vendredi 16 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2008013 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème Chambre |
| Avocat requérant | DE SEZE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 18 août 2020 et le 8 août 2022, M. E C, représenté par Me de Seze, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 30 juin 2020 par laquelle la directrice territoriale de Cergy de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
2°) d'enjoindre à l'OFII de lui octroyer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à titre rétroactif à compter du mois de juin 2020 dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que la décision attaquée :
- est entachée d'un défaut de base légale, d'une erreur de droit et est méconnaît le champ d'application de la loi ;
- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- est entachée d'un vice de procédure en l'absence de prise en compte de sa vulnérabilité ;
- est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que l'Autriche a refusé d'examiner sa demande d'asile ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 juin 2022, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il demande une substitution de base légale et fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de M. Féral, Président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique :
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant afghan né le 24 juillet 1983 est entré en France en 2018 et a présenté une demande d'asile enregistrée, le 16 novembre 2018, en procédure dite " Dublin ". Le 19 novembre 2018, l'intéressé a accepté l'offre de prise en charge
de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) et a bénéficié des conditions matérielles d'accueil. M. C a fait l'objet d'un arrêté de transfert à destination de l'Autriche qui a été exécuté le 4 juillet 2019. M. C est revenu en France en mai 2020 et le 26 mai 2020 sa demande demande d'asile a été enregistrée en procédure dite " Dublin ". Le même jour, l'OFII lui a notifié son intention de lui suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'acceuil et, par une décision du 30 juin 2020, dont il demande l'annulation, la directrice territoriale de l'OFII de Cergy a décidé de lui suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
S'agissant de la qualification de la décision du 30 juin 2020 :
2. Aux termes de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction résultant de la loi du 10 septembre 2018 pour une immigration maîtrisée, un droit d'asile effectif et une intégration réussie : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil prévues à l'article L. 744-1 est subordonné : () / 2° au respect des exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités (). / Le demandeur est préalablement informé () que le non-respect des exigences des autorités chargées de l'asile prévues au 2° entraîne de plein droit le refus ou, le cas échéant, le retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. (). " Aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction résultant de la loi du 29 juillet 2015 relative à la réforme du droit d'asile : " () le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être : () 3° Refusé si le demandeur présente une demande de réexamen de sa demande d'asile () ".Si les termes de cet article ont été modifiés par différentes dispositions du I de l'article 13 de la loi du 10 septembre 2018 pour une immigration maîtrisée, un droit d'asile effectif et une intégration réussie, il résulte du III de l'article 71 de cette loi que ces modifications, compte tenu de leur portée et du lien qui les unit, ne sont entrées en vigueur ensemble qu'à compter du 1er janvier 2019 et ne s'appliquent qu'aux décisions initiales, prises à compter de cette date, relatives au bénéfice des conditions matérielles d'accueil proposées et acceptées après l'enregistrement de la demande d'asile. Les décisions relatives aux conditions matérielles d'accueil accordées avant le 1er janvier 2019 restent régies par les dispositions antérieures à la loi du 10 septembre 2018.
3. Il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée a été prise sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version issue de la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018, sur l'article R. 744-9 du même code et sur le point 18 de la décision du Conseil d'Etat du 31 juillet 2019, n° 428530. M. C ayant été admis au bénéfice des conditions matérielles d'accueil le 19 novembre 2018, ainsi qu'il a été dit au point 1 du présent jugement, sa situation doit être appréciée à l'aune des dispositions antérieures à la loi du 10 septembre 2018. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'un défaut de base légale.
4. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée.
5. Il résulte des dispositions citées au point 2, ainsi que de celles de la directive du Conseil du 27 janvier 2003 relative à des normes minimales pour l'accueil des demandeurs d'asile dans les Etats membres qu'elles visent à transposer et qui ont notamment été interprétées par la décision de la Cour de justice de l'Union européenne du 27 septembre 2012 CIMADE et GISTI c-179/11, que lorsqu'un demandeur d'asile a été transféré vers l'Etat responsable de l'examen de sa demande, c'est à ce dernier de lui assurer les conditions matérielles d'accueil. En cas de retour de l'intéressé en France sans que la demande n'ait été examinée et de présentation d'une nouvelle demande, l'OFII peut refuser le bénéfice de ces droits, sauf si les autorités en charge de cette nouvelle demande décident de l'examiner ou si, compte tenu du refus de l'Etat responsable d'examiner la demande précédente, il leur revient de le faire. L'OFII ne peut cependant pas les lui refuser sans examiner au préalable sa situation afin de prendre en compte sa vulnérabilité.
