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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2003052

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2003052

jeudi 4 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2003052
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème Chambre
Avocat requérantCABINET HUG & ABOUKHATER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 mars 2020, M. A B, représenté par Me Hug, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision en date du 5 mars 2020 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de Montrouge lui a refusé le rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre au directeur de l'OFII de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil et de lui verser l'allocation de demandeur d'asile à titre rétroactif à compter du mois de mai 2019 dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure en ce qu'elle méconnaît les dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- cette décision est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- la directrice territoriale de l'OFII n'a pas respecté l'ordonnance rendue par le tribunal administratif de Paris ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'aucun manquement ne saurait lui être reproché ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 avril 2022, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Par une décision du 24 septembre 2020, le bureau d'aide juridictionnelle établi près le tribunal judiciaire de Pontoise a admis M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- la loi n° 2015-925 du 29 juillet 2015 ;

- la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Féral, président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant afghan né le 1er janvier 1991, a présenté une demande d'asile qui a été enregistrée par les services de la préfecture d'Ille-et-Vilaine le 26 mars 2018 en procédure " Dublin ". Le même jour, l'intéressé a accepté l'offre de prise en charge de l'Office de l'immigration et de l'intégration (OFII) et s'est vu accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par un arrêté notifié le 18 juin 2018, le préfet a décidé son transfert aux autorités belges. Dans le cadre de la mise en œuvre de cette décision il a été déclaré en fuite et par un courrier en date du 20 juillet 2018, l'OFII lui a notifié son intention de lui suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Le 2 mai 2019, la demande d'asile de M. B a été requalifiée en procédure normale. Par décision du 7 mai 2019, l'OFII lui a retiré le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif qu'il n'avait pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités. Par ordonnance du 20 juin 2019, le juge des référés du tribunal administratif de Paris a suspendu l'exécution de cette dernière décision et a enjoint à l'OFII de réexaminer la situation de M. B. Par courrier du 5 décembre 2019, l'intéressé a présenté auprès de l'OFII une demande de rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par décision du 5 mars 2020, dont M. B demande l'annulation par la présente requête, la directrice territoriale de l'OFII de Montrouge lui a refusé le rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par ordonnance du 5 mars 2020, le juge des référés du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a suspendu l'exécution de cette décision et a enjoint à l'OFII de rétablir au requérant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans un délai de quinze jours.

2. En premier lieu, il résulte des dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que tout demandeur d'asile doit bénéficier d'un entretien personnel, destiné à évaluer sa vulnérabilité, lors de la présentation de sa première demande d'asile. En revanche, ces dispositions n'imposent pas qu'un tel entretien soit à nouveau mené, préalablement à la décision refusant le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. Ainsi, M. B, qui a bénéficié d'un entretien de vulnérabilité lors de l'enregistrement de sa demande d'asile, le 26 mars 2018, ne peut utilement se prévaloir de l'absence d'un tel entretien avant que l'Office français de l'immigration et de l'intégration édicte la décision du 5 mars 2020. Au demeurant, l'OFII a réexaminé, dans le cadre d'un entretien, la situation de M. B, notamment sa vulnérabilité, le 4 mars 2020, préalablement à la décision litigieuse. Par suite, le moyen doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la motivation de la décision attaquée ni des autres pièces du dossier qu'avant de refuser de rétablir les conditions matérielles d'accueil au bénéfice de M. B, l'OFII n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle. Par suite, le moyen tiré du défaut d'un tel examen doit être écarté.

4. En troisième lieu, eu égard à leur caractère provisoire, les décisions du juge des référés n'ont pas, au principal, l'autorité de la chose jugée, elles sont néanmoins, conformément au principe rappelé à l'article L.11 du code de justice administrative, exécutoires et, en vertu de l'autorité qui s'attache aux décisions de justice, obligatoires. Il en résulte notamment que lorsque le juge des référés a prononcé la suspension d'une décision administrative et qu'il n'a pas été mis fin à cette suspension, soit par l'aboutissement d'une voie de recours, soit dans les conditions prévues à l'article L. 521-4 du code de justice administrative, soit par l'intervention d'une décision au fond, l'administration ne saurait légalement reprendre une même décision sans qu'il ait été remédié au vice que le juge des référés avait pris en considération pour prononcer la suspension.

5. Par ordonnance n°1911010 du 20 juin 2019, le juge des référés du tribunal administratif de Paris a suspendu l'exécution de la décision en date du 7 mai 2019 par laquelle l'OFII a retiré à M. B le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. La décision attaquée, qui rejette la demande de rétablissement qu'il a présentée le 5 décembre 2019, n'a pas le même objet que la décision dont l'exécution a été suspendue par le juge des référés. Dès lors, M. B n'est pas fondé à soutenir que la directrice territoriale de l'OFII de Montrouge ne pouvait, sans méconnaître l'ordonnance du juge des référés, prendre la décision attaquée. Au demeurant, il a été mis fin à cette suspension par l'intervention d'une décision au fond le 9 juillet 2020. Par suite, le moyen doit être écarté.

