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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2004305

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2004305

jeudi 14 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2004305
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantCABINET OYAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 30 avril 2020 et le 30 décembre 2022, la société par actions simplifiée (SAS) Financière Immobilière Bordelaise (FIB), la société à responsabilité limitée (SARL) FIB Immobilier et la SARL La Rue La Défense, représentées par Me Guillini et Me Castera, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la délibération n° 2019/40 du 19 décembre 2019 par laquelle le conseil d'administration de l'établissement public Paris La Défense a approuvé la décision de ne pas signer la promesse synallagmatique de vente avec la société FIB, ensemble la décision du 20 décembre 2019 par laquelle l'établissement, en application de cette délibération, a décidé de ne pas poursuivre les relations au-delà du 31 décembre 2019, date d'échéance du protocole du 16 novembre 2012 telle que stipulée à son avenant n° 1 ;

2°) de mettre à la charge de l'établissement public Paris La Défense la somme de 9 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- leur requête est recevable ;

En ce qui concerne la délibération n° 2019/40 du 19 décembre 2019 :

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article R. 328-6 du code de l'urbanisme, faute de respect, d'une part, des délais de convocation et de la notification de l'ordre du jour, et, d'autre part, du quorum et des droits de vote ;

- elle a été prise en méconnaissance des principes de bonne foi et de loyauté dans les relations contractuelles.

En ce qui concerne la décision du 20 décembre 2019 :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale par voie d'exception d'illégalité de la délibération du 19 décembre 2019, qui n'a pas été transmise au contrôle de légalité, en méconnaissance des dispositions des articles L. 329-14 du code de l'urbanisme et L. 2131-1 du code général des collectivités territoriales ;

- elle a été prise en méconnaissance des principes de bonne foi et de loyauté dans les relations contractuelles.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 20 septembre 2022 et le 3 mars 2023, l'établissement public Paris La Défense, représenté par Me de La Brosse, conclut :

1°) au rejet de la requête ;

2°) à la condamnation des sociétés requérantes aux dépens de l'instance ;

3°) à la mise à leur charge de la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable, dès lors, d'une part, que la délibération du 19 décembre 2019 n'est qu'une mesure d'exécution du protocole signé en 2012, et, d'autre part, que la décision du 20 décembre 2019 ne modifie pas l'ordonnancement juridique et, par suite, ne fait pas grief ;

- à titre subsidiaire, les moyens de légalité externe soulevés à l'encontre de la délibération du 19 décembre 2019 sont infondés ;

- le moyen tiré de l'atteinte aux principes de bonne foi et de loyauté dans les relations contractuelles est irrecevable dans le cadre d'un recours pour excès de pouvoir et, en tout état de cause, infondé ;

- les moyens soulevés à l'encontre de la décision du 20 décembre 2019 sont inopérants ou irrecevables et en tout état de cause infondés.

Par ordonnance du 3 mars 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 3 mai 2023 à 12 heures.

Un mémoire en poursuite d'instance a été présenté le 9 février 2024 par Me Guillini pour la SCP CBF et Associés et la SELARL Ajassociés, administrateurs judiciaires des sociétés FIB et FIB Immobilier, après la clôture de l'instruction. Il n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Oriol, présidente ;

- les conclusions de M. Gabarda, rapporteur public ;

- et les observations de Me Giesbert, substituant Me de La Brosse, pour l'établissement public Paris La Défense.

Considérant ce qui suit :

1. L'établissement public industriel et commercial Paris La Défense Seine Arche (EPADESA), devenu établissement public Paris La Défense à compter du 1er janvier 2018, a été créé en 2010 pour aménager le quartier d'affaires de Paris La Défense (Hauts-de-Seine). Dans cette perspective, il a conclu avec la société par actions simplifiée (SAS) Financière Immobilière Bordelaise (FIB) et sa filiale, la société à responsabilité limitée (SARL) FIB Immobilier, un protocole d'accord du 16 novembre 2012 destiné à leur céder les biens dont il était propriétaire dans le centre commercial La Coupole, ayant vocation à être rénové et agrandi, et à en acquérir d'autres par tous moyens au plus tard le 31 décembre 2014, date à laquelle a été prévue la signature d'une promesse synallagmatique de vente ou d'une vente libérant les parties et mettant fin au protocole. L'opération a été déclarée d'utilité publique par arrêté préfectoral du 9 mai 2014. Cette déclaration d'utilité publique (DUP) ayant été contestée en justice, les parties ont modifié le protocole d'accord du 16 novembre 2012 par un avenant n° 1 signé le 22 décembre 2015, qui a prolongé sa durée et décalé au 31 décembre 2018 la signature d'une promesse synallagmatique de vente ou d'une vente, avec une prorogation automatique de douze mois dans l'hypothèse où la DUP ne serait pas devenue définitive et où l'EPADESA n'aurait pu se rendre propriétaire des lots et volumes à céder à la société FIB Immobilier. Par un jugement n°s 1406779, 1410804 et 1410805 du 11 juillet 2017, confirmé par l'arrêt définitif n° 17VE02906, 17VE02914 de la cour administrative d'appel de Versailles du 23 janvier 2020, le tribunal a annulé la DUP.

