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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2008461

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2008461

mardi 31 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2008461
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre (JU)
Avocat requérantLELIEVRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête, enregistrée sous le numéro 2008461 le 25 août 2020, et un mémoire complémentaire, enregistré le 4 octobre 2022, M. B A, représenté par Me Lelièvre, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler les décisions des 13 février et 5 août 2020 par lesquelles le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de procéder à l'échange de ses permis de conduire lybiens n° 17985 de deuxième catégorie, n° 121314 de troisième catégorie 1 (B), n° 7061 de troisième catégorie 3 et n° 529 de quatrième catégorie 4 véhicules Poids Lourds contre des permis de conduire français ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire