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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2004638

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2004638

mardi 6 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2004638
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantTERRIAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 mai 2020, M. B A, représenté par Me Terriat, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 30 janvier 2020 par laquelle le président du syndicat intercommunal à vocation unique (SIVU) Co.Cli.Co a prononcé la fin de ses fonctions à compter du 1er janvier 2020 ;

2°) d'enjoindre au président du SIVU Co.Cli.Co de le réintégrer en qualité de directeur d'exploitation et de reconstituer ses droits à traitement, primes comprises, ainsi que ses droits sociaux non acquis depuis le 1er janvier 2020, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge du SIVU Co.Cli.Co la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été prise en méconnaissance du délai de prévenance énoncé à l'article 38-1 du décret du 15 février 1988 ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle n'a pas été précédée d'un entretien préalable ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il remplit les conditions du II de l'article 15 de la loi du 26 juillet 2005 et que son contrat à durée déterminée devait en conséquence être automatiquement transformé en contrat à durée indéterminée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 novembre 2021, le SIVU Co.Cli.Co conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n°2005-843 du 26 juillet 2005 ;

- le décret n°88-145 du 15 février 1988 ;

- le code de justice administrative.

Par ordonnance du 29 août 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 1er octobre suivant.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Fléjou,

- et les conclusions de Mme David-Brochen, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a été employé dans le cadre de contrats à durée déterminée à compter du 1er janvier 2013 par le syndicat intercommunal à vocation unique (SIVU) Co.Cli.Co en tant que responsable des achats puis en qualité de directeur d'exploitation à partir de 2018. Par un courrier du 17 décembre 2019, il s'est vu proposer le renouvellement de son contrat pour une durée indéterminée à compter du 1er janvier 2020, sous réserve de son acception dans un délai de huit jours, en application de l'article 38-1 du décret du 15 février 1988, qui est resté sans réponse. Par un courrier du 30 janvier 2020, le SIVU a pris acte du silence gardé par l'intéressé sur cette proposition et a mis fin à ses fonctions à compter du 1er janvier 2020. Par un courrier du 25 février 2020, M. A a formé un recours gracieux contre cette décision, rejeté par une décision du 23 mars suivant. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de la décision du 30 janvier 2020 par laquelle le président du SIVU Co.Cli.Co n'a pas renouvelé son contrat de travail et l'a licencié.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 38-1 du décret du 15 février 1988 relatif aux agents contractuels de la fonction publique territoriale, dans sa rédaction applicable 15 août 2016 au 29 février 2020 : " Lorsqu'un agent contractuel a été engagé pour une durée déterminée susceptible d'être renouvelée en application des dispositions législatives ou réglementaires qui lui sont applicables, l'autorité territoriale lui notifie son intention de renouveler ou non l'engagement au plus tard : () / - trois mois avant le terme de l'engagement pour l'agent dont le contrat est susceptible d'être renouvelé pour une durée indéterminée en application des dispositions législatives ou réglementaires applicables (). La notification de la décision finale doit être précédée d'un entretien lorsque le contrat est susceptible d'être reconduit pour une durée indéterminée ou lorsque la durée du contrat ou de l'ensemble des contrats conclus sur emploi permanent conformément à l'article 3-3 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée est supérieure ou égale à trois ans. () / Lorsqu'il est proposé de renouveler le contrat, l'agent contractuel dispose d'un délai de huit jours pour faire connaître, le cas échéant, son acceptation. L'autorité territoriale informe l'agent des conséquences de son silence. En cas de non-réponse dans le délai prévu, l'intéressé est présumé renoncer à son emploi. ".