2. Pour tenir compte de cette contrainte et de la contestation devant la cour administrative d'appel de Versailles de l'arrêté du 1er septembre 2017 par lequel le maire de la commune de Courbevoie a délivré à la société FIB Immobilier le permis de construire portant sur la restructuration du centre commercial La Coupole, et alors que l'EPADESA rencontrait par ailleurs des difficultés pour acquérir les biens nécessaires à l'avancée du projet, les parties ont projeté en août 2018 de conclure un avenant n° 2 à leur protocole d'accord, pour permettre aux acquéreurs de négocier directement avec les propriétaires les indemnités d'expropriation à leur accorder. Toutefois, l'établissement public Paris La Défense a conditionné son accord à la renonciation par les sociétés FIB et FIB Immobilier à la condition suspensive tenant au caractère définitif de leur permis de construire, ce qu'elles ont refusé au motif qu'une telle renonciation bouleverserait l'économie du protocole. Par la suite, alors que les parties avaient continué leurs pourparlers et qu'un calendrier de préparation de la promesse de vente avait été mis au point, la cour administrative d'appel de Versailles, par l'arrêt n° 17VE03713, 18VE00714, 18VE00812 définitif du 23 janvier 2020, a annulé le permis de construire délivré le 1er septembre 2017 et accordé un délai de régularisation expirant le 31 décembre 2020. Avant même la lecture de cet arrêt, le conseil d'administration de l'établissement public Paris La Défense a approuvé, par délibération n° 2019/40 du 19 décembre 2019, la décision de ne pas signer la promesse synallagmatique de vente avec la société FIB, tandis que dès le lendemain, la directrice générale de l'établissement a décidé de ne pas poursuivre les relations avec les sociétés FIB et FIB Immobilier au-delà de l'échéance prévue du 31 décembre 2019. Par la présente requête, les sociétés FIB, FIB Immobilier et La Rue La Défense demandent au tribunal d'annuler la délibération n° 2019/40 du 19 décembre 2019 et la décision du 20 décembre 2020.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la délibération du 19 décembre 2019 :

3. En premier lieu, aux termes de l'article R. 328-6 du code de l'urbanisme : " Le conseil d'administration se réunit au moins trois fois par an. Il est convoqué par son président qui fixe l'ordre du jour et dirige les débats. La convocation du conseil d'administration est de droit si la moitié des membres au moins en adressent la demande écrite à son président. / L'ordre du jour des séances est porté à la connaissance des membres du conseil, ainsi que du préfet de la région d'Ile-de-France, au moins dix jours à l'avance. / Le conseil d'administration délibère valablement lorsque la moitié au moins de ses membres sont présents ou suppléés. Si le quorum n'est pas atteint, le conseil d'administration est à nouveau convoqué dans un délai de dix jours. Il délibère alors valablement quel que soit le nombre des membres présents ou suppléés. / () / Les décisions sont prises à la majorité des droits de vote détenus par les membres présents ou suppléés. En cas de partage égal des droits, les droits du président sont prépondérants. / () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que, contrairement à ce que soutiennent les requérantes, M. Devedjan, président de l'établissement public Paris La Défense, a convoqué les membres du conseil d'administration, de même que le préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris, à la réunion qui s'est tenue le 19 décembre 2019 à 10 heures, par des courriers du 4 décembre 2019 auxquels il n'est pas ultimement contesté qu'était joint l'ordre de jour, portant exclusivement sur le protocole du 16 novembre 2012 conclu avec la société FIB. Ces convocations sont intervenues plus de dix jours avant la tenue du conseil d'administration à l'issue duquel la délibération contestée a été adoptée. Il ressort par ailleurs de la feuille de présence versée à l'instance par l'établissement public Paris La Défense que les membres titulaires du conseil d'administration présents ou représentés et disposant chacun d'un droit de vote étaient au nombre de 11 sur 17, de sorte que le quorum, fixé à 9, était dépassé. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article R. 326-8 du code de l'urbanisme doit donc être écarté en ses différentes branches.

