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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2003753

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2003753

jeudi 21 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2003753
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre (J.U.)
Avocat requérantARTAUD BELFIORE CASTILLON GREBILLE-ROMAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 mars 2020, M. B, représenté par Me Grebille-Roman, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision référencée " 48 SI " en date du 6 mars 2020 par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté l'invalidité de son permis de conduire pour solde de points nul ;

2°) d'annuler les décisions de retrait de points afférentes aux infractions constatées les 29 avril 2014, 30 juin 2014, 12 août 2015, 19 janvier 2016, 31 janvier 2018, 27 février 2019 et 5 août 2019 ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer les points illégalement retirés dans un délai de 8 jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et les entiers dépens.

Il soutient que :

- il n'a pas reçu les informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route avant l'intervention des décisions de retrait de points contestées ;

- la réalité des infractions n'est pas établie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 juillet 2020, le ministre de l'intérieur conclut au non-lieu partiel et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il fait valoir les retraits de points consécutifs aux infractions des 29 avril 2014, 30 juin 2014 et 31 janvier 2018 ont été restitués ; que la décision de retrait de 4 points du 27 février 2019 a été supprimée du relevé d'information intégral de M. B et que la décision " 48 SI " du 6 mars 2020 doit donc être regardée comme ayant été retirée ; que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Coblence, premier conseiller, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Vu la décision par laquelle le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite d'infractions au code de la route, le ministre de l'intérieur a retiré des points au capital affecté au permis de conduire de M. B. Après avoir constaté que le nombre de points de ce permis de conduire était nul, le ministre de l'intérieur en a, par décision du 6 mars 2020, prononcé l'invalidation et a ordonné à M. B de restituer son titre de conduite. Ce dernier demande l'annulation des différents retraits de points prononcés suite aux infractions constatées les 29 avril 2014, 30 juin 2014, 12 août 2015, 19 janvier 2016, 31 janvier 2018, 27 février 2019 et 5 août 2019 et de la décision du 6 mars 2020 susmentionnée.

Sur l'étendue du litige :

2. Il résulte tant des écritures du ministre de l'intérieur que des mentions du relevé d'information intégral du requérant versé aux débats et édité le 22 juillet 2020, que le permis de conduire de M. B était valide et doté d'un solde de cinq points sur douze à cette date dès lors que les mentions afférentes à la décision de retrait de points consécutive à l'infraction relevée le 27 février 2019 ont été supprimées. Ce relevé intégral ne mentionne également plus la décision " 48 SI " du 6 mars 2020 qui, dès lors, doit être regardée comme ayant été retirée. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de la décision de retrait de point du 27 février 2019 et de la décision référencée " 48 SI " du ministre de l'intérieur du 6 mars 2020, constatant la perte de validité du permis de conduire de M. B, sont devenues sans objet. Il n'y a donc pas lieu d'y statuer.

Sur la fin de non-recevoir opposée par le ministre de l'intérieur :

3. En application des dispositions de l'article L. 223-6 du code de la route, les points retirés à la suite des infractions constatées les 30 juin 2014 et 31 janvier 2018 ont été restitués respectivement les 24 mars 2015 et 26 décembre 2018. Dès lors, les conclusions à fin d'annulation des décisions de retraits de point consécutifs à ces infractions, qui étaient sans objet avant même l'introduction de la requête, sont irrecevables.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun tiré de l'absence de notification des décisions successives de retraits de points :

4. Les conditions de la notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire, prévues par les dispositions de l'article L. 223-3 du code de la route, ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et partant la légalité de ces retraits. Cette notification a pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont il dispose pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. La circonstance que l'administration ne soit pas en mesure d'apporter la preuve que la notification des retraits successifs, effectuée par lettre simple, a bien été reçue par son destinataire, ne saurait lui interdire de constater que le permis a perdu sa validité, dès lors que la décision procédant au retrait des derniers points récapitule les retraits antérieurs et les rend ainsi opposables au conducteur. M. B ne saurait dès lors utilement se prévaloir de ce que divers retraits de points ne lui auraient pas été notifiés avant l'intervention de la décision constatant la perte de validité de son permis de conduire. Par suite, le moyen doit être écarté.

S'agissant du moyen tiré du défaut d'information préalable :

5. La délivrance, au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et, éventuellement, d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé.

6. Il résulte des arrêtés pris pour l'application des articles R. 49-1 et R. 49-10 du code de procédure pénale, notamment de leurs dispositions codifiées à l'article A. 37-8 de ce code, que lorsqu'une contravention mentionnée à l'article L. 121-3 du code de la route est constatée sans interception du véhicule et à l'aide d'un système de contrôle automatisé enregistrant les données en numérique, le service verbalisateur adresse à l'intéressé un formulaire unique d'avis de contravention, qui comprend en bas de page la carte de paiement et comporte, d'une part, les références de l'infraction dont la connaissance est matériellement indispensable pour procéder au paiement de l'amende forfaitaire et, d'autre part, une information suffisante au regard des exigences résultant des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Lorsqu'il est établi que le titulaire du permis de conduire a payé l'amende forfaitaire prévue à l'article 529 du code de procédure pénale au titre d'une infraction constatée par radar automatique, il découle de cette seule constatation qu'il a nécessairement reçu l'avis de contravention. Eu égard aux mentions dont cet avis doit être revêtu, la même constatation conduit également à regarder comme établi que l'administration s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de l'amende, les informations requises en vertu des dispositions précitées, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet.

