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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2003193

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2003193

vendredi 22 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2003193
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantJUSTINIEN & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 mars 2020, la SARL CUI BONO IMMO, représentée par Me Justinien, avocat, demande au Tribunal :

1°) de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés pour la période du 1er janvier au 31 décembre 2012, ainsi que des pénalités correspondantes, pour un montant total de 116 409 euros ;

2°) d'ordonner la restitution de la somme de 116 928 euros, correspondant à de la taxe sur la valeur ajoutée indûment acquittée, assortie des intérêts moratoires ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 951,68 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La SARL CUI BONO IMMO soutient que :

- l'opération de cession de la maison située 22, rue des Palombes à Lège-Cap-Ferret ne pouvait pas être soumise à la taxe sur la valeur ajoutée, l'ampleur des travaux réalisés sur cet immeuble ne permettant pas de le regarder comme neuf au sens du 2. du I de l'article 257 du code général des impôts ;

- l'administration fiscale a méconnu sa propre doctrine référencée BOI-TVA-IMM-10-10-10-20 paragraphes n°s 170 et 280 ;

- cette opération n'est pas soumise à la taxe sur la valeur ajoutée, dès lors qu'elle n'a opté, dans l'acte constatant la mutation de propriété, pour le régime d'imposition sur la marge acquittée.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 avril 2020, la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

La directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise fait valoir que les moyens invoqués par la SARL CUI BONO IMMO ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Villette, conseiller ;

- et les conclusions de M. Prost, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. À la suite d'un contrôle sur pièces dont a fait l'objet la SARL CUI BONO IMMO, qui exerce une activité de marchand de biens immobiliers, l'administration fiscale lui a notifié, par une proposition de rectification du 29 juin 2015, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2012, résultant de la taxation de l'intégralité du produit de la cession d'un immeuble situé 22, rue des Palombes à Lège-Cap-Ferret. Ces impositions supplémentaires ont été mises en recouvrement par un avis du 15 septembre 2015. Par une réclamation préalable du 19 janvier 2016, rejetée par l'administration fiscale le 16 janvier 2020, la société requérante a contesté ces impositions. Par cette requête, la SARL CUI BONO IMMO demande au Tribunal de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés pour la période du 1er janvier au 31 décembre 2012, ainsi que des pénalités correspondantes, pour un montant de 116 409 euros, et la restitution des cotisations de taxe sur la valeur ajoutée qu'elle a acquittées au titre de cette période, pour un montant de 116 928 euros.

Sur les conclusions aux fins de décharge et de restitution :

Sur le terrain de la loi fiscale :

2. Aux termes de l'article 261 du code général des impôts : " Sont exonérés de la taxe sur la valeur ajoutée : () 5. (Opérations immobilières) : / 1° Les livraisons de terrains qui ne sont pas des terrains à bâtir au sens du 1° du 2 du I de l'article 257 ; / 2° Les livraisons d'immeubles achevés depuis plus de cinq ans () ". Aux termes de l'article 257 du même code : " I. - Les opérations concourant à la production ou à la livraison d'immeubles sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée dans les conditions qui suivent () 2. Sont considérés : () 2° Comme immeubles neufs, les immeubles qui ne sont pas achevés depuis plus de cinq années, qu'ils résultent d'une construction nouvelle ou de travaux portant sur des immeubles existants qui ont consisté en une surélévation ou qui ont rendu à l'état neuf : / a) Soit la majorité des fondations ; / b) Soit la majorité des éléments hors fondations déterminant la résistance et la rigidité de l'ouvrage ; / c) Soit la majorité de la consistance des façades hors ravalement ; / d) Soit l'ensemble des éléments de second œuvre tels qu'énumérés par décret en Conseil d'Etat, dans une proportion fixée par ce décret qui ne peut être inférieure à la moitié pour chacun d'entre eux () ". Aux termes de l'article 245 A de l'annexe II au code général des impôts : " I. - Pour l'application du d du 2° du 2 du I de l'article 257 du code général des impôts, les éléments de second œuvre à prendre en compte sont les suivants : / a. les planchers ne déterminant pas la résistance ou la rigidité de l'ouvrage ; / b. les huisseries extérieures ; / c. les cloisons intérieures ; / d. les installations sanitaires et de plomberie ; / e. les installations électriques ; / f. et, pour les opérations réalisées en métropole, le système de chauffage. / II. - La proportion prévue au d du 2° du 2 du I de l'article 257 du code général des impôts est fixée à deux tiers pour chacun des éléments mentionnés au I. ".

