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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2008290

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2008290

mardi 21 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2008290
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantRIQUIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 25 août 2020, 7 novembre 2020, 26 juillet 2021 et 10 septembre 2021, M. C demande au tribunal :

1°) d'annuler le procès-verbal de délibération du 1er juillet 2020 prononçant son ajournement à la seconde session d'examens de master 2 " STAPS : APAS Conception et évaluation des programmes APA " ;

2°) à ce que soit diligentée une enquête afin d'identifier toutes les actions informatiques sur son profil, bien au-delà de la responsabilité du webmaster, du site www.ent-parisnanterre.fr ;

3°) à ce que soient partagées les responsabilités dans la situation d'échec que constitue son ajournement à la seconde session d'examens du master 2 CEP-APAS en date du 1er juillet 2020 ;

Il soutient que :

- la décision attaquée méconnaît les articles L. 111-1, L. 111-3-1, L. 123-2 alinéa 1, L. 123-4 alinéa 2, L. 123-4-1 et L. 123-6 du code de l'éducation et l'article 15 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 :

* les " cours en ligne " de Mme A, accessibles à distance via la plateforme www.ent-parisnanterre.fr n'étaient pas disponibles sur son profil numérique quinze jours avant l'épreuve écrite du 19 juin 2020 et l'ont seulement été trois jours avant cette date ;

* le sujet ainsi que le lien d'accès à l'épreuve 9011 de Mme A n'étaient pas accessibles le jour de l'épreuve ;

* le détail des notes qu'il a obtenues à l'issue de la seconde session d'examens est plus succinct que celui obtenu lors de la première session. En outre, il n'a obtenu qu'un seul point supplémentaire pour son mémoire entre la première et la seconde session d'examens, alors qu'il a suivi la totalité des consignes données par ses professeurs ;

* il a reçu un appel téléphonique de son directeur de mémoire l'alertant sur la partialité de Mme A qui " ferait tout pour qu'il échoue " à ses examens.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 août 2021, l'université Paris Nanterre, représentée par Me Riquier, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. C la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable faute de contenir des moyens suffisamment précis pour en apprécier le bien-fondé ;

- à titre subsidiaire, à supposer que de tels moyens soient soulevés par M. C, ils ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible de se fonder sur deux moyens relevés d'office tirés de l'irrecevabilité des conclusions de la requête tendant :

- d'une part, à ce que soient partagées les responsabilités dans la situation d'échec que constitue l'ajournement de M. C à la seconde session d'examens du master 2 CEP-APAS en date du 1er juillet 2020 ;

- et d'autre part, à ce que soit diligentée une enquête judiciaire afin d'identifier toutes les actions informatiques sur son profil, bien au-delà de la responsabilité du webmaster de l'université Paris Nanterre ;

dès lors que ces conclusions n'entrent pas dans les prérogatives du juge de l'excès de pouvoir.

Par un courrier enregistré le 4 mars 2023 et communiqué le 6 mars 2023, M. C a formulé des observations sur ces deux moyens relevés d'office.

Par un courrier enregistré le 4 mars 2023 et communiqué le même jour, l'université de Paris Nanterre a également formulé des observations sur ces deux moyens relevés d'office.

Un mémoire présenté par M. C a été enregistré le 6 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 ;

- le code de l'éducation

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Zaccaron Guérin, conseillère rapporteure,

- et les conclusions de M. Louvel, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, étudiant inscrit en master 2 " STAPS : APAS Conception et évaluation des programmes APA " à l'université Paris Nanterre au titre de l'année 2019/2020, a été ajourné par délibération du jury d'examen de ce master, à l'issue de la 2e session après avoir obtenu une moyenne générale de 9,013/20. M. C doit être regardé comme demandant l'annulation de la délibération du jury d'examen de ce master 2, révélée par le relevé de notes du 1er juillet 2020 signé du président de l'université Paris Nanterre, prononçant son ajournement à ce master 2.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

Sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par l'université Paris Nanterre :

2. En premier lieu, M. C expose que les cours en ligne de l'un de ses professeurs n'a pas été rendu accessible dans le délai " d'un ou deux mois " précédant l'épreuve d'examen du 19 juin 2020. Il ne se prévaut toutefois de la méconnaissance d'aucune disposition législative ou réglementaire par la décision attaquée et n'apporte pas davantage de précisions permettant d'apprécier le bien-fondé de ses allégations. Par suite, ce moyen, dépourvu des précisions nécessaires à l'appréciation de son bien-fondé, doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 2 de l'ordonnance n° 2020-351 du 27 mars 2020 relative à l'organisation des examens et concours pendant la crise sanitaire née de l'épidémie de covid-19 : " Nonobstant toute disposition législative ou réglementaire contraire, les autorités compétentes pour la détermination des modalités d'accès aux formations de l'enseignement supérieur dispensées par les établissement relevant des livres IV et VII du code de l'éducation ainsi que pour la détermination des modalités de délivrance des diplômes de l'enseignement supérieur, y compris le baccalauréat, peuvent apporter à ces modalités les adaptations nécessaires à leur mise en œuvre. S'agissant des épreuves des examens ou concours, ces adaptations peuvent porter, dans le respect du principe d'égalité de traitement des candidats, sur leur nature, leur nombre, leur contenu, leur coefficient ou leurs conditions d'organisation, qui peut notamment s'effectuer de manière dématérialisée. Les adaptations apportées en application du présent article sont portées à la connaissance des candidats par tout moyen dans un délai qui ne peut être inférieur à deux semaines avant le début des épreuves. () " En outre, la charte des examens de l'université Paris Nanterre, approuvée le 11 juin 2020 par la commission de formation et de la vie universitaire dispose : " () 2.2.1 CONDITIONS D'ACCES / 2.2.1.1 Connexion / L'accès aux plateformes ou autres logiciels d'examens peut nécessiter la saisie d'identifiants Paris Nanterre actifs. Il convient, pour cela, d'avoir une inscription administrative valide pour l'année universitaire en cours et ne faire l'objet d'aucun interdit () L'inscription pédagogique à l'EC correspondant à l'épreuve doit également avoir été réalisée dans les délais réglementaires, et dans tous les cas, au moins 72 heures avant l'épreuve. / Sauf indication contraire, les étudiants doivent se connecter 72 heures avant chaque épreuve organisée sur une plateforme d'examens afin de vérifier qu'ils ont accès à l'espace d'examen. Le jour de l'épreuve, il convient de se connecter au moins 15 minutes avant le début de chaque épreuve afin de vérifier ses accès et de prendre connaissance des consignes éventuelles de chaque épreuve. () "

4. D'une part, Il ressort de ces dispositions que les délais de cinq et quinze jours qu'elles prévoient sont relatifs à la notification des convocations des étudiants aux examens, et non au lien de connexion des épreuves d'examen se déroulant à distance, sous forme numérique, en raison du contexte d'état d'urgence sanitaire lié à l'épidémie de Covid-19. Dans ces conditions, la circonstance que lien de connexion à l'épreuve n° 9011 du 19 juin 2020 n'a été rendu accessible que soixante-douze heures avant le déroulé de cette épreuve, contrairement à ce qui est soutenu, n'a pas méconnu les dispositions précitées.

5. D'autre part, les pièces produites par l'université Paris Nanterre contredisent l'allégation de M. C selon laquelle le sujet de l'épreuve n° 9011 n'était pas accessible à dix heures et quarante-cinq minutes. En outre, il ressort de ces pièces que l'intéressé est finalement parvenu à trouver le sujet et a bénéficié d'un temps de composition supplémentaire. Au demeurant, M. C ne précise pas en quoi le retard avec lequel il a pu accéder au sujet entache d'illégalité la décision litigieuse. Par suite, ce moyen doit être écarté.

