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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2004366

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2004366

vendredi 25 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2004366
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre
Avocat requérantDAVID

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 mai 2020, M. A D B, agissant en sa qualité de représentant légal de son fils mineur, M. C D B, représenté par Me David, avocat, demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision de rejet implicite de sa demande tendant au rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil, née le 21 avril 2020, du silence gardé sur cette demande par l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de le rétablir dans ses droits au bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) en cas d'admission à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement à son conseil, en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, de la somme de 2 000 euros ;

4°) en cas de non-admission à l'aide juridictionnelle de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. D B soutient que la décision contestée :

- n'est pas motivée ;

- est entachée de contrariété avec les exigences tirées du droit de l'Union européenne, en particulier des articles 20 et 23 de la directive 2013/33 relative à des normes minimales pour l'accueil des demandeurs d'asile dans les Etats membres, compte tenu de sa situation particulièrement vulnérable puisqu'il est mineur et handicapé ;

- méconnaît l'article 7 de la convention relative aux droits des personnes handicapées, signée à New-York le 30 mars 2007 ;

- méconnaît l'article 28 de la convention relative aux droits des personnes handicapées, signée à New-York le 30 mars 2007 ;

- est entachée d'une illégalité manifeste.

L'Office français de l'immigration et de l'intégration a été mis en demeure le 24 juin 2020.

Par une ordonnance en date du 12 octobre 2020, la clôture de l'instruction a été fixée au 30 novembre 2020.

Le mémoire en défense de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, enregistré postérieurement à la clôture de l'instruction, n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Kelfani, président, a été entendu, au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D B, qui est de nationalité soudanaise, est arrivé en France le 21 décembre 2016 en compagnie de son fils et compatriote prénommé Mohamad, et y a déposé une demande d'asile. M. A D B et son fils ont bénéficié des conditions matérielles d'accueil instituées en faveur des demandeurs d'asile et de leurs familles. La demande d'asile présentée par M. A D B a été rejetée par une décision de la Cour nationale d'asile en date du 9 avril 2019. Le 9 mai 2019 M. A D B a déposé, pour son fils, né le 17 décembre 2003, une demande d'asile et le préfet des Hauts-de-Seine a délivré à M. C D B une attestation de demande d'asile portant la mention " procédure accélérée ". L'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant refusé à M. C D B le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, le rétablissement de ces prestations en a été demandé à la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Montrouge par une lettre en date du 19 février 2020, reçue le 21 février 2020. Le silence gardé sur cette demande a fait naître une décision implicite de rejet dont M. C D B, représenté par son père, demande, par la présente requête, l'annulation.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête :

2. Si, comme en l'espèce, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être regardé comme ayant été suspendu, le demandeur peut en demander le rétablissement à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui devra apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement, au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil, ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.

3. Il ressort de l'attestation du service d'intégration des aveugles et malvoyants (SIAM) 92 en date du 21 mai 2019, que M. C D B " est arrivé en France aveugle, allophone, après trois années d'errance dans divers pays ", qu'il " est suivi à l'hôpital de Quinze-Vingts et à la fondation Rothschild de Paris ainsi que, concomitamment et sur décision de la maison départementale des personnes handicapées, par le SIAM 92 " et que l'accompagnement dont il bénéficie est " pluridisciplinaire : ophtalmologie, instruction de locomotion, instruction pour l'autonomie dans la vie journalière, technique de l'informatique adaptée braille, psychomotricité, ergothérapie, psychologie et soutien moral ". Par ailleurs, aux termes du certificat d'un médecin ophtalmologiste en date du 21 mai 2019, M. C D B, dont le handicap est qualifié de " lourd ", " nécessite des soins de longue durée qui ne peuvent pas être assurés dans son pays d'origine et dont le défaut entraînerait pour (lui) des conséquences d'une exceptionnelle gravité ". Dans ces conditions, le requérant, qui établit se trouver dans une situation de particulière vulnérabilité, est fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

4. Il résulte de ce qui précède que la décision attaquée doit être annulée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

5. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ".

6. L'exécution du présent jugement implique nécessairement, eu égard à ses motifs, par application des dispositions législatives précitées, qu'il soit enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir M. C D B dans ses droits aux conditions matérielles d'accueil, s'agissant notamment de l'allocation pour demandeur d'asile, à compter de la date à laquelle il a effectivement cessé de bénéficier des conditions matérielles d'accueil. Il y a lieu de fixer à l'Office français de l'immigration et de l'intégration un délai de dix jours à compter de la notification du présent jugement pour procéder à cette opération.

7. Il n'y a pas lieu, à ce stade, d'assortir l'injonction édictée ci-dessus d'une astreinte.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle et sur les conclusions aux fins d'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique :

8. Eu égard à l'urgence de l'affaire, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle par application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée. Il y a également lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement à Me David, en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, de la somme de 1 000 (mille) euros, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État et de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle. Si M. C D B n'est pas admis à titre définitif à l'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 (mille) euros est mise à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : M. C D B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La décision attaquée est annulée.

Article 3 : Il est enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir M. C D B dans ses droits aux conditions matérielles d'accueil, s'agissant notamment de l'allocation pour demandeur d'asile, à compter de la date à laquelle M. C D B a effectivement cessé de bénéficier des conditions matérielles d'accueil, dans un délai de dix jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Sous les réserves mentionnées au dernier point du présent jugement, l'Office français de l'immigration et de l'intégration versera à Me David, avocat de M. C D B, la somme de 1 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Si M. C D B n'est pas admis à titre définitif à l'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 (mille) euros est mise à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C D B est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. C D B et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Copie en sera adressée à M. A D B.

Délibéré après l'audience du 20 octobre 2022 à laquelle siégeaient :

M. Kelfani, président, M. Prost, premier conseiller, et M. Villette, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 novembre 2022.

Le rapporteur,

signé

K. KELFANI

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

signé

F.-X. PROSTLa greffière,

signé

A. CHANSON

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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