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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2003657

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2003657

jeudi 21 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2003657
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre (J.U.)
Avocat requérantCABINET KIRMEN & LEFEBVRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 mars 2020, M. C, représenté par Me Lefebvre, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision référencée " 48 SI " en date du 20 décembre 2019 par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté l'invalidité de son permis de conduire pour solde de points nul ;

2°) d'annuler les décisions de retrait de points afférentes aux infractions constatées les 24 mai, 13 mars, 1er juin, 5 juin, 29 août, 7 octobre et 20 décembre 2015, les 23 avril et 30 avril 2016, le 22 août 2017, les 13 avril, 18 avril et 31 mars 2018 et le 3 juin 2019.

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer les points illégalement retirés ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

Il soutient qu'il n'a pas reçu les informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route avant l'intervention des décisions de retrait de points qui ne lui ont pas été notifiées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 juillet 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Coblence, première conseillère, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Vu la décision par laquelle la magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite d'infractions au code de la route, le ministre de l'intérieur a retiré des points au capital affecté au permis de conduire de M. C. Après avoir constaté que le nombre de points de ce permis de conduire, initialement crédité de douze points, était nul, le ministre de l'intérieur a, par décision du 20 décembre 2019, prononcé l'invalidation de ce permis et ordonné à M. C de restituer son titre de conduite. M. C demande l'annulation des retraits de points prononcés suite aux infractions constatées les 13 mars 2015, 24 mai 2015, 1er juin 2015, 5 juin 2015, 29 août 2015, 7 octobre 2015, 20 décembre 2015, 23 avril 2016, 30 avril 2016, 22 août 2017, 31 mars 2018, 13 avril 2018, 18 avril 2018, 3 juin 2019 et de la décision du 20 décembre 2019 susmentionnée.

Sur la fin de non-recevoir opposée par le ministre de l'intérieur :

2. Il résulte des mentions du relevé d'information intégral que les points retirés à la suite des infractions constatées les 5 juin 2015, 7 octobre 2015, 20 décembre 2015, 30 avril 2016, 22 août 2017 et 18 avril 2018 ont été restitués respectivement les 19 février 2016, 27 juillet 2016, 27 octobre 2016, 17 février 2017, 30 juillet 2018 et le 21 février 2019 en application de l'article L. 233-6 du code de la route. Dès lors, les conclusions à fin d'annulation des décisions de retraits de points consécutifs à ces infractions, qui étaient sans objet avant même l'introduction de la requête, sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité des décisions successives de retraits de points :

S'agissant du moyen tiré de la notification de ces décisions :

3. Les conditions de la notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire, prévues par les dispositions de l'article L. 223-3 du code de la route, ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et partant la légalité de ces retraits. Cette notification a pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont il dispose pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. La circonstance que l'administration ne soit pas en mesure d'apporter la preuve que la notification des retraits successifs, effectuée par lettre simple, a bien été reçue par son destinataire, ne saurait lui interdire de constater que le permis a perdu sa validité, dès lors que la décision procédant au retrait des derniers points récapitule les retraits antérieurs et les rend ainsi opposables au conducteur. M. C ne saurait dès lors utilement se prévaloir de ce que divers retraits de points ne lui auraient pas été notifiés avant l'intervention de la décision constatant la perte de validité de son permis de conduire. Par suite, le moyen doit être écarté.

S'agissant du moyen tiré du défaut d'information préalable :

4. La délivrance, au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et, éventuellement, d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé.

Quant à l'infraction du 24 mai 2015 (un point) :

5. Il résulte du relevé d'information intégral afférent au permis de conduire de M. C que cette infraction a été relevée par radar automatique et que le requérant a payé l'amende forfaitaire. Si l'administration ne produit, s'agissant de cette infraction, ni le procès-verbal électronique ni l'attestation de paiement établie par le comptable public, l'indication du paiement de l'amende forfaitaire le 7 juin 2015 sur le relevé intégral de M. C, formalisé, par la mention " AF amende forfaitaire ", suffit à établir que ce dernier a nécessairement été mis en possession d'un avis de contravention et d'une carte de paiement dont la détention est indispensable pour payer l'amende forfaitaire. Par suite, et alors que M. C n'apporte aucun élément tendant à démontrer que les documents qui lui ont été envoyés seraient inexacts ou incomplets au regard des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, le ministre doit être regardé comme apportant la preuve que les informations requises ont été délivrées au contrevenant. Dès lors, le moyen ne peut qu'être écarté.

Quant aux infractions des 1er juin 2015 (un point) et 29 août 2015 (un point) :

6. Il résulte du relevé d'information intégral afférent au permis de conduire de M. C que ces infractions ont été relevées par radar automatique. Il résulte également des mentions de ce relevé que ces infractions ont donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée. Il ne résulte toutefois pas de l'instruction que M. C a payé les avis d'amendes forfaitaires majorées relatifs à ces infractions. Dans ces conditions, le ministre n'établit pas la preuve qui lui incombe que le contrevenant aurait reçu l'ensemble des informations exigées par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. M. C est, dès lors, fondé à soutenir que les retraits de points afférents à ces infractions doivent être annulés.

Quant aux infractions des 13 mars 2015 (un point) et 23 avril 2016 (un point) :

7. Si le ministre de l'intérieur se prévaut de l'envoi en recommandé des avis d'amende forfaitaire majorée correspondant aux infractions des 13 mars 2015 et 23 avril 2016, qui n'ont fait l'objet d'aucune paiement par M. C et produit des enveloppes qui ont été présentées et sont revenues au service expéditeur revêtues de la mention " pli avisé et non réclamé " assorties d'une date de présentation, ces documents ne permettent pas d'établir que ces plis ont été adressés au requérant et à son domicile faute de mention visible de l'adresse du destinataire. Dès lors, le ministre de l'intérieur n'apporte pas la preuve que les informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ont été transmises à M. C. Par suite, les retraits de décisions portant retrait de points à la suite des infractions des 13 mars 2015 et 23 avril 2016 doivent être annulées.

