jeudi 21 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2004226 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre (J.U.) |
| Avocat requérant | CABINET D'AVOCATS IOSCA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 27 avril 2020, et un mémoire complémentaire enregistré le 5 mai 2021, M. B, représenté par Me Iosca, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision référencée " 48 SI " en date du 6 mars 2020 par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté l'invalidité de son permis de conduire pour solde de points nul ;
2°) d'annuler les décisions de retrait de points afférentes aux infractions constatées les 12 janvier 2013, 30 septembre 2014, 27 décembre 2014, 30 mai 2015, 1er avril 2017, 14 juin 2017, 2 mars 2019, 10 décembre 2017 et 31 juillet 2019 ;
3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer les points illégalement retirés dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir.
Il soutient que :
- il n'a pas reçu les informations prévues par les articles L. 223-3 et R.223-3 du code de la route avant l'intervention des décisions de retrait de points contestées ;
- la réalité des infractions n'est pas établie.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 septembre 2020, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les retraits de points consécutifs aux infractions des 12 janvier 2013, 30 mai 2015 et 14 juin 2017 ont été restitués ; que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la route ;
- le code de procédure pénale ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Coblence, premier conseiller, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Vu la décision par laquelle la magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. A la suite d'infractions au code de la route, le ministre de l'intérieur a retiré des points au capital affecté au permis de conduire de M. B. Après avoir constaté que le nombre de points de ce permis de conduire était nul, le ministre de l'intérieur en a, par décision du 6 mars 2020, prononcé l'invalidation et a ordonné à M. B de restituer son titre de conduite. Ce dernier demande l'annulation des différents retraits de points prononcés suite aux infractions constatées les 12 janvier 2013, 30 septembre 2014, 27 décembre 2014, 30 mai 2015, 1er avril 2017, 14 juin 2017, 10 décembre 2017, 2 mars 2019, 31 juillet 2019 et de la décision du 6 mars 2020 susmentionnée.
Sur la fin de non-recevoir opposée par le ministre de l'intérieur :
2. Il résulte des mentions du relevé d'information intégral que les points retirés à la suite des infractions constatées les 12 janvier 2013, 30 mai 2015 et 14 juin 2017 ont été restitués respectivement les 24 octobre 2013, 31 janvier 2016 et 17 avril 2018 en application de l'article L. 233-6 du code de la route. Dès lors, les conclusions à fin d'annulation des décisions de retrait de points consécutifs à ces infractions, qui étaient sans objet avant même l'introduction de la requête, sont irrecevables.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la légalité des décisions successives de retraits de points :
S'agissant du moyen commun tiré de l'absence de notification des décisions successives de retraits de points :
3. Les conditions de la notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire, prévues par les dispositions de l'article L. 223-3 du code de la route, ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et partant la légalité de ces retraits. Cette notification a pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont il dispose pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. La circonstance que l'administration ne soit pas en mesure d'apporter la preuve que la notification des retraits successifs, effectuée par lettre simple, a bien été reçue par son destinataire, ne saurait lui interdire de constater que le permis a perdu sa validité, dès lors que la décision procédant au retrait des derniers points récapitule les retraits antérieurs et les rend ainsi opposables au conducteur. M. B ne saurait dès lors utilement se prévaloir de ce que divers retraits de points ne lui auraient pas été notifiés avant l'intervention de la décision constatant la perte de validité de son permis de conduire. Par suite, le moyen doit être écarté.
S'agissant du moyen tiré du défaut d'information préalable :
4. La délivrance, au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et, éventuellement, d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé.
Quant à l'infraction du 30 septembre 2014 (un point) :
5. Il résulte de l'instruction que l'infraction constatée les 30 septembre 2014 a été relevée par procès-verbal électronique. Il résulte des mentions du relevé d'information intégral que M. B a payé l'amende forfaitaire afférente à cette infraction. Ce paiement permet d'établir que l'intéressé a bien reçu l'avis de contravention, établi selon les indications prévues par l'article A. 37-8 du code de procédure pénale, et comportant les informations exigées par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. M. B n'établit pas que l'avis reçu n'aurait pas comporté cette information. Le moyen tiré d'un défaut d'information doit, par suite, être écarté concernant cette décision de retrait de point.
