vendredi 16 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2007890 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème Chambre |
| Avocat requérant | MILICH |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 13 août 2020, Mme D A C, représentée par Me Milich, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler la décision du 23 juin 2020 par laquelle le directeur territorial de Cergy de l'Office de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
3°) d'enjoindre à l'OFII de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil et de lui verser l'allocation de demandeur d'asile, à titre rétroactif, dans un délai de trois jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros, en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, si elle n'était pas admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle de lui verser directement cette somme.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'elle n'a pas bénéficié d'un entretien de vulnérabilité ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation eu égard à sa situation de vulnérabilité ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 744-8 et D. 744-37 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 août 2022, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé et demande une substitution de base légale.
Mme A C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision en date du 12 octobre 2020 du bureau d'aide juridictionnelle établi près le tribunal judiciaire de Pontoise.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018 ;
- la loi n° 2015-925 du 29 juillet 2015 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Féral, président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A C, ressortissante colombienne née le 13 mai 1994, est entrée en France le 19 septembre 2019. Le 23 juin 2020, elle a déposé une demande d'asile qui a été enregistrée en procédure accélérée. Le même jour, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif qu'elle avait présenté, sans motif légitime, sa demande d'asile plus de quatre-vingt-dix jours après son entrée en France. Par la présente requête, Mme A C demande l'annulation de cette décision du 23 juin 2020 de refus du bénéfice des conditions matérielles d'accueil.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".
3. Par décision du 12 octobre 2020, le bureau d'aide juridictionnelle établi près le tribunal judiciaire de Pontoise a admis Mme A C au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Ainsi, les conclusions tendant à l'admission de la requérante au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire sont devenues sans objet. Par suite, il n'y a plus lieu d'y statuer.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. En premier lieu, la décision contestée vise les dispositions de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise que
l'intéressée a présenté une demande d'asile plus de 90 jours après son entrée sur le
territoire français. Dès lors la décision attaquée est suffisamment motivée en droit et en fait alors que l'exigence de motivation n'implique pas qu'elle mentionne l'ensemble des éléments particuliers de la situation de la requérante. En outre, le caractère suffisant de la motivation ne dépend pas du bien-fondé des motifs retenus par l'autorité administrative et des éventuelles erreurs qu'elle pourrait contenir. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction alors en vigueur : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines ".
6. Si Mme A C soutient qu'elle n'a jamais bénéficié d'un entretien de vulnérabilité, il ressort des pièces du dossier et notamment de copies-écrans mentionnant ses nom, prénom et numéro ADGREF, que l'intéressée a bénéficié d'un tel entretien lors de l'enregistrement de sa demande d'asile au guichet unique des demandeurs d'asile le 23 juin 2020. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que les dispositions précitées de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été méconnues.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction alors en vigueur : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil prévues à l'article L. 744-1 est subordonné : / 1° A l'acceptation par le demandeur de la proposition d'hébergement ou, le cas échéant, de la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 744-2. Ces propositions tiennent compte des besoins, de la situation personnelle et familiale de chaque demandeur au regard de l'évaluation prévue à l'article L. 744-6, des capacités d'hébergement disponibles et de la part des demandeurs d'asile accueillis dans chaque région ; / 2° Au respect des exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ". Aux termes de l'article L. 744-8 du même code dans sa rédaction alors en vigueur : " Outre les cas, mentionnés à l'article L. 744-7, dans lesquels il est immédiatement mis fin de plein droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, le bénéfice de celles-ci peut être : () 2° Refusé si le demandeur () n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2 ". Aux termes de l'article L. 723-2 du même code dans sa rédaction alors en vigueur : " () / III. - L'office statue également en procédure accélérée lorsque l'autorité administrative chargée de l'enregistrement de la demande d'asile constate que : () / 3° Sans motif légitime, le demandeur qui est entré irrégulièrement en France ou s'y est maintenu irrégulièrement n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France ; ".
8. Il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que le directeur territorial de l'OFII de Cergy s'est fondé, pour refuser l'octroi des conditions matérielles d'accueil, sur les dispositions des articles L. 744-7 et R. 744-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sur le motif que la demande d'asile de la requérante a été enregistrée plus de quatre-vingt-dix jours après son entrée en France. Les dispositions sur lesquelles le directeur territorial de l'OFII de Cergy s'est fondé ne permettent pas de refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil pour le motif retenu.
9. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Il ressort du mémoire présenté par le directeur général de l'OFII, qui cite les dispositions de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique qu'il était en droit de refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à Mme A C sur le fondement de ces dispositions, que celui-ci doit être regardé comme demandant une substitution de base légale. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'y procéder dès lors qu'elle n'a pour effet de priver l'intéressée d'aucune garantie de procédure et que l'OFII dispose du même pouvoir d'appréciation.
10. Il est constant que Mme A C est entrée en France le 19 septembre 2019 et que la demande d'asile de la requérante n'a été enregistrée que le 23 juin 2020. Si Mme A C soutient qu'elle a connu des problèmes pratiques tenant aux difficultés inhérentes à l'obtention d'un rendez-vous à la structure de premier accueil des demandeurs d'asile par le biais de la plateforme téléphonique mise en place par l'OFII à cet effet, retardant la date effective d'enregistrement de sa demande d'asile, elle ne produit aucun élément de preuve de nature à établir ses allégation et démontrant que le dépassement du délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile serait imputable à l'impossibilité de joindre la plateforme téléphonique. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions des articles L. 744-8 et D. 744-37 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur de fait quant à la présentation tardive de sa demande d'asile doivent être écartés.
11. En quatrième et dernier lieu, Mme A C soutient que sa situation de jeune femme isolée l'expose à des violences physiques, psychologiques et sexuelles et justifiait que lui soit octroyé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'à l'occasion de son entretien de vulnérabilité lors de l'enregistrement de sa demande d'asile le 23 juin 2020, elle a répondu " non " à chacune des questions permettant d'évaluer ses besoins, n'a fait état d'aucun problème de santé, n'a pas sollicité l'avis du médecin de l'OFII et a indiqué qu'elle était hébergée, ce qui a conduit à ce que son niveau de vulnérabilité soit évalué à zéro sur une échelle de zéro à trois. Par suite, au regard de l'état de vulnérabilité de Mme A C, le directeur territorial de l'OFII de Cergy n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en lui refusant l'octroi des conditions matérielles d'accueil.
12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A C doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, et celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D É C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant à l'admission de Mme A C au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de Mme A C est rejetée.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A C, à Me Milich et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 2 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Féral, président,
M. B et M. E, premiers conseillers,
assistés de Mme Khalfaoui, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 septembre 2022.
Le président,
signé
R. FéralL'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,
signé
S. B
La greffière,
signé
M. F
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour ampliation
Le Greffier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026