Quant aux infractions des 31 mars 2018 (un point) et 13 avril 2018 (un point) :

8. En ce qui concerne les infractions relevées par radar automatique les 31 mars 2018 et 13 avril 2018, le ministre de l'intérieur produit les attestations du trésorier principal du contrôle automatisé relatif à l'encaissement du montant de l'amende forfaitaire majorée afférente à ces contraventions. Ces paiements de l'amende forfaitaire établissent que M. C a reçu un avis d'amende forfaitaire majorée, lequel mentionne les informations prévues par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que, pour les infractions susmentionnées, il n'a pas reçu les informations exigées. Le moyen doit, dès lors, être écarté.

Quant à l'infraction du 3 juin 2019 (3 points) :

9. Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant un retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées.

10. Il résulte de l'instruction, et notamment des pièces produites en défense par le ministre de l'intérieur, que l'infraction commise le 3 juin 2019 a été constatée au moyen d'un procès-verbal électronique que l'intéressé a signé. La signature de M. C établit que les informations lui ont bien été délivrées et le moyen doit être écarté.

S'agissant de la réalité des infractions :

11. Il résulte de l'instruction, et notamment des mentions du relevé d'information intégral afférent au permis de conduire de M. C que le requérant s'est acquitté de l'amende forfaitaire à la suite de l'infraction commise le 24 mai 2015 et que les infractions des 31 mars 2018, 13 avril 2018 et 3 juin 2019 ont donné lieu à l'émission d'une amende forfaitaire majorée établissant ainsi, en application des dispositions de l'article L. 223-1 du code de la route, la réalité des infractions.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. C est seulement fondé à demander l'annulation des décisions de retrait de points constatées les 1er juin 2015 (un point), 29 août 2015 (un point), 13 mars 2015 (un point) et 23 avril 2016 (un point).

En ce qui concerne la légalité de la décision " 48 SI " du 20 décembre 2019 :

13. En vertu de dispositions de l'article L. 223-1 du code de la route, le permis de conduire ne perd sa validité qu'en cas de solde de points nuls. Il résulte de ce qui précède que les retraits de points consécutifs aux infractions des 13 mars 2015, 1er juin 2015, 29 août 2015 et 23 avril 2016 doivent être annulés. Compte tenu des points annulés par le présent jugement, le solde de points du permis de conduire de M. C n'était pas nul et celui-ci est, par suite, également fondé à demander l'annulation de la décision " 48 SI " du ministre de l'intérieur constatant la perte de validité de son permis de conduire.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

14. L'annulation contentieuse d'une décision portant invalidation d'un permis de conduire à raison de l'illégalité d'un ou de plusieurs des retraits de points qui la fondent implique nécessairement que l'administration reconnaisse à l'intéressé le bénéfice des points illégalement retirés. Elle doit à cette fin les rétablir dans le traitement automatisé mentionné à l'article L. 225-1 du code de la route et reconstituer le capital de points attaché au permis de conduire tel qu'il devrait être, à la date où le jugement est exécuté, si les retraits illégaux n'étaient jamais intervenus, le cas échéant en faisant application des règles relatives au permis probatoire et des règles de reconstitution automatique prévues à l'article L. 223-6 du code de la route. Le capital de points détenu à cette date résulte toutefois également des décisions de retrait ou de reconstitution de points qu'il appartient à l'administration de prendre à raison de circonstances qui n'avaient pu être prises en compte aussi longtemps que l'invalidation annulée était exécutoire, telles que des infractions autres que celles qui avaient fondé les retraits contestés devant le juge, et des conséquences de ces nouvelles décisions sur l'application des règles relatives au permis probatoire et aux reconstitutions automatiques.

15. Dans ces circonstances, et compte tenu des motifs de l'annulation retenus, si l'exécution du présent jugement implique nécessairement que le ministre de l'intérieur prenne une nouvelle décision sur le capital de points et le droit de conduire de M. C après avoir tiré toutes les conséquences du présent jugement, elle n'implique en revanche pas nécessairement que le ministre procède à la reconstitution du capital de points affecté au permis de conduire de M. C et qu'il restitue à ce dernier son titre de conduite. Dès lors, il y a seulement lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur, après avoir tiré toutes les conséquences du présent jugement, de prendre une nouvelle décision sur le capital de points et le droit de conduire de M. C dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

16. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit à la demande présentée par M. C sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : Les décisions référencées " 48 " par lesquelles le ministre de l'intérieur a retiré des points du permis de conduire de M. C à la suite des infractions commises les 13 mars 2015, 1er juin 2015, 29 août 2015 et 23 avril 2016 sont annulées.

Article 2 : La décision référencée " 48 SI " du 20 décembre 2019, en tant qu'elle constate que le permis de conduire de M. C a perdu sa validité, est annulée.

Article 3 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de reconnaître à M. C le bénéfice des points retirés à la suite des infractions mentionnées à l'article 1er ci-dessus, sous réserve qu'ils aient déjà été restitués, et, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, de réexaminer la situation du requérant pour en tirer les conséquences sur le capital de points et le droit de conduire de l'intéressé.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 juillet 2022.

La magistrate désignée,

Signé

E. BLa greffière,

Signé

V. Ricaud

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation,

La greffière

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