jeudi 8 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2003946 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | CONCORDE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 9 avril, 9 octobre, 9 novembre, 18 décembre 2020 et 5 mars 2021, les SAS L'Immobilière Groupe Casino et Distribution Casino France, représentées par Me Bolleau, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 9 août 2019 par lequel le préfet du Val-d'Oise a autorisé la construction d'un pôle de culture, de loisirs, de commerces et de logements dénommé " pôle Héloïse " sur le territoire de la commune d'Argenteuil au bénéfice de la société Groupe Fiminco, ensemble la décision implicite de rejet de leur recours gracieux tendant au retrait de cet arrêté ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- l'étude d'impact est insuffisante dès lors que les pollutions de l'air n'ont pas été évaluées ;
- cette étude est insuffisante eu égard aux risques d'inondation et de rejets de polluants en cas de crues ;
- elle est insuffisante sur le risque technologique dû à l'existence d'une canalisation de gaz ;
- elle est insuffisante au regard des aspects technologiques et des paysages ;
- elle est insuffisante au regard de la maitrise de l'énergie et le recours aux énergies renouvelables ;
- elle est insuffisante en ce qui concerne les mesures " éviter, réduire, compenser " ;
- elle est insuffisante eu égard aux solutions alternatives envisageables ;
- le projet est susceptible d'avoir une incidence notable sur le site Natura 2000 ainsi que sur les dix espèces protégées qu'il abrite ;
- ce projet est susceptible d'avoir une incidence notable sur la Seine qui fait partie intégrante de la trame bleue ;
- il est susceptible d'avoir une incidence notable sur les espaces verts engazonnés et sur les soixante-dix arbres situés sur le site ;
- il est susceptible d'avoir une incidence notable sur la vulnérabilité du site au titre du risque d'inondation ;
- il est susceptible d'avoir une incidence notable sur les déplacements et pollutions induites ;
- il est susceptible d'avoir une incidence notable sur les continuités écologiques ;
- il est susceptible d'avoir une incidence notable sur les consommations énergétiques ;
- il est susceptible d'avoir une incidence notable sur la présence d'une canalisation de transport de gaz et celles de vestiges archéologiques ;
- il est susceptible d'avoir une incidence notable sur la protection des paysages le long des berges de la Seine ;
- il est susceptible d'avoir une incidence notable sur la gestion de l'eau ;
- il est susceptible d'avoir une incidence notable sur la gestion des risques d'inondation ;
- il est susceptible d'avoir une incidence notable sur la protection du paysage ;
- il est susceptible d'avoir une incidence notable sur la gestion des risques technologiques ;
- il est susceptible d'avoir une incidence notable sur les déplacements, pollutions et nuisances associées ;
- il est susceptible d'avoir une incidence notable sur la maitrise de l'énergie ;
- il est susceptible d'avoir une incidence notable sur la pollution du site liée à d'autres activités polluantes ;
- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- le projet est incompatible avec le schéma régional de cohérence écologique (SRCE) Ile-de-France ;
- ce projet méconnait le plan de prévention des risques d'inondations (PPRI).
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 septembre 2020, la société Groupe Fiminco, représentée par Me Guillot, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 7 000 euros soit mise à la charge solidaire des SAS requérantes, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable dès lors que les SAS requérantes ne justifient pas d'un intérêt pour agir conformément à l'article R. 181-50 du code de l'environnement ;
- aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Par trois mémoires en défense, enregistrés les 4 novembre, 27 novembre 2020 et 18 février 2021, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable dès lors que les SAS requérantes ne justifient pas d'un intérêt pour agir conforme à l'article R. 181-50 du code de l'environnement ;
- la requête est tardive, en application de l'article R. 181-50 du code de l'environnement ;
- aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Par un mémoire en intervention, enregistré le 20 octobre 2020, la commune d'Argenteuil conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable dès lors que les SAS requérantes ne justifient pas d'un intérêt pour agir conformément à l'article R. 181-50 du code de l'environnement ;
- aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Vu :
- les décisions attaquées ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Garona, première conseillère ;
- les conclusions de M. Gabarda, rapporteur public ;
- les observations de Me Ducros, pour les SAS L'Immobilière Groupe Casino et Distribution Casino France ;
- les observations de Me Cuny, pour la société pétitionnaire Fiminco ;
- les observations de Mme A, pour le préfet du Val-d'Oise ;
- et les observations de M. B, pour la commune d'Argenteuil.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 9 août 2019, le préfet du Val-d'Oise a autorisé la construction d'un pôle de culture, de loisirs, de commerces et de logements dénommé " pôle Héloïse " sur le territoire de la commune d'Argenteuil, au profit de la société Fiminco, sur le fondement des articles L. 181 et suivants du code de l'environnement. Le 13 décembre 2019, les SAS Immobilière Groupe Casino et Distribution Casino France, ont demandé au préfet du Val-d'Oise de procéder au retrait de cet arrêté. Ce recours gracieux ayant été implicitement rejeté, les SAS requérantes demandent l'annulation de l'arrêté du 9 août 2019, ensemble le rejet de leur recours gracieux.
