jeudi 10 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2004210 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP SARTORIO LONQUEUE SAGALOVITSCH & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires enregistrés les 24 avril 2020, 3 mai 2021 et 15 février 2022, M. A D, représenté par Me Athon-Perez, demande au tribunal :
1°) à titre principal, d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 6 mars 2020 par lequel la maire de Puteaux a refusé de reconnaître sa pathologie imputable au service et, à titre subsidiaire, d'ordonner avant dire droit une expertise pour apprécier le lien de causalité entre sa maladie et le service ;
2°) d'enjoindre à la commune de Puteaux, à titre principal, de reconnaître l'imputabilité au service de sa maladie dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de cette notification ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Puteaux une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente dès lors, d'une part, que Mme G F ne bénéficiait pas d'une délégation de signature, et d'autre part, que les conditions de cette délégation n'étaient pas réunies, M. E C n'étant ni absent ni empêché ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, la maire s'étant fondée sur les dispositions de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983, inapplicables à sa situation.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 1er février et 7 octobre 2021, la commune de Puteaux, représentée par Me Lonqueue, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. D une somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- les dispositions de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 sont applicables à la situation de M. D ;
- à titre subsidiaire, il appartient au tribunal de procéder à une substitution de base légale au bénéfice de l'article 57 alinéa 2 de la loi du 26 janvier 1984 dès lors qu'elle était en droit de prendre la même décision de refus de reconnaissance d'imputabilité au service en se fondant sur ces dispositions ;
- en tout état de cause, la pathologie de M. D n'est pas imputable au service ;
- l'expertise demandée par M. D est inutile.
Par une ordonnance du 16 février 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 16 mars 2022 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 modifiée ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 modifiée ;
- le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 modifié ;
- le décret n° 2019-301 du 10 avril 2019 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Sitbon, conseiller ;
- les conclusions de M. Camguilhem, rapporteur public ;
- et les observations de Me Achard pour M. D et de Me Taddei pour la commune de Puteaux.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, adjoint technique territorial de 1ère classe de la commune de Puteaux (Hauts-de-Seine), a été placé en congé de longue maladie à compter du 25 février 2015 pour un syndrome anxio-dépressif réactionnel sévère. Le 28 mars 2015, il a sollicité la reconnaissance de l'imputabilité au service de cette maladie. A la suite d'un avis défavorable de la commission de réforme interdépartementale de la Petite Couronne du 4 avril 2016, la commune de Puteaux a rejeté cette demande par une décision du 25 avril 2016. Après contre-expertise médicale demandée par M. D, la commune de Puteaux a pris, sur avis défavorable de la commission de réforme interdépartementale du 6 mars 2017, une nouvelle décision de refus le 6 avril 2017. Par un jugement du 3 décembre 2019, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a annulé cette décision pour insuffisance de motivation et a enjoint à la commune de Puteaux de réexaminer la demande de M. D. Par la présente requête, M. D demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 6 mars 2020 par lequel la maire de Puteaux a refusé, après réexamen de sa demande, de reconnaître l'imputabilité au service de sa pathologie.
Sur les conclusions à fins d'annulation :
2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 modifiée portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale : " Le fonctionnaire en activité a droit : / () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. (). / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite ou d'un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à sa mise en retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident, même après la date de radiation des cadres pour mise à retraite. / Dans le cas visé à l'alinéa précédent, l'imputation au service de l'accident ou de la maladie est appréciée par la commission de réforme instituée par le régime des pensions des agents des collectivités locales. () ".
3. Selon l'article 16 du décret du 30 juillet 1987 pris pour l'application de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux : " Sous réserve du deuxième alinéa du présent article, la commission de réforme prévue par le décret n° 2003-1306 du 26 décembre 2003 modifié relatif au régime de retraite des fonctionnaires affiliés à la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales est obligatoirement consultée dans tous les cas où un fonctionnaire demande le bénéfice des dispositions de l'article 57 (2°, 2e alinéa) de la loi du 26 janvier 1984 susvisée. () ". Selon l'article 15 du décret n° 2019-301 relatif au congé pour invalidité temporaire imputable au service dans la fonction publique territoriale : " Le fonctionnaire en congé à la suite d'un accident ou d'une maladie imputable au service continue de bénéficier de ce congé jusqu'à son terme. Toute prolongation de ce congé postérieure à l'entrée en vigueur du présent décret est accordée dans les conditions prévues au chapitre Ier. / Les conditions de forme et de délais prévues aux articles 37-2 à 37-7 du décret du 30 juillet 1987 précité ne sont pas applicables aux fonctionnaires ayant déposé une déclaration d'accident ou de maladie professionnelle avant l'entrée en vigueur du présent décret. / () ".