Quant aux infractions des 27 décembre 2014 (six points) et 31 juillet 2019 (trois points) :
6. Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant un retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées.
7. Il résulte de l'instruction, et notamment des pièces produites en défense par le ministre de l'intérieur, que les infractions commises les 27 décembre 2014 et 31 juillet 2019 ont été constatées au moyen d'un procès-verbal électronique, que l'intéressé a signé. La signature de M. B établit que les informations lui ont bien été délivrées et le moyen tiré d'un défaut d'information doit, par suite, être écarté concernant ces décisions de retrait de points.
Quant à l'infraction du 1er avril 2017 (un point) :
8. Il résulte de l'instruction que l'infraction constatée le 1er avril 2017 a été relevée par radar automatique. L'infraction a donné lieu à l'émission d'une amende forfaitaire majorée. Il résulte également de l'instruction que le requérant a été destinataire, par une lettre recommandée référencée 2D 033 037 6663 5, de l'amende forfaitaire majorée précitée n° 071171392971. Si le ministre de l'intérieur produit l'enveloppe présentée et qui est revenue au service expéditeur revêtue de la mention " pli avisé et non réclamé " assortie d'une date de présentation, le document produit ne permet pas d'établir que ce pli a été adressé au requérant et à son domicile faute de mention visible de l'adresse du destinataire. Ainsi, l'amende forfaitaire majorée ne peut être regardée comme lui ayant été régulièrement notifiée. Il suit de là qu'en l'absence de production par le ministre de l'intérieur d'une attestation du trésorier principal du contrôle automatisé relative à l'encaissement du montant de l'amende forfaitaire majorée afférente à cette contravention, son paiement ne peut être regardé comme intervenu. Si la réalité de l'infraction est établie par l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, en revanche, l'administration ne peut être regardée comme ayant délivré au contrevenant l'information due dans les conditions rappelées au point 4. Dès lors, M. B est fondé à demander l'annulation de cette décision de retrait de points, sans que ne puisse être utilement invoquée en défense la circonstance que M. B a réglé l'amende forfaitaire pour une infraction de même nature constatée le 30 mai 2015.
Quant à l'infraction du 10 décembre 2017 (six points) :
9. Lorsque la réalité de l'infraction a été établie par une condamnation devenue définitive prononcée par le juge pénal qui a statué sur tous les éléments de fait et de droit portés à sa connaissance et que l'auteur de l'infraction a ainsi pu la contester, l'omission de la formalité prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route est sans influence sur la régularité du retrait de points résultant de la condamnation. Cette condition est également remplie lorsque la condamnation intervient selon la procédure simplifiée régie par les articles 524 et suivants du code de procédure pénale, qui permettent au juge de statuer sans débat préalable sur une contravention de police, mais qui réservent la possibilité, pour le prévenu, de former opposition à l'ordonnance pénale ainsi prononcée et d'obtenir que l'affaire soit portée à l'audience du tribunal de police ou de la juridiction de proximité dans les formes de la procédure ordinaire.
10. Il résulte de l'instruction, et notamment des mentions figurant au relevé d'information intégral de l'intéressé, que l'infraction commise par M. B a donné lieu à un retrait de six points et à une condamnation pénale, prononcée par le tribunal de grande instance de Pontoise le 11 octobre 2018, devenue définitive le 1er novembre 2018, ce que ne conteste pas M. B. Dès lors, il ne peut se prévaloir de la méconnaissance des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Le moyen tiré d'un défaut d'information doit, par suite, être écarté concernant cette décision de retrait de points.
Quant à l'infraction du 2 mars 2019 (un point) :
11. Il résulte de l'instruction que l'infraction constatée le 2 mars 2019 a été relevée par radar automatique. Le paiement de l'amende permet d'établir que le contrevenant a reçu le formulaire d'amende forfaitaire, lequel comprend l'ensemble des informations exigées en application des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Le ministre de l'intérieur produit l'attestation de paiement établissant que le requérant a payé l'amende forfaitaire majorée émise à la suite de l'infraction, laquelle comprend les informations requises. Le moyen tiré d'un défaut d'information doit, par suite, être écarté concernant cette décision de retrait de point.
