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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2003587

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2003587

vendredi 16 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2003587
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème Chambre
Avocat requérantMAYET & PERRAULT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 mars 2020, la société AUTOCARS DELION SAS, représentée par Me Mayet, demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision du 26 septembre 2019 par laquelle l'inspectrice du travail de l'unité départementale des Hauts-de-Seine de la DIRECCTE (devenue DRIEETS) Ile-de-France a refusé d'autoriser le licenciement pour faute de M. B C ensemble la décision de rejet implicite du ministre née le 8 mars 2020 ;

2°) d'enjoindre à l'inspecteur du travail de statuer sur l'autorisation de licenciement de M. C dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que l'administration a commis une erreur d'appréciation quant à la gravité des faits reprochés à M. C.

La requête a été communiquée au ministre du travail et à M. C qui n'ont pas produit d'observation.

Par une ordonnance du 13 juin 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 22 juillet 2022 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Colin, rapporteure ;

- les conclusions de Mme Riedinger, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Mayet représentant la société AUTOCARS DELION.

Considérant ce qui suit :

1. M. C exerce les fonctions de conducteur-receveur de car dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée depuis le 12 novembre 2014 au sein de la société AUTOCARS DELION. Il est titulaire des mandats de membre de la délégation unique du personnel élargi, du comité d'entreprise et du CHSCT. Le 29 juillet 2019, la société AUTOCARS DELION a sollicité l'autorisation de licencier M. C pour motif disciplinaire. Par une décision du 26 septembre 2019 l'inspectrice du travail a refusé d'accorder l'autorisation sollicitée. Par une décision implicite de rejet née le 8 mars 2020, la ministre du travail a rejeté le recours hiérarchique formé par la société AUTOCARS DELION. Par la présente requête, la société AUTOCARS DELION demande au tribunal d'annuler ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En vertu des dispositions du code du travail, le licenciement des salariés légalement investis de fonctions représentatives, qui bénéficient d'une protection exceptionnelle dans l'intérêt de l'ensemble des travailleurs qu'ils représentent, ne peut intervenir que sur autorisation de l'inspecteur du travail. Lorsque leur licenciement est envisagé, celui-ci ne doit pas être en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées ou avec leur appartenance syndicale. Dans le cas où la demande de licenciement est motivée par un comportement fautif, il appartient à l'inspecteur du travail saisi et, le cas échéant, au ministre compétent, de rechercher, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, si les faits reprochés au salarié sont d'une gravité suffisante pour justifier le licenciement, compte tenu de l'ensemble des règles applicables au contrat de travail de l'intéressé et des exigences propres à l'exécution normale du mandat dont il est investi.

3. Pour refuser d'autoriser le licenciement de M. C, l'inspectrice du travail a estimé que les faits reprochés par la société AUTOCARS DELION, tirés de ce que le 8 juillet 2022, M. C, alors qu'il devait récupérer des voyageurs à 13h 47 en gare du nord, les acheminer et les déposer avec leurs bagages à 15h à la gare de Lyon, a posé une décharge syndicale en début d'après-midi, sans délai de prévenance, dans le but de se soustraire à la mission qui lui avait été confiée, n'étaient pas d'une gravité suffisante dès lors qu'ainsi qu'il ressort du témoignage de l'un de ses collègues sur le point d'être licencié, cette heure de délégation était justifié par son appel, qu'en outre l'employeur avait déjà toléré un bref délai de prévenance le 5 juillet précédent pour poser une décharge syndicale et qu'ayant le matin même porté les bagages de voyageurs, il ne pouvait lui être reproché d'avoir eu l'intention de se soustraire à cette tâche.

4. Toutefois, d'une part, la circonstance que M. C ait assuré le service de portage de bagage lors de son service du matin pour le compte du même voyagiste est insuffisante à elle seule pour établir, qu'il ne pouvait avoir eu l'intention, comme il l'a indiqué par téléphone à 14h20 à M. A, agent de régulation, qui a témoigné en ce sens, de poser une décharge syndicale pour se soustraire à ce service l'après-midi. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que le comportement de M. C a entrainé des conséquences préjudiciables pour son employeur qui a dû refacturer le coût des taxis nécessaires pour réacheminer l'ensemble des voyageurs, soit 39 touristes étrangers, de la gare du Nord à la gare de Lyon et dont l'image a été altérée auprès du voyagiste. Enfin M. C a fait l'objet de plusieurs sanctions disciplinaires précédentes , à savoir une mise à pied de 3 jours par décision du 7 juillet 2017, en raison d'un comportement provocateur et inacceptable à l'égard d'un supérieur hiérarchique, d'un avertissement par décision du 4 décembre 2018, pour avoir déposé des clients au mauvais endroit le 26 septembre 2018 et enfin, la mise à pied de 5 jours qui lui a été infligée par décision du 15 juin 2016, en raison de sa participation à un mouvement de blocage illicite de sortie des véhicules à l'occasion d'un mouvement de grève, a été confirmée par jugement du Conseil de Prud'hommes de Nanterre du 22 juin 2018. Dans ces conditions, la société requérante est fondée à soutenir que l'inspecteur du travail a commis une erreur d'appréciation en estimant que les faits reprochés à M. C, dont la matérialité n'est pas contestée, n'étaient pas d'une gravité suffisante pour justifier son licenciement.

5. Il résulte de tout ce qui précède que la société AUTOCARS DELION est fondée à demander l'annulation de la décision du 26 septembre 2019 par laquelle l'inspectrice du travail a refusé d'autoriser le licenciement pour faute de M. C et par voie de conséquence celle de la décision de rejet implicite de la ministre du travail née le 8 mars 2020.

Sur les conclusions à fin d'injonction

6. L'annulation de la décision refusant d'autoriser le licenciement d'un salarié protégé a pour seul effet de saisir à nouveau l'administration de la demande d'autorisation initialement formée par l'employeur. Par suite, il y a lieu d'enjoindre à l'inspecteur du travail compétent de procéder au réexamen de la demande d'autorisation de licenciement de M. C présentée par la société AUTOCARS DELION, dans un délai qu'il convient de fixer à trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais du litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à la société AUTOCARS DELION d'une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La décision de l'inspecteur du travail du 26 septembre 2019 refusant d'autoriser le licenciement de M. C pour motif disciplinaire et la décision implicite du ministre du travail du 8 mars 2020 confirmant cette décision sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint à l'inspecteur du travail compétent de procéder au réexamen de la demande d'autorisation de licenciement de M. C présentée par la société AUTOCARS DELION dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à la société AUTOCARS DELION la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société AUTOCARS DELION, au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion et à M. B C.

Copie en sera adressée à la DRIEETS Ile de France.

Délibéré après l'audience du 30 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Le Griel, présidente ;

Mem Colin, première conseillère ;

Mme Debourg, conseillère ;

assistées de Mme Bonfanti, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juin 2023.

La rapporteure,

Signé

C. Colin

La présidente,

Signé

H. Le Griel

La greffière,

Signé

D. Bonfanti

La République mande et ordonne au ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation, la greffière.

N°2003587

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