4. D'autre part, aux termes de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 modifiée portant droits et obligations des fonctionnaires : " () IV. Est présumée imputable au service toute maladie désignée par les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale et contractée dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions dans les conditions mentionnées à ce tableau. () / Peut également être reconnue imputable au service une maladie non désignée dans les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale lorsque le fonctionnaire ou ses ayants-droits établissent qu'elle est essentiellement et directement causée par l'exercice des fonctions et qu'elle entraîne une incapacité permanente à un taux déterminé et évalué dans les conditions prévues par décret en Conseil d'Etat. () ".
5. Les dispositions précitées du IV de l'article 21 bis de la loi modifiée du 13 juillet 1983 sont d'application immédiate, en l'absence de dispositions contraires. Elles ont donc vocation à s'appliquer aux situations en cours, sous réserve des exigences attachées au principe de non-rétroactivité, qui exclut que les nouvelles dispositions s'appliquent à des situations juridiquement constituées avant leur entrée en vigueur. Or, les droits des agents publics en matière d'accident de service et de maladie professionnelle sont constitués à la date à laquelle l'accident est intervenu ou la maladie diagnostiquée. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du certificat médical du docteur B, que la maladie de M. D a été diagnostiquée le 17 décembre 2014, soit avant l'entrée en vigueur des dispositions de l'article 21 bis le 21 janvier 2017. Il s'ensuit que la situation de M. D est régie par les dispositions précitées de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984. En appliquant les dispositions de l'article 21 bis, la commune de Puteaux a donc méconnu le champ d'application de la loi et a commis une erreur de droit.
6. En second lieu, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut toutefois substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assorti l'application du fondement légal sur lequel la décision aurait dû être prononcée.
7. Il ressort des pièces du dossier que, pour refuser à deux reprises de reconnaître la pathologie de M. D imputable au service les 25 avril 2016 et 4 avril 2017, la commune de Puteaux a légalement consulté la commission de réforme qui s'est prononcée les 4 avril 2016 et 6 mars 2017. Néanmoins, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision attaquée du 6 mars 2020, prise à tort en application des dispositions de l'article 21 bis de la loi du 11 juillet 1983, a été précédée de l'avis de la commission de réforme qui était requis par les dispositions précitées de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 applicables, auxquelles renvoient celles de l'article 16 du décret du 30 juillet 1987, encore applicables à la date du litige en application de l'article du décret du 10 avril 2019. Dans ces conditions, la substitution de base légale demandée par la commune de Puteaux en défense, qui aurait pour effet de priver M. D de la garantie procédurale liée à la saisine de la commission de réforme, ne peut être accueillie.
8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête qui n'apparaissent pas, en l'état de l'instruction, de nature à fonder une annulation, ni qu'il soit besoin de diligenter l'expertise sollicitée par M. D, que la décision du 6 mars 2020 doit être annulée.
Sur les conclusions à fins d'injonction :
9. Le motif d'annulation retenu n'implique pas nécessairement que la commune de Puteaux reconnaisse l'imputabilité au service de la pathologie de M. D, mais seulement qu'elle réexamine sa situation après avoir saisi la commission de réforme. Il y a donc lieu d'enjoindre à la commune de Puteaux de saisir la commission de réforme dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de procéder au réexamen de la situation de M. D dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'avis que rendra la commission.
Sur les frais du litige :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. D, qui n'est pas la partie perdante, la somme réclamée par la commune de Puteaux au titre de ces dispositions. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge la commune de Puteaux la somme de 1 500 euros sur le même fondement.
Par ces motifs, le tribunal décide :
Article 1er : La décision du 6 mars 2020 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint à la commune de Puteaux de saisir la commission de réforme dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de procéder au réexamen de la situation de M. D dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'avis que rendra la commission.
Article 3 : La commune de Puteaux versera à M. D la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de M. D est rejeté.
Article 5 : Les conclusions de la commune de Puteaux présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et à la commune de Puteaux.
Délibéré après l'audience du 20 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Oriol, présidente,
Mme H et M. Sitbon, conseillers,
Assistés de Mme Ricaud, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2022.
Le rapporteur,
Signé
J. Sitbon
La présidente,
Signé
C. Oriol
La greffière,
Signé
V. Ricaud
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour ampliation,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026