6. En quatrième et dernier lieu, Aux termes de l'article L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au présent litige : " Tout étranger présent sur le territoire français et souhaitant demander l'asile se présente en personne à l'autorité administrative compétente, qui enregistre sa demande et procède à la détermination de l'Etat responsable en application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013 (). / Lorsque l'enregistrement de sa demande d'asile a été effectué, l'étranger se voit remettre une attestation de demande d'asile (). ". L'article L. 742-1 du même code, dans sa rédaction applicable au litige, prévoit que : " Lorsque l'autorité administrative estime que l'examen d'une demande d'asile relève de la compétence d'un autre Etat qu'elle entend requérir, l'étranger bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français jusqu'à la fin de la procédure de détermination de l'Etat responsable de l'examen de sa demande et, le cas échéant, jusqu'à son transfert effectif à destination de cet Etat. L'attestation délivrée en application de l'article L. 741-1 mentionne la procédure dont il fait l'objet. Elle est renouvelable durant la procédure de détermination de l'Etat responsable et, le cas échéant, jusqu'à son transfert effectif à destination de cet Etat ". L'article L. 744-1 du même code, dans sa rédaction applicable au litige, dispose que les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile, au sens de la directive du 26 juin 2013, " sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de la demande d'asile (). Les conditions matérielles d'accueil comprennent les prestations et l'allocation prévues au présent chapitre () ". L'article L. 744-9 de ce même code, en vigueur à la date de la décision contestée, prévoit que " Le demandeur d'asile qui a accepté les conditions matérielles d'accueil proposées en application de l'article L. 744-1 bénéficie d'une allocation pour demandeur d'asile s'il satisfait à des conditions d'âge et de ressources. L'Office français de l'immigration et de l'intégration ordonne son versement dans l'attente de la décision définitive lui accordant ou lui refusant une protection au titre de l'asile ou jusqu'à son transfert effectif vers un autre Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile () ".

7. Aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction résultant de la loi du 29 juillet 2015 relative à la réforme du droit d'asile : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être : / 1° Suspendu si, sans motif légitime, le demandeur d'asile a abandonné son lieu d'hébergement déterminé en application de l'article L. 744-7, n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités, n'a pas répondu aux demandes d'informations ou ne s'est pas rendu aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile () ". Si les termes de cet article ont été modifiés par différentes dispositions du I de l'article 13 de la loi du 10 septembre 2018 pour une immigration maîtrisée, un droit d'asile effectif et une intégration réussie, il résulte du III de l'article 71 de cette loi que ces modifications, compte tenu de leur portée et du lien qui les unit, ne sont entrées en vigueur ensemble qu'à compter du 1er janvier 2019 et ne s'appliquent qu'aux décisions initiales, prises à compter de cette date, relatives au bénéfice des conditions matérielles d'accueil proposées et acceptées après l'enregistrement de la demande d'asile. Les décisions relatives aux conditions matérielles d'accueil accordées avant le 1er janvier 2019 restent régies par les dispositions antérieures à la loi du 10 septembre 2018.

8. Il résulte de ces dispositions que les conditions matérielles d'accueil sont proposées au demandeur d'asile par l'OFII après l'enregistrement de la demande d'asile auquel il est procédé en application de l'article L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si, par la suite, les conditions matérielles proposées et acceptées initialement peuvent être modifiées, en fonction notamment de l'évolution de la situation du demandeur ou de son comportement, la circonstance que, postérieurement à l'enregistrement de sa demande, l'examen de celle-ci devienne de la compétence de la France n'emporte pas l'obligation pour l'Office de réexaminer, d'office et de plein droit, les conditions matérielles d'accueil qui avaient été proposées et acceptées initialement par le demandeur. Dans le cas où les conditions matérielles d'accueil ont été suspendues sur le fondement de l'article L. 744-8, dans sa rédaction issue de la loi du 29 juillet 2015, le demandeur peut, notamment dans l'hypothèse où la France est devenue responsable de l'examen de sa demande d'asile, en demander le rétablissement. Il appartient alors à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, pour statuer sur une telle demande de rétablissement, d'apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.

9. D'une part, le formulaire d'offre de prise en charge, signé par le requérant le 26 mars 2018, mentionne que l'intéressé " certifie avoir été informé dans une langue [qu'il comprend] des conditions et modalités de suspension, de retrait et de refus des conditions matérielles d'accueil ".

10. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. B, qui ne fait état de la présence d'aucun membre de sa famille sur le territoire français et qui était âgé de vingt-neuf ans à la date de la décision attaquée, ne présente aucun élément de nature à attester d'une vulnérabilité particulière ou de besoins spécifiques en matière d'accueil en se bornant à alléguer que son état de santé nécessite un suivi régulier sans toutefois produire le moindre justificatif à l'appui de cette allégation. Par ailleurs, si l'intéressé soutient que l'OFII n'établit pas qu'il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti, il est toutefois précisé dans sa demande de rétablissement adressée à l'OFII que: " Vous évoquez la non présence aux convocations comme motif de résiliation de l'ADA. Monsieur ne conteste pas les faits ". En outre, ainsi que le fait valoir l'OFII en défense, M. B n'apporte aucune explication sur les raisons pour lesquelles il est resté sans attestation de demandeur d'asile valide entre le 2 septembre 2018 et le 1er mai 2019, période au cours de laquelle, placé en procédure dite " Dublin ", il aurait dû exécuter son transfert vers le pays responsable de sa demande d'asile, méconnaissant ainsi les exigences des autorités chargées de l'asile. Par suite, au regard de l'ensemble des circonstances de l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en refusant de rétablir ses conditions matérielles d'accueil, le directeur général de l'OFII aurait entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Hug et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 15 juin 2022 à laquelle siégeaient :

M. Féral, président,

Mme Lorin, première conseillère et M. Amazouz, premier conseiller,

assistés de Mme Chanson, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 août 2022.

Le président,

signé

R. FéralL'assesseure la plus ancienne dans l'ordre du tableau,

signé

C. Lorin

La greffière,

signé

A. Chanson

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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