S'agissant de la réalité des infractions :
12. Il résulte des mentions du relevé d'information intégral versé au dossier qu'un titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée a été émis à raison des infractions des 27 décembre 2014, 2 mars 2019 et 31 juillet 2019, que M. B s'est acquitté de l'amende forfaitaire à la suite de l'infraction commise le 30 septembre 2014 et que la décision à la suite de l'infraction du 10 décembre 2017 a donné lieu à une condamnation pénale devenue définitive ainsi qu'il a été dit au point 10. Ainsi, en application de l'article L. 223-1 du code de la route, la réalité des infractions est établie.
13. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est seulement fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle le ministre de l'intérieur lui a retiré un point à la suite de l'infraction commise le 1er avril 2017.
En ce qui concerne la légalité de la décision " 48 SI " du 6 mars 2020 :
14. En vertu des dispositions de l'article L. 223-1 du code de la route, le permis de conduire ne perd sa validité qu'en cas de solde de points nul. Compte tenu de l'illégalité retenue au point 8, le solde de points attaché au permis de conduire de M. B est positif. Dès lors, celui-ci est fondé à soutenir que la décision " 48 SI " du 6 mars 2020 du ministre de l'intérieur est elle-même illégale et qu'elle doit, par suite, être annulée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
15. L'annulation contentieuse d'une décision portant invalidation d'un permis de conduire à raison de l'illégalité d'un ou de plusieurs des retraits de points qui la fondent implique nécessairement que l'administration reconnaisse à l'intéressé le bénéfice des points illégalement retirés. Elle doit à cette fin les rétablir dans le traitement automatisé mentionné à l'article L. 225-1 du code de la route et reconstituer le capital de points attaché au permis de conduire tel qu'il devrait être, à la date où le jugement est exécuté, si les retraits illégaux n'étaient jamais intervenus, le cas échéant en faisant application des règles relatives au permis probatoire et des règles de reconstitution automatique prévues à l'article L. 223-6 du code de la route. Le capital de points détenu à cette date résulte toutefois également des décisions de retrait ou de reconstitution de points qu'il appartient à l'administration de prendre à raison de circonstances qui n'avaient pu être prises en compte aussi longtemps que l'invalidation annulée était exécutoire, telles que des infractions autres que celles qui avaient fondé les retraits contestés devant le juge, et des conséquences de ces nouvelles décisions sur l'application des règles relatives au permis probatoire et aux reconstitutions automatiques.
16. Dans ces circonstances, et compte tenu des motifs de l'annulation retenus, si l'exécution du présent jugement implique nécessairement que le ministre de l'intérieur prenne une nouvelle décision sur le capital de points et le droit de conduire de M. B après avoir tiré toutes les conséquences du présent jugement, elle n'implique en revanche pas nécessairement que le ministre procède à la reconstitution du capital de points affecté au permis de conduire de M. B et qu'il restitue à ce dernier son titre de conduite. Dès lors, il y a seulement lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur, après avoir tiré toutes les conséquences du présent jugement, de prendre une nouvelle décision sur le capital de points et le droit de conduire de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Par ces motifs, le tribunal décide :
Article 1er : La décision référencée " 48 " par laquelle le ministre de l'intérieur a retiré un point du permis de conduire de M. B à la suite de l'infraction commise le 1er avril 2017 est annulée.
Article 2 : La décision référencée " 48 SI " en date du 6 mars 2020, en tant qu'elle constate que le permis de conduire de M. B a perdu sa validité, est annulée.
Article 3 : Il est enjoint, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, au ministre de l'intérieur et des Outre-mer de reconnaître à M. B le bénéfice du point retiré à la suite de l'infraction mentionnée à l'article 1er ci-dessus et de réexaminer la situation du requérant pour en tirer les conséquences sur le capital de points de son permis de conduire et son droit de conduire.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 juillet 2022.
La magistrate désignée,
Signé
E. CLa greffière,
Signé
V. Ricaud
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour ampliation,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026