février 2020 et qu'au demeurant il lui était loisible de faire procéder elle-même à des mesures par un autre géomètre qu'elle aurait mandaté. Enfin, la circonstance que les hauteurs mesurées par le géomètre au faîtage et à la ligne de bris soient inférieures de quelques centimètres par rapport à celles mentionnées dans les permis de construire et la hauteur mesurée à l'égout supérieure de trois centimètres, ne constitue pas par elle-même une infraction à des règles d'urbanisme que la requérante ne précise d'ailleurs pas. Dès lors, c'est à bon droit que le maire de Rueil Malmaison a refusé de dresser un procès-verbal d'infraction à l'encontre de M. E.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles aux fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

7. Dans les circonstances particulières de l'espèce, il y a lieu de faire droit aux conclusions de M. E présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de lui accorder la somme de 1 000 €.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Mme A versera à M. E une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A, M. E et au maire de Rueil Malmaison.

Délibéré après l'audience du 8 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Feral, président, Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère et M. Amazouz, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 avril 2023.

La rapporteure,

signé

S. Cuisinier-HeisslerLe président,

signé

R. Feral

La greffière,

signé

M. D

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation

La greffière

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