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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2007647

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2007647

mardi 18 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2007647
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantCABINET GRIMALDI MOLINA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 août 2020, Mme C B, représentée par Me Grimaldi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 mars 2020 du maire de la commune de Châtillon portant refus de reconnaissance de l'imputabilité au service de sa pathologie, ainsi que la décision née du silence gardé par cette commune sur son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre à la commune de Châtillon de réexaminer sa demande de reconnaissance d'imputabilité au service de sa pathologie dans un délai de quinze jours suivant le jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Châtillon la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les décisions contestées ont été signées par une autorité incompétente ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'un vice de procédure dès lors que l'avis de la commission de réforme a été rendu dans des conditions irrégulières, puisqu'aucun médecin spécialiste de ses pathologies n'a siégé lors de la séance ;

- elles sont entachées d'un autre vice de procédure dès lors que le médecin de prévention n'a pas été informé de la réunion de la commission de réforme ;

- elles sont entachées d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 mars 2020, la commune de Châtillon conclut au rejet de la requête. Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par une ordonnance du 29 août 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 1er octobre 2022.

Par un courrier du 6 juin 2023, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative, de ce qu'en cas d'annulation de l'arrêté attaqué, le tribunal était susceptible de prononcer, sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, une injonction d'office tendant à la reconnaissance de l'imputabilité à l'accident de service survenu le 23 novembre 2018 des arrêts de Mme B et de ses soins relatifs à l'entorse au genou droit et à ses suites.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-57 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n°2005-442 du 2 mai 2005 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Coblence, rapporteure-présidente,

- les conclusions de M. Goupillier, rapporteur publique,

- et les observations de Mme D pour la commune de Châtillon.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C B, née le 17 mai 1962, est adjointe d'animation de 2ème classe au sein de la commune de Châtillon depuis le 3 mai 1999 et a été titularisée le 1er septembre 2003. Le 23 novembre 2018, elle a glissé lors de la fermeture des locaux de son service, entrainant une torsion de son genou droit (syndrome fémoro-patellaire). L'imputabilité de son accident au service a été reconnue par son employeur par un arrêté du 8 octobre 2019. La commune a notamment estimé, dans cet arrêté, que les honoraires médicaux de Mme B entre la survenue de l'accident et le 28 janvier 2019 devaient être pris en charge à ce titre. Estimant qu'elle continuait de souffrir des conséquences de cet accident et qu'elle avait notamment fait l'objet d'une rechute le 5 avril 2019, Mme B a demandé que ses soins et ses congés depuis le 29 janvier 2019 soient regardés comme en lien avec l'accident de service. Deux expertises ont été réalisées. La commission de réforme a émis, le 13 janvier 2020, un avis favorable à la prise en charge au titre de l'accident de service des arrêts de travail et des soins de l'intéressée jusqu'au 30 avril 2019. Par un arrêté du 5 mars 2020, la requérante a, notamment, été placée en congé de maladie pour accident de service du 24 novembre 2018 au 28 janvier 2019 puis du 5 au 30 avril 2019. Estimant que la fixation, par cet arrêté, d'une date de retour à un état antérieur au 30 avril 2019 correspondait à une reconnaissance trop restrictive d'un lien entre son état de santé et l'accident de service, elle a formé, le 9 avril 2020, un recours gracieux qui a été implicitement rejeté. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 5 mars 2020 de la commune de Châtillon en tant qu'il a limité la reconnaissance de l'imputabilité au service de son état de santé à la date du 30 avril 2019 sans prendre en compte sa rechute du 5 avril 2019 et d'annuler la décision du 10 juin 2020 portant rejet de son recours administratif.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. L'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale disposait, dans sa rédaction en vigueur du 8 août 2019 au 27 novembre 2020 : " Le fonctionnaire en activité a droit : / () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. Le fonctionnaire conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. Le bénéfice de ces dispositions est subordonné à la transmission par le fonctionnaire, à son administration, de l'avis d'arrêt de travail justifiant du bien-fondé du congé de maladie, dans un délai et selon les sanctions prévus en application de l'article 58. / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite ou d'un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident, même après la date de radiation des cadres pour mise à la retraite. / Dans le cas visé à l'alinéa précédent, l'imputation au service de l'accident ou de la maladie est appréciée par la commission de réforme instituée par le régime des pensions des agents des collectivités locales () ".

3. Le bénéfice des dispositions précitées de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée est subordonné, non pas à l'existence d'une rechute ou d'une aggravation de la pathologie, mais à l'existence de troubles présentant un lien direct et certain avec l'accident de service.