Quant à l'infraction commise le 12 août 2015 (1 point) :

7. Il résulte de l'instruction que cette infraction a été relevée sans interception du véhicule à l'aide d'un système de contrôle automatisé. Il résulte des mentions du relevé d'information intégral produit au dossier que M. B a payé l'amende forfaitaire afférente à cette infraction. Ce paiement permet d'établir que l'intéressé a bien reçu les avis de contravention, établis selon les indications prévues par l'article A. 37-8 du code de procédure pénale, et comportant les informations exigées par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. M. B n'établit pas que l'avis reçu par lui n'aurait pas comporté cette information. Le moyen tiré d'un défaut d'information doit, par suite, être écarté concernant cette décision de retrait de points.

Quant à l'infraction du 29 avril 2014 (un point) :

8. En application du second alinéa de l'article 529-2 du code de procédure pénale, en l'absence de paiement ou de requête en exonération dans le délai de quarante-cinq jours suivant, selon les cas, la date de constatation de l'infraction ou la date d'envoi de l'avis de contravention, l'amende forfaitaire est majorée de plein droit et recouvrée en vertu d'un titre rendu exécutoire par le ministère public. Le paiement de l'amende forfaitaire majorée établit que le contrevenant a reçu un avis d'amende forfaitaire majorée.

9. Il résulte du relevé d'information intégral afférent au permis de conduire de M. B que cette infraction a été relevée par radar automatique. Il résulte également des mentions de ce relevé que cette infraction a donné lieu à l'émission d'un titre d'amende forfaitaire majorée. Il ne résulte toutefois pas de l'instruction que M. B a payé l'avis d'amende forfaitaire majorée relative à cette infraction. Dans ces conditions, le ministre n'établit pas ainsi qu'il lui incombe que le contrevenant aurait reçu l'ensemble des informations exigées par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. La circonstance, alléguée en défense, que le point retiré à cette occasion aurait été restitué n'est pas établie par la seule mention " CE4/12 " portée sur le relevé d'information intégral ou par le fait que celui-ci ne mentionne aucun retrait de point en face du libellé de cette infraction. Dès lors, le retrait de points correspondant à cette infraction doit être annulé.

Quant aux infractions des 19 janvier 2016 (trois points) et 5 août 2019 (quatre points) :

10. Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant un retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. La mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante.

11. Il résulte de l'instruction, et notamment des pièces produites en défense par le ministre de l'intérieur, que les infractions commises les 19 janvier 2016 et 5 août 2019 ont été constatées au moyen d'un procès-verbal électronique. M. B a refusé de signer le procès-verbal afférent à l'infraction du 19 janvier 2016. La mention " refus de signer " apportée par l'agent de police judiciaire établit que les informations lui ont bien été délivrées. Il résulte également que M. B a signé le procès-verbal électronique relatif à l'infraction du 5 août 2019 et que celui-ci comporte en annexe la mention selon laquelle un retrait de quatre points est prévu. Dès lors, le moyen doit être écarté s'agissant de ces deux décisions de retrait de point.

S'agissant de la réalité des infractions :

12. Il résulte de l'instruction, et notamment des mentions du relevé d'information intégral afférent au permis de conduire de M. B que celui-ci s'est acquitté de l'amende forfaitaire relative à l'infraction constatée le 12 août 2015 et que les infractions des 19 janvier 2016 et 5 août 2019 ont donné lieu à l'émission d'une amende forfaitaire majorée établissant ainsi, en application des dispositions de l'article L. 223-1 du code de la route, la réalité des infractions.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est seulement fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle le ministre de l'intérieur lui a retiré un point à la suite de l'infraction commise le 29 avril 2014.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

14. Si l'annulation contentieuse d'une décision ou de plusieurs décisions de retrait de points implique nécessairement que le ministre de l'intérieur reconnaisse à l'intéressé le bénéfice des points illégalement retirés, le capital de points dont dispose ce dernier doit être recalculé en tenant compte également des retraits de points légalement intervenus à son encontre et le cas échéant, des décisions de retrait ou de reconstitution de points qui n'avaient pu être prises en compte par l'administration aussi longtemps que l'invalidation annulée était exécutoire.

15. Dans ces circonstances, il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur de restituer à M. B le point retiré à la suite de l'infraction du 29 avril 2014, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

16. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit à la demande présentée par M. B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

17. L'instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, la demande présentée à ce titre par M. B ne peut qu'être rejetée.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision " 48 SI " du 6 mars 2020 constatant la perte de validité du permis de conduire de M. B et de la décision de retrait de quatre points consécutive à l'infraction commise le 27 février 2019.

Article 2 : La décision du ministre de l'intérieur retirant un point sur le capital de points du permis de conduire de M. B pour une infraction commise le 29 avril 2014 est annulée.

Article 3 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des Outre-mer de restituer à M. B le point retiré à la suite de l'infraction du 29 avril 2014, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 juillet 2022.

La magistrate désignée,

Signé

E. CLa greffière,

Signé

V. Ricaud

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation,

La greffière

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