3. Il résulte de l'application combinée de ces dispositions que l'assujettissement à la taxe sur la valeur ajoutée d'immeubles considérés comme neufs à la suite de travaux portant sur des éléments de second œuvre est subordonné à la condition que ces travaux aient porté sur chacun des éléments de second œuvre tels qu'énumérés à l'article 245 A de l'annexe II au code général des impôts.

4. Il résulte de l'instruction, notamment de la demande de permis de construire concernant l'immeuble en litige, des plans de l'architecte et de la notice descriptive, ainsi que du devis des travaux produit par la requérante, que l'ensemble des éléments de second œuvre mentionnés par l'article 245 A de l'annexe II du code général des impôts ont fait l'objet de travaux. Il résulte, en effet, de l'instruction que ces travaux, achevés le 31 août 2010, ont entraîné la création de 101,40 mètres carrés de surface hors œuvre nette, et la destruction ou la transformation en surface hors œuvre brute de 140,30 mètre carrés de la surface hors œuvre nette initiale, qui était de 237,50 mètres carrés. Par ailleurs, ces travaux ont abouti au remplacement des huisseries et au percement d'au moins dix ouvertures extérieures, à l'abattement et à la pose de nouvelles parois distributives, à la destruction de l'atelier attenant à la maison d'habitation, à la création de trois nouvelles salles de bains et à la pose de trois toilettes supplémentaires, ainsi qu'à la réfection de l'intégralité de l'installation électrique, avec l'installation d'un nouveau tableau électrique et le raccordement à la terre, de telle sorte que plus des deux tiers des éléments de second œuvre visés aux a. à e. de l'article 245 A de l'annexe II au code général des impôts ont été affectés par ces travaux. En outre, il résulte de l'instruction que l'installation de chauffage central a été vidangée, que l'ensemble des radiateurs ont été démontés puis réinstallés à de nouveaux endroits, et que trois radiateurs sèche-serviettes ont été posés, impliquant une modification de la tuyauterie. La société requérante, qui supporte la charge de la preuve en application des dispositions de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales, n'établit pas que ces travaux n'auraient pas affecté plus des deux tiers du système de chauffage initial. Dans ces conditions, l'immeuble en litige ne pouvant être regardé comme ayant été achevé depuis plus de cinq ans et ne pouvant, dès lors, bénéficier de l'exonération prévue à l'article 261 du code général des impôts, c'est à bon droit que le service vérificateur à soumis le produit de sa vente à la taxe sur la valeur ajoutée.

5. Aux termes de l'article 260 du code général des impôts : " Peuvent sur leur demande acquitter la taxe sur la valeur ajoutée : () 5° bis Les personnes qui réalisent une opération visée au 5 de l'article 261 () ".

6. La vente de l'immeuble litige ne pouvant pas, ainsi qu'il vient d'être dit, bénéficier de l'exonération de taxe sur la valeur ajoutée prévue à l'article 261 du code général des impôts, le moyen tiré de ce que la SARL CUI BONO IMMO n'aurait pas opté pour le régime d'imposition à la taxe sur la valeur ajoutée sur la marge, prévu à l'article 260 du code général des impôts, ne peut qu'être écarté.

Sur le terrain de l'interprétation administrative de la loi fiscale :

7. La SARL CUI BONO IMMO ne peut utilement se prévaloir, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, des paragraphes n°s 170 et 280 de l'instruction administrative référencée BOI-TVA-IMM-10-10-10-20, publiée le 12 septembre 2012, postérieurement aux opérations en litige, et qui, au demeurant, ne comportent pas une interprétation de la loi fiscale différente de celle dont il lui a été fait application dans le présent jugement.

8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité de la requête, que les conclusions aux fins de décharge et de restitution de la requête de la SARL CUI BONO IMMO doivent être rejetées.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

9. L'État n'étant pas la partie perdante à l'instance, il y a lieu de rejeter les conclusions de la SARL CUI BONO IMMO présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de la SARL CUI BONO IMMO est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL CUI BONO IMMO et au directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 11 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Kelfani, président, Mme A et M. Villette, conseillers.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2023.

Le rapporteur,

signé

G. VILLETTE

Le président,

signé

K. KELFANI La greffière,

signé

A. CHANSON

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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