6. En troisième lieu, il n'appartient pas au juge de l'excès de pouvoir de contrôler l'appréciation souveraine portée par le jury sur la valeur d'un candidat à un examen, sauf si les notes attribuées sont fondées sur des considérations autres que la seule valeur de sa prestation. En l'espèce, M. C n'apporte aucun élément permettant d'établir que le jury a fondé son appréciation sur d'autres éléments que sa prestation. Le moyen tiré de ce que la note attribuée à l'épreuve de soutenance de son mémoire 8,175/20, n'est pas crédible dans la mesure où elle n'est que d'un point supérieur à celle qui lui avait été attribuée à l'occasion de la soutenance de la première session d'examen et ce, alors qu'il avait procédé à de nombreux ajouts et corrections compte tenu des consignes délivrées par ses professeurs, doit ainsi être écarté.

7. En quatrième lieu, les dispositions de l'article L. 111-3-1 du code de l'éducation sont relatives au personnel des écoles, collèges et lycées. M. C ne peut donc utilement s'en prévaloir à l'encontre d'une délibération prise par le personnel de l'enseignement supérieur de l'université Paris Nanterre.

8. En cinquième lieu, M. C se borne à citer les articles L. 111-1, L. 123-2 alinéa 1, L. 123-4 alinéa 2, L. 123-4-1, L. 123-6 du code de l'éducation et 15 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 sans autre précision. A supposer que M. C ait entendu se prévaloir de leur méconnaissance, il n'assortit pas ce ou ces moyens des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, ils doivent être écartés.

9. En dernier lieu, M. C expose que le comportement des membres du jury lors de sa soutenance de mémoire du 27 juin 2020 ainsi que des membres du jury de l'épreuve écrite n°9011 a été empreint d'animosité à son égard, et affirme qu'une " cabale " s'est alimentée afin " d'anéantir toute velléité de réussite de sa part ". Toutefois, ses seules allégations selon lesquelles certains professeurs ont changé de comportement suite à l'envoi de " sa lettre de démission de son statut d'étudiant ", et que l'un d'entre eux a tout fait pour qu'il échoue à ses examens, ou encore au système " maltraitant au sein de l'enseignement supérieur ", ne permettent pas d'établir l'existence d'une attitude discriminante à son égard. Aucune pièce du dossier ne permet par ailleurs de révéler ni l'existence d'une animosité du jury à son égard, ni que les principes de neutralité et d'impartialité ont été méconnus.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la délibération du jury d'examen de master 2 du 1er juillet 2020 signé du président de l'université Paris Nanterre.

Sur les conclusions tendant au partage de responsabilités dans la situation d'échec de M. C et à diligenter une enquête de police judiciaire :

11. Il n'appartient pas au juge de l'excès de pouvoir d'établir un partage de responsabilité entre une autorité administrative et un candidat sur l'ajournement de ce candidat à une session d'examens. Il ne lui appartient pas davantage d'ordonner des enquêtes de police judiciaire auprès du webmaster d'une université. Dans ces conditions, ainsi qu'en ont été informées les parties, les conclusions formulées en ce sens par M. C sont irrecevables et doivent être rejetées.

Sur les conclusions relatives aux frais non compris dans les dépens :

12. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de M. C la somme de 1 000 euros demandée par l'université Paris Nanterre sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 :Les conclusions présentées par l'université Paris Nanterre sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 :Le présent jugement sera notifié à M. B C et à l'université Paris Nanterre.

Délibéré après l'audience du 7 mars 2023 à laquelle siégeaient :

M. Thierry, président,

M. Baude, premier conseiller,

Mme Zaccaron Guérin, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mars 2023.

La rapporteure,

signé

C. Zaccaron Guérin Le président,

signé

P. Thierry

La greffière,

signé

S. Le Gueux

La République mande et ordonne au ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 20082902

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