Sur l'intervention :
2. La commune d'Argenteuil a intérêt au maintien de la décision attaquée. Ainsi son intervention est recevable.
Sur la fin de non-recevoir soulevée en défense tirée du défaut d'intérêt pour agir des SAS requérantes :
3. D'une part, aux termes de l'article L. 214-3 du code de l'environnement " I. - Sont soumis à autorisation de l'autorité administrative les installations, ouvrages, travaux et activités susceptibles de présenter des dangers pour la santé et la sécurité publique, de nuire au libre écoulement des eaux, de réduire la ressource en eau, d'accroître notablement le risque d'inondation, de porter gravement atteinte à la qualité ou à la diversité du milieu aquatique, notamment aux peuplements piscicoles ". Aux terme de L. 181-1 du même code : " L'autorisation environnementale, dont le régime est organisé par les dispositions du présent livre ainsi que par les autres dispositions législatives dans les conditions fixées par le présent titre, est applicable aux activités, installations, ouvrages et travaux suivants, lorsqu'ils ne présentent pas un caractère temporaire : / 1° Installations, ouvrages, travaux et activités mentionnés au I de l'article L. 214-3, y compris les prélèvements d'eau pour l'irrigation en faveur d'un organisme unique en application du 6° du II de l'article L. 211-3 ".
4. D'autre part, aux termes de l'article R. 181-50 du code de l'environnement : " Les décisions mentionnées aux articles L. 181-12 à L. 181-15-1 peuvent être déférées à la juridiction administrative : / () / 2° Par les tiers intéressés en raison des inconvénients ou des dangers pour les intérêts mentionnés à l'article L. 181-3, () ". Aux termes de l'article L. 181-3 du même code : " I. - L'autorisation environnementale ne peut être accordée que si les mesures qu'elle comporte assurent la prévention des dangers ou inconvénients pour les intérêts mentionnés aux articles L. 211-1 et L. 511-1, selon les cas. () ". Enfin, l'article L. 211-1 de ce code mentionne parmi ces intérêts " la prévention des inondations " ainsi que " la protection des eaux et la lutte contre toute pollution par déversements, écoulements, rejets, dépôts directs ou indirects de matières de toute nature ".
5. Au sens des dispositions précitées, un établissement commercial ne peut se voir reconnaître la qualité de tiers recevable à contester devant le juge une autorisation environnementale concernant un installation, un ouvrage, des travaux ou des activités susceptibles de présenter des dangers pour la santé et la sécurité publique, de nuire au libre écoulement des eaux, de réduire la ressource en eau, d'accroître notablement le risque d'inondation, de porter gravement atteinte à la qualité ou à la diversité du milieu aquatique, notamment aux peuplements piscicoles, que dans les cas où les inconvénients ou les dangers que le fonctionnement de l'activité autorisée présente pour les intérêts visés à l'article L. 211-1 sont de nature à affecter par eux-mêmes les conditions d'exploitation de cet établissement commercial. Il appartient à ce titre au juge administratif de vérifier si l'établissement justifie d'un intérêt suffisamment direct lui donnant qualité pour demander l'annulation de l'autorisation en cause, compte tenu des inconvénients et dangers que présente pour lui l'installation classée, appréciés notamment en fonction de ses conditions de fonctionnement, de la situation des personnes qui le fréquentent ainsi que de la configuration des lieux.
6. Dans le cadre de la construction du pôle Héloïse, le préfet du Val-d'Oise a notamment autorisé au titre de la loi sur l'eau et des intérêts protégés par les articles L. 211-1 et suivants du code de l'environnement, la construction d'une salle de spectacle, d'un cinéma, d'une grande surface commerciale, de cent-cinquante-six logements ainsi que d'un parc de stationnement. Les SAS L'Immobilière Groupe Casino et Distribution Casino France font valoir qu'elles ont un intérêt à agir dès lors qu'elles sont propriétaires et exploitantes d'un magasin Casino au sein du centre commercial " Côté Seine " situé à environ 200 mètres du projet dont l'implantation est de nature à générer des risques d'inondation et de pollution, susceptibles d'avoir un impact sur la zone inondable et sur la zone d'expansion des crues. Elles indiquent, en outre, qu'elles pourraient voir le classement de leur propriété et commerce aggravé en zone bleue par le PPRI et qu'un projet d'urbanisme ultérieur pourrait être refusé ou limité par le seul effet de ce classement. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'eu égard à la nature des travaux ainsi qu'à l'objet du projet, la décision en litige serait susceptible d'affecter, par elle-même, les conditions d'exploitation de l'établissement commercial. Par suite, les SAS requérantes ne présentent pas d'intérêt pour agir, conforme à l'article R. 181-50 du code de l'environnement et la requête doit être rejetée comme irrecevable. Il y a lieu dans ces conditions d'accueillir la fin de non-recevoir soulevée en défense.
Sur les frais liés au litige :
7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse aux SAS requérantes une somme au titre des frais exposés par elles et non compris dans les dépens. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des SAS requérantes la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la société Fiminco et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'intervention de la commune d'Argenteuil est admise.
Article 2 : La requête des SAS L'Immobilière Groupe Casino et Distribution Casino France est rejetée.
Article 3 : Les SAS L'Immobilière Groupe Casino et Distribution Casino France verseront à la société Fiminco la somme de 1 500 euros au titre des frais liés au litige.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié aux SAS L'Immobilière Groupe Casino et Distribution Casino France, à la société Fiminco, au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et à la commune d'Argenteuil.
Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 8 décembre 2023, à laquelle siégeaient :
- M. Buisson, président ;
- Mme Garona, première conseillère ;
- M. Ausseil, conseiller ;
assistés par Mme Duroux, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 février 2024.
La rapporteure,
signé
E. Garona
Le président,
signé
L. Buisson
La greffière,
signé
C. Duroux
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2003946
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026