mardi 12 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2004735 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | KOSZCZANSKI & BERDUGO |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance n° 2005752 du 26 mai 2020, le président du tribunal administratif de Paris, sur le fondement de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, a transmis au tribunal administratif de Cergy-Pontoise la requête de M. A B, représenté par Me Berdugo, enregistrée le 23 mars 2020.
Par cette requête, enregistrée au tribunal administratif de Cergy-Pontoise sous le n° 2004735 le 27 mai 2020, M. B demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet de police de Paris a rejeté sa demande tendant à l'abrogation de l'arrêté du 3 décembre 2009 ordonnant son expulsion, ainsi que ledit arrêté d'expulsion ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de Paris d'abroger l'arrêté d'expulsion du 3 décembre 2009 ;
3°) d'enjoindre au préfet de police de Paris de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour valant autorisation de travail et de réexaminer sa situation dans le délai de deux mois suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. B soutient que :
- la décision implicite de refus d'abrogation de l'arrêté d'expulsion est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il ne peut plus être regardé comme constituant une menace à l'ordre public ;
- la décision implicite de refus d'abrogation de l'arrêté d'expulsion méconnaît les dispositions de l'article L. 524-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
Par un courrier du 29 mai 2020, la requête a été communiquée au préfet de police de Paris, qui n'a pas produit d'observations en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Richard, rapporteure ;
- les conclusions de M. Chabauty, rapporteur public ;
- et les observations de Me Papinot, substituant Me Berdugo.
Une note en délibéré a été produite pour M. B le 27 février 2024.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, de nationalité algérienne, a fait l'objet d'un arrêté du préfet de police de Paris du 3 décembre 2009. Dans le cadre du réexamen quinquennal des arrêtés d'expulsion prévu par l'article L. 524-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, M. B a fait valoir des observations écrites par un courrier du 17 janvier 2020. Une décision implicite de refus d'abroger l'arrêté d'expulsion est née le 3 février 2020 dont M. B demande l'annulation.
2. En premier lieu, M. B ne peut utilement soutenir que la décision implicite en litige en date du 3 février 2020 serait entachée d'un défaut de motivation dès lors qu'il n'a pas sollicité la communication de ses motifs dans les délais du recours contentieux en application de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration.
3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police de Paris n'aurait pas procédé à l'examen particulier de la situation personnelle de M. B, avant de refuser d'abroger la décision d'expulsion dont il a fait l'objet le 3 décembre 2009. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit dont serait entachée de ce chef cette mesure doit être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicable et devenu l'article L. 631-1 du même code : " Sous réserve des dispositions des articles L. 521-2, L. 521-3 et L. 521-4, l'expulsion peut être prononcée si la présence en France d'un étranger constitue une menace grave pour l'ordre public ". Aux termes de l'article L. 524-2 du même code, alors applicable et devenu l'article L. 632-6 de ce code : " Sans préjudice des dispositions de l'article L. 524-1, les motifs de l'arrêté d'expulsion donnent lieu à un réexamen tous les cinq ans à compter de la date d'adoption de l'arrêté. L'autorité compétente tient compte de l'évolution de la menace pour l'ordre public que constitue la présence de l'intéressé en France, des changements intervenus dans sa situation personnelle et familiale et des garanties de réinsertion professionnelle ou sociale qu'il présente, en vue de prononcer éventuellement l'abrogation de l'arrêté. L'étranger peut présenter des observations écrites. / A défaut de notification à l'intéressé d'une décision explicite d'abrogation dans un délai de deux mois, ce réexamen est réputé avoir conduit à une décision implicite de ne pas abroger. Cette décision est susceptible de recours. Le réexamen ne donne pas lieu à consultation de la commission prévue à l'article L. 522-1 ".
5. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, lorsqu'il est saisi d'un moyen en ce sens à l'appui d'un recours dirigé contre le refus d'abroger une mesure d'expulsion, de rechercher si les faits sur lesquels l'autorité administrative s'est fondée pour estimer que la présence en France de l'intéressé constituait toujours, à la date à laquelle elle s'est prononcée, une menace pour l'ordre public, sont de nature à justifier légalement que la mesure d'expulsion ne soit pas abrogée.
6. M. B soutient que sa présence sur le territoire français ne constitue plus une menace pour l'ordre public dès lors que les derniers faits pour lesquels il a été pénalement condamné remontent à 2013, qu'il s'est bien comporté en détention et qu'il présente des garanties de réinsertion. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que, postérieurement à l'arrêté d'expulsion du 3 décembre 2009 motivé par ses condamnations le 11 mars 2004 pour des faits de trafic de stupéfiants, le 18 mai 2006 pour conduite d'un véhicule sans permis et le 17 février 2009 pour vol aggravé, M. B a été condamné le 14 novembre 2011 à six mois d'emprisonnement, le 13 février 2012 à quatre mois d'emprisonnement, le 7 février 2014 à six mois d'emprisonnement, et le 31 mars 2015, à un an et huit mois d'emprisonnement pour un délit commis en 2013. Il ressort ainsi du rapport de détention du 14 mars 2017 que M. B a été incarcéré du 23 novembre 2013 au 8 avril 2019. Si le requérant indique à l'audience avoir été libéré à la fin de l'année 2018 et se prévaut dans ses écritures des efforts entrepris pendant son incarcération et notamment de son activité professionnelle, de son suivi psychologique, de la formation " français langue étrangère B1 ", de son indemnisation volontaire des parties civiles, de l'aide apportée à sa famille qui lui rend régulièrement visite et de la mission d'intérim qu'il a trouvée en qualité de cariste à compter du mois d'octobre 2019, ces éléments ne suffisent pas à établir qu'il ne représenterait plus une menace pour l'ordre public à l'extérieur de l'établissement pénitentiaire, alors qu'il a persisté dans son comportement délictueux, pendant plusieurs années, postérieurement à l'arrêté d'expulsion, et qu'à la date de la décision en litige, M. B n'avait fini de purger sa peine que depuis quelques mois. Ainsi, eu égard au nombre, à la nature et à la gravité des agissements commis par M. B, ainsi qu'à la fragilité des gages de réinsertion professionnelle et sociale qu'il présente, le préfet de police de Paris a pu légalement estimer que sa présence en France constituait, à la date à laquelle il s'est prononcé, une menace persistante pour l'ordre public de nature à justifier le maintien des effets de la mesure d'expulsion qui avait été prise à son endroit. Dans ces conditions M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaîtrait les dispositions précitées de l'article L. 524-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. En dernier lieu, d'une part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
8. D'autre part, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
9. M. B soutient que les faits délictueux pour lesquels il a été condamné et qui ont motivé l'arrêté d'expulsion sont anciens et ne sont pas d'une gravité telle qu'ils justifient de faire primer les nécessités de l'ordre public sur sa vie privée et familiale, alors qu'il justifie en France de fortes attaches familiales où résident sa compagne et leurs trois enfants, tous ressortissants français, ainsi que ses parents et sa fratrie, tous titulaires de certificats de résidence algérien, et qu'il présente des gages réels de réinsertion, notamment au regard de son bon comportement en détention et de son recrutement dans une société d'intérim à compter du mois d'octobre 2019 sur un emploi de cariste. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 6, M. B a persisté dans ses agissements délictueux jusqu'à son incarcération en novembre 2013 et ses preuves de réinsertion sociale et professionnelle sont trop minces et récentes à la date de la décision attaquée. Par ailleurs, il ne justifie pas d'une communauté de vie avec la mère de ses enfants avant son incarcération en 2013 et il ressort des pièces du dossier qu'ils n'auraient emménagé ensemble qu'à compter du mois de janvier 2020, soit un mois avant la date de la décision attaquée. Par ailleurs, si M. B soutient résider en France depuis 2002, il ressort des pièces du dossier qu'il a été condamné le 11 mars 2004 par le tribunal correctionnel de Meaux à une interdiction du territoire français pour une durée de dix ans qu'il n'a pas respectée et qu'il a fait l'objet d'un arrêté d'expulsion le 3 décembre 2009. Enfin, Monsieur M. B n'établit pas être dépourvu de lien privé ou familial dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt ans. Dès lors, et compte tenu des conditions de séjour en France de M. B, le préfet de police de Paris a pu refuser d'abroger l'arrêté d'expulsion sans porter au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée compte-tenu des buts poursuivis par cette décision. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B ne peuvent qu'être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et de celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de police de Paris.
Délibéré après l'audience du 27 février 2024, à laquelle siégeaient :
M. Huon, président ;
Mme Richard, première conseillère ;
Mme Froc, conseillère ;
Assistés de Mme Tainsa, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mars 2024.
La rapporteure,
signé
A. RICHARD
Le président,
signé
C. HUONLa greffière,
signé
A. TAINSA
La République mande et ordonne au préfet de police de Paris, ou au préfet territorialement compétent, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026