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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2006077

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2006077

mardi 2 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2006077
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantGUILLON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 juillet 2020, M. D B, représenté par Me Guillon, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 3 juillet 2020 par laquelle le directeur général de la Caisse des dépôts et consignations a estimé qu'il ne remplissait pas les conditions pour bénéficier de l'allocation temporaire d'invalidité ;

2°) d'enjoindre à la Caisse des dépôts et consignations de réexaminer sa demande d'allocation temporaire d'invalidité dans un délai de trois mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir et de faire diligenter une nouvelle expertise aux fins de déterminer les séquelles correspondant aux trois accidents de service dont il a été victime, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la Caisse des dépôts et consignations la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est intervenue au terme d'une procédure irrégulière dès lors que, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration, elle a retiré, ou à tout le moins abrogé, au-delà du délai de quatre mois, la décision créatrice de droit du 21 juin 2018 par laquelle le syndicat mixte de collecte et de valorisation des déchets Azur lui avait alloué le bénéfice de l'allocation temporaire d'invalidité ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation au regard des articles 1er, 2 et 10 du décret du 2 mai 2005.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 août 2020, le Caisse des dépôts consignations, conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu :

- l'ordonnance n°1912076 du 6 septembre 2023 par laquelle le président du tribunal a taxé les frais de l'expertise confiée au docteur C à la somme de 264 euros ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°83- 634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n°84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n°2005-442 du 2 mai 2005 ;

- le code de justice administrative.

Par ordonnance du 8 juillet 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 9 septembre suivant.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Fléjou,

- et les conclusions de Mme David-Brochen, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, né le 12 janvier 1970, a été recruté en qualité d'adjoint technique de 2ème classe par la communauté d'agglomération d'Argenteuil-Bezons le 3 août 2010, pour occuper un poste de chauffeur poids lourds au service de la propreté et du nettoyage. Titularisé le 1er février 2012, il a été transféré au syndicat mixte de collecte et de valorisation des déchets Azur à Argenteuil. Le 23 janvier 2017, il a été victime d'un accident de service lors du ramassage d'encombrants, à l'origine de fortes douleurs au dos. Le 24 octobre 2017, M. B a été examiné par le docteur A, médecin expert, qui a estimé que son accident était imputable au service, que la consolidation de son état de santé était intervenue le 17 octobre 2017 " avec aggravation de son état antérieur " et que son taux d'incapacité permanente partielle s'élevait à 10%. Le 22 mars 2018, M. B a sollicité le bénéfice de l'allocation temporaire d'invalidé (ATI) auprès du syndicat mixte de collecte et de valorisation des déchets Azur. Lors de la séance du 17 mai 2018, la commission de réforme du Centre Interdépartemental de Gestion (CIG) de la Grande Couronne de la région Île-de-France a émis un avis favorable sur cette demande. Par un arrêté du 21 juin 2018, le syndicat a " attribué " cette allocation à M. B, " sous réserve de l'avis conforme de la Caisse des dépôts et consignations ". A la demande du syndicat, le 27 août 2019, le docteur A a notamment précisé que, parmi les 10 % d'invalidité permanents de M. B, 5 % étaient imputables à son état antérieur. Compte tenu de ces précisions, la commission de réforme a rendu, le 7 novembre 2019, un avis défavorable sur la demande d'ATI formulée par M. B. Par un courrier reçu par M. B le 3 juillet 2020, la Caisse des dépôts consignations a estimé que l'intéressé ne remplissait pas les conditions pour bénéficier de l'allocation temporaire d'invalidité. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cette décision et qu'il soit enjoint à la Caisse des dépôts consignations de réexaminer sa demande tendant à l'octroi de l'ATI et de diligenter une nouvelle expertise médicale.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 242-1 code des relations entre le public et l'administration : " L'administration ne peut abroger ou retirer une décision créatrice de droits de sa propre initiative ou sur la demande d'un tiers que si elle est illégale et si l'abrogation ou le retrait intervient dans le délai de quatre mois suivant la prise de cette décision. " Aux termes de l'article 6 du décret du 2 mai 2005 : " () Le pouvoir de décision appartient, sous réserve de l'avis conforme de la Caisse des dépôts et consignations, à l'autorité qui a qualité pour procéder à la nomination ".