6. Il ressort des pièces du dossier que M. C, après une première entrée en France, a été transféré vers l'Autriche, Etat responsable de sa demande d'asile, le 4 juillet 2019. Dès lors, conformément aux dispositions précitées de l'article D. 744-34 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans leur rédaction applicable au litige, ce transfert a mis fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil de l'intéressé acceptées le 19 novembre 2018. Il est ainsi constant que lorsque la demande d'asile de M. C a été enregistrée en procédure dite " Dublin " le 26 mai 2020, après son retour en France pour y présenter une nouvelle demande d'asile, l'intéressé ne bénéficiait plus des conditions matérielles d'accueil. Ainsi, la décision contestée du 30 juin 2020 doit être regardée, ainsi que le fait valoir le directeur général de l'OFII, qui dispose du même pouvoir d'appréciation, comme une décision de refus de du bénéfice des conditions matérielles d'accueil, prise sur le fondement des dispositions précitées du 3° de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers du droit d'asile dans les conditions décrites au point précédent, ce changement de qualification et de base légale ne privant le requérant d'aucune garantie dès lors notamment qu'il a pu présenter des observations avant l'édiction de la décision attaquée et qu'il a également formulé des observations sur la demande de substitution présentée par le directeur général de l'OFII dans le cadre de la présente instance
S'agissant de la légalité de la décision du 30 juin 2020 :
7. En premier lieu, la décision en litige, qui vise les dispositions dont il est fait application, énonce que M. C a présenté une nouvelle demande d'asile après avoir été transféré vers l'Etat membre responsable de sa demande d'asile. Ainsi, cette décision comporte un énoncé suffisamment précis des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaqué doit être écarté.
8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au présent litige : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / () ". Aux termes de l'article R. 744-14 du même code, dans sa rédaction applicable au litige : " L'appréciation de la vulnérabilité des demandeurs d'asile est effectuée par les agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en application de l'article L. 744-6, à l'aide d'un questionnaire dont le contenu est fixé par arrêté des ministres chargés de l'asile et de la santé. / () "
9. Il ressort des pièces versées au dossier par le directeur général de l'OFII à l'appui de son mémoire en défense, que le requérant a bénéficié d'un entretien avec un agent de l'OFII lors de l'enregistrement de sa demande d'asile, le 16 novembre 2018, sur la base duquel l'OFII a procédé à une évaluation de sa vulnérabilité, laquelle a été évaluée à 1 sur une échelle de 0 à 3. Les dispositions précitées des articles L. 744-6 et R. 744-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'imposaient pas à l'OFII d'accorder à nouveau un entretien à l'intéressé lors du nouvel enregistrement de sa demande d'asile le 19 novembre 2018, mais seulement de prendre en compte sa vulnérabilité avant de prendre la décision attaquée. En outre, l'OFII, avant de prendre la décision litigieuse, a recueilli les observations de M. C. Dans ses observations produites le 10 juin 2020, ce dernier n'a fait état d'aucun vulnérabilité particulière ni d'une quelconque évolution de sa situation depuis l'évaluation de de sa vulnérabilité. Ainsi, le moyen tiré de ce que M. C n'a bénéficié d'aucune évaluation de sa vulnérabilité par un agent de l'OFII en méconnaissance des articles L. 744-6 et R. 744-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
10. En troisième lieu, contrairement à ce que soutient M. C, il ne ressort ni de la motivation de la décision attaquée ni des autres pièces du dossier qu'avant de prendre la décision litigieuse, la directrice territoriale de Cergy de l'OFII, qui a préalablement recueilli les observations de l'intéressé, n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle et notamment de sa vulnérabilité. Par suite, le moyen tiré du défaut d'un tel examen doit être écarté.
11. En quatrième et dernier lieu, il est constant que M. C a été transféré vers l'Autriche, État responsable de sa demande d'asile. Si M. C est revenu en France pour y présenter une nouvelle demande d'asile cette dernière a été enregistrée en mai 2020 en procédure dite " Dublin ". Les autorités françaises ont ainsi manifesté leur volonté de ne pas prendre en charge cette demande. En outre, le requérant ne fournit aucun élément de nature à démontrer que les autorités autchiennes auraient refusé d'examiner sa demande d'asile ou une demande de réexamen avant son retour en France. A cet égard, s'il produit une décision émanant de l'office fédéral autrichien de l'immigration et de l'asile selon lequel sa demande d'asile a été rejetée, ce qui démontre que cette demande a bien été examinée, il ne justifie pas avoir été dans l'impossibilité de présenter un recours contre cette décision ou une demande de réexamen. En outre, l'intéressé, qui était âgé de trente-sept ans à la date de la décision attaquée, n'apporte aucun élément permettant de justifier d'une situation de vulnérabilité particulière. Par suite, la directrice territoriale de Cergy de l'OFII a pu légalement refuser à M. C le bénéfice des conditions matérielles d'accueil et n'a pas entaché cette décision d'une erreur manifeste quant aux conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle.
12. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision attaquée du 30 juin 2020.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
13 Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par M. C doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
14. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'OFII, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. C demande au titre des frais liés à l'instance.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E C et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 2 septembre 2022 à laquelle siégeaient :
M. Féral, président,
M. A et M. B, premiers conseillers,
assistés de Mme Khalfaoui, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 septembre 2022.
Le président-rapporteur,
signé
R. Féral
L'assesseur le plus ancien
dans l'ordre du tableau,
signé
S. A
La greffière,
signé
M. D
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour ampliation
Le Greffier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026