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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2004867

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2004867

jeudi 1 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2004867
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantARVIS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 2 juin 2020 et le 16 août 2021, Mme B A, représentée par Me Arvis, demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, la décision du 17 janvier 2020 par laquelle la directrice du centre d'accueil et de soins hospitaliers (CASH) de Nanterre (Hauts-de-Seine) l'a relevée de ses responsabilités d'encadrement des secteurs de maternité ;

2°) d'enjoindre au CASH de Nanterre de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge du CASH de Nanterre la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la décision attaquée n'est pas motivée en fait ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors qu'elle n'a pas été mise à même de consulter son dossier individuel ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de l'intérêt du service ;

- elle constitue une sanction déguisée et est, à cet égard, entachée d'un détournement de pouvoir.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 15 juin 2021 et le 27 décembre 2022, le CASH de Nanterre, représenté par Me Lesne, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme A au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir, à titre principal, que la requête est irrecevable et, à titre subsidiaire, que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 3 janvier 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 3 février 2023 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi du 22 avril 1905 portant fixation du budget des dépenses et des recettes de l'exercice 1905 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Sitbon, conseiller ;

- les conclusions de M. Gabarda, rapporteur public ;

- et les observations de Mme A, présente.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, cadre sage-femme supérieure, a été recrutée par le CASH de Nanterre sur des fonctions d'encadrement de la maternité le 1er septembre 2018. Par une décision du 17 janvier 2020, la directrice du CASH de Nanterre lui a retiré ses responsabilités. Par un courrier du 28 février 2020, elle a formé un recours gracieux contre cette décision, implicitement rejeté. Par la présente requête, elle demande au tribunal d'annuler la décision du 17 janvier 2020.

Sur les fins de non-recevoir soulevées par le CASH de Nanterre en défense :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / (). ".

3. D'une part, il ressort des termes de la décision attaquée qu'elle a pour objet de relever la requérante des fonctions d'encadrement qu'elle occupe au sein de l'établissement hospitalier. Si elle ne donne pas, à ce stade, une nouvelle affectation à Mme A, elle ne peut être regardée comme une mesure préparatoire à son futur changement d'affectation, eu égard à ses effets immédiats sur la situation de la requérante qui est relevée de ses fonctions dès la date de son édiction. En tout état de cause, aucune nouvelle affectation n'avait été donnée à Mme A avant l'introduction de son recours. La première fin de non-recevoir soulevée en défense doit donc être écartée.

4. D'autre part, si le courrier du 17 janvier 2020 informe Mme A que deux postes vacants lui sont proposés, elle n'a pas pour effet de l'affecter sur un de ces postes. En outre, il ressort des pièces du dossier qu'il ne lui a été confié de nouvelles missions qu'en juin 2021, plus d'un an après la décision attaquée. A cet égard, le CASH de Nanterre n'est pas fondé à soutenir que cette désaffectation prolongée est le fait du congé de longue maladie de Mme A, qui n'a débuté que le 17 février 2020. Ainsi, la décision en litige, qui retire à la requérante, sans qu'elle l'ait demandé, ses fonctions principales sans lui en donner de nouvelles, emporte une perte de responsabilités significative. Dans ces conditions, elle ne saurait constituer une mesure d'ordre intérieur insusceptible de recours. Par suite, la seconde fin de non-recevoir soulevée en défense doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. Aux termes de l'article 65 de la loi du 22 avril 1905 portant fixation du budget des dépenses et des recettes de l'exercice 1905 : " Tous les fonctionnaires civils et militaires, tous les employés et ouvriers de toutes administrations publiques ont droit à la communication personnelle et confidentielle de toutes les notes, feuilles signalétiques et tous autres documents composant leur dossier, soit avant d'être l'objet d'une mesure disciplinaire ou d'un déplacement d'office, soit avant d'être retardé dans leur avancement à l'ancienneté. ".

6. En vertu de ces dispositions, un agent public faisant l'objet d'une mesure prise en considération de sa personne, qu'elle soit ou non justifiée par l'intérêt du service, doit être mis à même de demander la communication de son dossier, en étant averti en temps utile de l'intention de l'autorité administrative de prendre la mesure en cause.

7. Si Mme A a été avertie de l'intention du CASH de Nanterre de lui retirer ses missions d'encadrement au cours d'un entretien du 14 janvier 2020, elle n'a pas été informée, ni à cette occasion ni à aucune autre, de son droit à prendre connaissance de son dossier individuel. Elle a ainsi été privée de la garantie procédurale qui s'attache à la signification du droit à la communication du dossier qui doit permettre à l'agent visé par une mesure prise en considération de sa personne de prendre connaissance des éléments qui la fondent et de pouvoir utilement présenter des observations préalables avant l'édiction de la décision.

8. Par suite, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, Mme A est fondée à soutenir que la décision en litige a été prise au terme d'une procédure irrégulière et à en demander, pour ce motif, l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Eu égard au motif d'annulation retenu, il y a lieu d'enjoindre au CASH de Nanterre de réexaminer la situation de Mme A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

10. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du CASH de Nanterre la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, les conclusions présentées par le CASH de Nanterre sur le même fondement ne peuvent qu'être rejetées.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : La décision du 17 janvier 2020 par laquelle la directrice du CASH de Nanterre a relevé Mme A de ses fonctions d'encadrement est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au CASH de Nanterre de réexaminer la situation de Mme A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le CASH de Nanterre versera à Mme A la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions présentées par le CASH de Nanterre sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au centre d'accueil et de soins hospitaliers de Nanterre.

Délibéré après l'audience du 11 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Oriol, présidente,

Mme C et M. Sitbon, conseillers,

Assistés de Mme Vivet, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juin 2023.

Le rapporteur,

Signé

J. Sitbon

La présidente,

Signé

C. Oriol La greffière,

Signé

M. Vivet

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation,

La greffière

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