5. En second lieu, dans un contentieux de l'excès de pouvoir, le moyen tiré de ce que l'établissement public Paris La Défense aurait porté atteinte aux principes de bonne foi et de loyauté dans les relations contractuelles en décidant de ne pas signer la promesse synallagmatique de vente à laquelle il s'était engagé doit être écarté comme étant inopérant. En tout état de cause, en constatant que les conditions prévues pour cette signature n'étaient pas réunies, l'établissement public Paris La Défense n'a pas méconnu ses obligations contractuelles.

En ce qui concerne la décision du 20 décembre 2019 :

6. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / 2° Infligent une sanction ; / 3° Subordonnent l'octroi d'une autorisation à des conditions restrictives ou imposent des sujétions ; / 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ; / 5° Opposent une prescription, une forclusion ou une déchéance ; / 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; / 7° Refusent une autorisation, sauf lorsque la communication des motifs pourrait être de nature à porter atteinte à l'un des secrets ou intérêts protégés par les dispositions du a au f du 2° de l'article L. 311-5 ; / 8° Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire. ".

7. La décision attaquée, qui se borne à prendre acte de la délibération du conseil d'administration tenu la veille de ne pas signer la promesse synallagmatique de vente prévu à l'article 9 du protocole du 16 novembre 2012 modifié, et à informer la société FIB de ce que les relations contractuelles ne se poursuivraient pas au-delà du 31 décembre 2019, terme du protocole, n'entre dans aucune des catégories des décisions devant être motivées en vertu des dispositions précitées de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Le moyen tiré de son insuffisante motivation, doit donc être écarté comme inopérant. Au surplus, il manque en tout état de cause en fait, dès lors que l'établissement public Paris La Défense, qui a pris la décision attaquée au vu de la délibération du 19 décembre 2019, a exposé les circonstances de fait ayant conduit à son édiction, qu'il s'agisse de l'environnement juridique fragile du projet au vu des recours pendants, des incertitudes techniques et du manque de maîtrise du calendrier de l'opération au périmètre final flou.

8. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède qu'aucun des moyens dirigés contre la délibération du 19 décembre 2019 n'est fondé. Dès lors, le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de cette délibération au soutien de l'illégalité de la décision du 20 décembre 2019, ne peut qu'être écarté.

9. Enfin, pour les mêmes raisons que celles exposées au point 5 du présent jugement, les sociétés requérantes ne peuvent utilement soutenir que la décision attaquée a porté atteinte aux principes de bonne foi et de loyauté dans les relations contractuelles.

10. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir soulevées par l'établissement public Paris La Défense, que les conclusions à fin d'annulation des sociétés requérantes doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

En ce qui concerne les dépens :

11. L'établissement public Paris La Défense ne justifie pas avoir engagé de dépens dans la présente instance. Sa demande tendant à ce qu'ils soient mis à la charge des sociétés requérantes ne peut donc, en tout état de cause, qu'être rejetée.

En ce qui concerne les frais exposés et non compris dans les dépens :

12. L'établissement public Paris La Défense n'étant pas la partie perdante à l'instance, il y a lieu de rejeter les conclusions des sociétés requérantes présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans les circonstances de l'espèce, il y a en revanche lieu de mettre solidairement à leur charge la somme de 2 000 euros à verser à l'établissement public Paris La Défense.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : La requête des sociétés Financière Immobilière Bordelaise, FIB Immobilier et La Rue La Défense est rejetée.

Article 2 : Les sociétés Financière Immobilière Bordelaise, FIB Immobilier et La Rue La Défense verseront solidairement à l'établissement public Paris La Défense la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de l'établissement public Paris La Défense est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SCP CBF et Associés, à la SELARL Ajassociés, administrateurs judiciaires des sociétés FIB et FIB Immobilier, à la société La Rue La Défense et à l'établissement public Paris La Défense.

Délibéré après l'audience du 22 février 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Oriol, présidente, et Mmes A et Lusinier, conseillères.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mars 2024.

La présidente-rapporteure,

Signé

C. ORIOL

L'assesseure la plus ancienne,

Signé

A. ALa greffière,

Signé

V. RICAUD

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation,

La greffière

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