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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2007945

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2007945

vendredi 3 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2007945
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantANDRIEUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête et un mémoire enregistrés sous le n° 2007945, les 14 août 2020 et 9 septembre 2022, M. C B, représenté par Me Andrieux, avocat, demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 février 2020 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a suspendu de l'exercice de quelque fonction que ce soit auprès des mineurs accueillis dans le cadre des dispositions de l'article L. 227-4 du code de l'action sociale et des familles pour une durée de six mois, ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux contre cet arrêté ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que les décisions attaquées :

- sont entachées d'un vice de procédure dès lors qu'en l'absence de toute urgence, la mesure de suspension aurait dû être précédée de la saisine pour avis de la commission départementale compétente en matière de jeunesse et de sport ;

- résultent du signalement abusif effectué par l'association " Scouts Unitaires de France " ;

- sont entachées d'une erreur de droit, dès lors qu'à la date de l'arrêté litigieux il n'exerçait aucune activité auprès de mineurs au sein de l'association " Scouts Unitaires de France ", et que les faits qui lui sont reprochés sont sans rapport avec des mineurs ;

- sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 juillet 2022, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Le préfet des Hauts-de-Seine fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

II. Par une requête et un mémoire enregistrés sous le n° 2009854, les 30 septembre 2020 et 9 septembre 2022, M. C B, représenté par Me Andrieux, avocat, demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 février 2020 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a suspendu de l'exercice de quelque fonction que ce soit auprès des mineurs accueillis dans le cadre des dispositions de l'article L. 227-4 du code de l'action sociale et des familles pour une durée de six mois, ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux contre cet arrêté ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B invoque les mêmes moyens que ceux qu'il formule dans le cadre de la requête enregistrée sous le n° 2007945.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 juillet 2022, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Le préfet des Hauts-de-Seine fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de 1'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Villette, conseiller ;

- les conclusions de M. Barraud, rapporteur public ;

- et les observations de M. B et M. A B, père du requérant.

Considérant ce qui suit :

1. À la suite de plaintes, dont a fait l'objet M. B, pour des faits de viol et d'agression sexuelle qui se seraient déroulés au sein du lycée militaire de Saint-Cyr-l'École, dans lequel il était alors scolarisé en classe préparatoire littéraire, l'association " Scouts Unitaires de France ", au sein de laquelle l'intéressé avait eu des activités de " routier ", a procédé à son signalement auprès de la direction départementale de la cohésion sociale des Hauts-de-Seine. Par un arrêté du 21 février 2020, le préfet des Hauts-de-Seine a suspendu M. B de l'exercice de toute fonction auprès de mineurs pour une durée de six mois, sur le fondement de l'article L. 227-10 du code de l'action sociale et des familles. L'intéressé a formé un recours gracieux, par un courrier reçu le 17 avril 2020, implicitement rejeté par l'administration. Par les requêtes enregistrées sous les n°s 2007945 et 2009854, M. B demande au Tribunal l'annulation de l'arrêté litigieux ainsi que de la décision implicite de rejet de son recours gracieux.

2. Les requêtes de M. B concernent le même requérant, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête :

3. Aux termes de l'article L. 227-10 du code de l'action sociale et des familles : " Après avis de la commission départementale compétente en matière de jeunesse et de sport, le représentant de l'Etat dans le département peut prononcer à l'encontre de toute personne dont la participation à un accueil de mineurs mentionné à l'article L. 227-4 ou à l'organisation d'un tel accueil présenterait des risques pour la santé et la sécurité physique ou morale des mineurs mentionnés à l'article L. 227-4 () l'interdiction temporaire ou permanente d'exercer une fonction particulière ou quelque fonction que ce soit auprès de ces mineurs, ou d'exploiter des locaux les accueillant ou de participer à l'organisation des accueils. / En cas d'urgence, le représentant de l'Etat dans le département peut, sans consultation de ladite commission, prendre une mesure de suspension d'exercice à l'égard des personnes mentionnées à l'alinéa précédent. Cette mesure est limitée à six mois () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que pour prendre l'arrêté attaqué, sans recueillir l'avis préalable de la commission départementale compétente en matière de jeunesse et de sport, le préfet des Hauts-de-Seine a considéré que la participation de M. B à un accueil collectif de mineurs présentait des risques pour la sécurité et la santé physique et morale des mineurs, dès lors que l'association " Scouts Unitaires de France " lui avait signalé que l'intéressé, adhérent de l'association, avait fait l'objet de plaintes, déposées par des camarades de classe, pour des faits de viol et d'agression sexuelle commis au sein du lycée militaire de Saint-Cyr-l'École. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée M. B n'était plus à jour de ses cotisations à l'association " Scouts Unitaires de France ", et que cette dernière avait indiqué dans son message de signalement que l'intéressé " n'encadre pas de mineurs dans le cadre de nos activités ". Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que M. B exerçait, alors, une quelconque activité auprès de mineurs. Dès lors, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet des Hauts-de-Seine justifiait d'une situation d'urgence le dispensant de saisir la commission départementale compétente en matière de jeunesse et de sport avant de prendre la décision attaquée. Par suite, M. B est fondé à soutenir que l'arrêté litigieux a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière.

5. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté du 21 février 2020 doit être annulé. Il y a lieu, par voie de conséquence, d'annuler la décision implicite de rejet du recours gracieux formé par M. B.

Sur les conclusions aux fins d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État qui est, dans la présence instance, la partie perdante, le paiement à M. B d'une somme de 1 000 (mille) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 21 février 2020 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a suspendu M. B de l'exercice de quelque fonction que ce soit auprès des mineurs accueillis dans le cadre des dispositions de l'article L. 227-4 du code de l'action sociale et des familles pour une durée de six mois, ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux, sont annulés.

Article 2 : L'État versera à M. B la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des requêtes de M. B est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 20 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Kelfani, président, M. Prost, premier conseiller, et M. Villette, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 février 2023.

Le rapporteur,

signé

G. VILLETTE

Le président,

signé

K. KELFANILa greffière,

signé

A. CHANSON

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2 et 2009854

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