3. M. B soutient que la décision attaquée a été prise au terme d'une procédure irrégulière dès lors qu'elle a retiré, ou à tout le moins abrogé, au-delà du délai de quatre mois, la décision créatrice de droit du 21 juin 2018 par laquelle le syndicat mixte de collecte et de valorisation des déchets Azur lui avait alloué le bénéfice de l'allocation temporaire d'invalidité. Toutefois, l'arrêté du 21 juin 2018, qui prévoyait l'attribution de l'ATI " sous réserve de l'avis conforme de la Caisse des dépôts consignations ", ne saurait être regardé comme une décision créatrice de droit. En tout état de cause, la décision attaquée, qui doit être regardée comme un refus de rendre un avis conforme suite à cet arrêté, ne saurait davantage être regardée comme portant retrait ou abrogation d'une décision de l'autorité détenant le pouvoir de nomination. Par suite, ce moyen doit être écarté comme inopérant.

4. Aux termes de l'article 2 du décret du 2 mai 2005 relatif à l'attribution de l'allocation temporaire d'invalidité aux fonctionnaires relevant de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière : " L'allocation est attribuée aux fonctionnaires maintenus en activité qui justifient d'une invalidité permanente résultant : / a) Soit d'un accident de service ayant entraîné une incapacité permanente d'un taux au moins égal à 10 % ; () ". Aux termes de l'article 5 du même décret : " Le taux d'invalidité est déterminé compte tenu du barème indicatif prévu à l'article L. 28 du code des pensions civiles et militaires de retraite. / Dans le cas d'aggravation d'infirmités préexistantes, le taux d'invalidité à prendre en considération est apprécié par rapport à la validité restante du fonctionnaire. "

5. Il ressort des pièces du dossier, en particulier de l'expertise du docteur A, que celui-ci a estimé que M. B était atteint d'un taux d'invalidité permanente partielle de 10 %, " avec aggravation de l'état antérieur ". A cet égard, il a précisé, en réponse à une demande de l'employeur de M. B du 14 août 2019, que cette invalidité permanente partielle n'était que partiellement imputable à l'accident de service du 23 janvier 2017, M. B étant atteint d'une invalidité de 5 % en lien avec son état antérieur. Sur ce point, M. B soutient que l'invalidité de 10 % dont il est atteint est imputable en totalité au service, dès lors que son état préexistant résulte de précédents accidents de service, en particulier d'un accident du 20 mai 2012, à l'origine d'une lombosciatique droite reconnue imputable au service. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, en particulier de l'expertise du docteur A, que le requérant est atteint d'une discopathie dégénérative associée à un canal lombaire étroit évoluant pour leur propre compte. M. B, qui a obtenu du tribunal qu'une expertise soit ordonnée, sans que celle-ci puisse avoir lieu faute de diligences de sa part, n'apporte aucun élément de nature à contredire les conclusions expertales. Dans ces conditions, dès lors que le taux d'incapacité permanente partielle consécutif à l'accident a été fixé par l'expert à 10 % dont 5 % sont imputables à l'état antérieur, le taux d'invalidité imputable au seul accident de service est inférieur au taux de 10 % requis par les dispositions précitées de l'article 2 du décret du 2 mai 2005. En conséquence, M. B ne remplissait pas les conditions d'attribution d'une ATI. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit et d'appréciation dont serait entachée la décision attaquée doivent être écartés.

Sur les conclusions à fin d'injonction et sur les conclusions relatives aux frais non compris dans les dépens :

6. Par voie de conséquence du rejet de ses conclusions à fin d'annulation, les conclusions à fin d'injonction ainsi que celles relatives aux frais exposés et non compris dans les dépens présentées par M. B doivent être rejetées.

Sur les dépens :

7. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux dépens ".

8. Les frais et honoraires de l'expertise confiée au docteur C, d'un montant total de 264 euros, ont été liquidés, taxés et mis à la charge du requérant par une ordonnance n°1912076 du président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise en date du 6 septembre 2023. Il y a lieu de les mettre à la charge définitive de M. B.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le règlement de la somme définitive de 264 euros au titre des dépens est mis à la charge de M. B.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et à la Caisse des dépôts consignations.

Délibéré après l'audience du 12 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Drevon-Coblence, présidente,

Mme Fléjou, première conseillère et Mme Moinecourt, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 avril 2024.

La rapporteure,

signé

V. Fléjou

La présidente,

signé

E. Drevon-CoblenceLa greffière,

signé

D. Charleston

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2006077

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