3. En premier lieu, il résulte de ces dispositions que la décision d'une collectivité territoriale de ne pas renouveler le contrat d'un agent employé depuis six ans sous contrat à durée déterminée doit être précédée d'un entretien. Toutefois, hormis le cas où une telle décision aurait un caractère disciplinaire, l'accomplissement de cette formalité, s'il est l'occasion pour l'agent d'interroger son employeur sur les raisons justifiant la décision de ne pas renouveler son contrat et, le cas échéant, de lui exposer celles qui pourraient justifier une décision contraire, ne constitue pas pour l'agent, eu égard à la situation juridique de fin de contrat sans droit au renouvellement de celui-ci, et alors même que la décision peut être prise en considération de sa personne, une garantie dont la privation serait de nature par elle-même à entraîner l'annulation de la décision de non renouvellement, sans que le juge ait à rechercher si l'absence d'entretien a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision.

4. M. A, qui avait bénéficié de trois contrats à durée déterminée successifs d'une durée cumulée de plus de six ans, entrait dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article 38-1 du décret du 15 février 1988 et devait bénéficier d'un entretien préalable. Toutefois, s'il est constant qu'il n'a pas bénéficié d'un tel entretien préalablement à son licenciement, cette circonstance n'a privé l'intéressé d'aucune garantie. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure résultant de l'absence d'entretien préalable au licenciement doit être écarté.

5. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A a été prévenu de la proposition de renouvellement de son contrat pour une durée indéterminée par le courrier précité, reçu le 17 janvier 2020, auquel il est constant qu'il n'a pas donné suite et que ses fonctions ont pris fin à compter du 1er janvier 2020. Toutefois, la méconnaissance du délai de prévenance institué par les dispositions précitées est sans incidence sur la légalité de la décision en litige. Le moyen, qui est inopérant, doit donc être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 15 de la loi du 26 juillet 2005 portant diverses mesures de transposition du droit communautaire à la fonction publique : " I. - Lorsque l'agent, recruté sur un emploi permanent, est en fonction à la date de publication de la présente loi () le renouvellement de son contrat est soumis aux conditions prévues aux septième et huitième alinéas de l'article 3 de la même loi. / Lorsque, à la date de publication de la présente loi, l'agent est en fonction depuis six ans au moins, de manière continue, son contrat ne peut, à son terme, être reconduit que par décision expresse pour une durée indéterminée. / II. - Le contrat est, à la date de publication de la présente loi, transformé en contrat à durée indéterminée, si l'agent satisfait, le 1er juin 2004 ou au plus tard au terme de son contrat en cours, aux conditions suivantes : 1° Etre âgé d'au moins cinquante ans ; 2° Etre en fonction ou bénéficier d'un congé en application des dispositions du décret mentionné à l'article 136 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 précitée ; 3° Justifier d'une durée de services effectifs au moins égale à six ans au cours des huit dernières années ; 4° Occuper un emploi en application des quatrième, cinquième ou sixième alinéas de l'article 3 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 précitée dans une collectivité ou un établissement mentionné à l'article 2 de la même loi ".

7. Si M. A soutient qu'il remplit les conditions énoncées au II de l'article 15 de la loi du 26 juillet 2005, il est toutefois constant que l'intéressé n'était pas en fonction au sein du SIVU Co.Cli.Co à la date de publication de cette loi. En conséquence, ces dispositions ne sont pas applicables à sa situation. Par suite, le SIVU Co.Cli.Co n'a commis aucune erreur de droit en ne transformant pas automatiquement son dernier contrat à durée déterminée en contrat à durée indéterminée lorsque celui-ci est arrivé à son terme et le moyen tiré de la méconnaissance du II de l'article 15 de la loi du 26 juillet 2005 doit ainsi être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. A doivent être rejetées.

Sur les conclusions accessoires :

9. Par voie de conséquence du rejet de ses conclusions à fin d'annulation, les conclusions de M. A à fin d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles relatives aux frais exposés et non compris dans les dépens, doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au syndicat intercommunal à vocation unique Co.Cli.Co.

Délibéré après l'audience du 22 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Drevon-Coblence, présidente,

Mme Fléjou, première conseillère et Mme Moinecourt, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2024.

La rapporteure,

signé

V. Fléjou

La présidente,

signé

E. Drevon-CoblenceLa greffière,

signé

D. Charleston

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2004638

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