4. Il ressort des pièces du dossier et notamment des termes mêmes de l'arrêté attaqué que la commune de Châtillon s'est approprié l'avis de la commission de réforme qui a estimé, le 13 janvier 2020, que l'état de santé de Mme B était revenu à son état antérieur à la date du 30 avril 2019. Par cet arrêté, l'adjoint au maire a ainsi décidé que l'accident de service de Mme B " est déclaré guéri à la date du 30 avril 2019 par retour à l'état antérieur ". Il est constant que la commission de réforme a été saisie par la commune de Châtillon de l'imputabilité de l'état de santé de Mme B à l'accident survenu le 23 novembre 2018 et ce pour la période postérieure au 28 janvier 2019. Il ressort des pièces du dossier que, dans le cadre de cette saisine, la commission de réforme a été rendue destinataire de deux rapports datés des 27 août 2019 et 7 novembre 2019 de médecins agréés. Le premier de ces rapports, rédigé par le docteur M. avait conclu à la consolidation de l'état de la requérante à la date du 28 janvier 2019 et à la reprise possible de son activité. Le deuxième rapport, rédigé par le Docteur A, a pour sa part conclu que l'état de santé de la requérante n'était pas consolidé, qu'il serait nécessaire de refaire une expertise au début du mois de mars de l'année suivante pour en déterminer la date exacte et que cet état nécessitait un reclassement. Il ressort également des pièces produites que la commission de réforme a également été destinataire du rapport du 18 septembre 2019 du médecin de prévention dont les conclusions n'ont toutefois pas été transmises dans la présente instance. Si la commission de réforme a estimé, lors de sa séance du 13 janvier 2020, qui s'est par ailleurs déroulée en l'absence du médecin de prévention, que l'état de santé de Mme B était revenu à l'état antérieur à la date du 30 avril 2019, ces éléments, également retenus par l'arrêté attaqué, ne sont corroborés par aucune pièce du dossier et ne correspondent notamment pas à la date de consolidation du 28 janvier 2019 retenue par l'expertise du docteur M. ni au rapport du docteur A qui propose la réalisation d'une nouvelle expertise début mars 2020. Cette date, retenue par la commune de Châtillon dans l'arrêté attaqué, ne repose dès lors sur aucune analyse médicale probante.

5. Il ressort en outre des pièces du dossier, et notamment des certificats produits en défense, que jusqu'au 28 mars 2021, Mme B a bénéficié de certificats médicaux de prolongation d'accident de travail, prescrivant divers arrêts de travail et ayant pour conséquences des soins, pour une entorse du genou droit qui doit être regardée, en l'état de l'instruction, comme en lien avec l'accident de service du 23 novembre 2018. Ainsi, jusqu'à la date du 28 mars 2021, l'état de santé de Mme B doit être regardé comme en lien direct et certain avec l'accident de service et, dès lors, de nature à lui ouvrir le bénéfice des dispositions précitées de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée. Dans ces conditions, Mme B est fondée à soutenir qu'en fixant la date de retour à son état antérieur au 30 avril 2019, et en estimant ainsi que ses congés et ses soins n'étaient plus en lien avec l'accident de service initial à compter du 1er mai 2019, la commune de Châtillon a entaché l'arrêté du 5 mars 2020 en litige d'une erreur d'appréciation. Cet arrêté, qui a retenu que Mme B ne pouvait plus, à compter du 1er mai 2019, bénéficier de ces dispositions et qui énonçait une date de guérison par retour à l'état antérieur au 30 avril 2019, doit dès lors être annulé. Il en va de même, par voie de conséquence, de la décision née du silence gardé par la commune sur le recours gracieux formé par Mme B.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre à la commune, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision, de reconnaitre au titre de l'accident imputable au service, les arrêts de travail de Mme B ainsi que les soins afférents et ce, en l'état de l'instruction, du 1er mai 2019 jusqu'au 28 mars 2021. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre une somme de 1 500 euros à la charge de la commune de Châtillon au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : L'arrêté du 5 mars 2020 et la décision née du silence gardée sur le recours gracieux de Mme B sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint à la commune de Châtillon de prendre en charge du 1er mai 2019 au 28 mars 2021, au titre de l'accident imputable au service, les arrêts de travail de Mme B ainsi que les soins afférents à cette période, et ce dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune de Châtillon versera à Mme B la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et à la commune de Châtillon.

Délibéré après l'audience du 13 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Coblence, présidente-rapporteure,

Mme Fléjou, première conseillère

Mme Moinecourt, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2023.

La présidente-rapporteure,

signé

E. CoblenceL'assesseure,

signé

V. Fléjou

La greffière,

signé

D. Charleston

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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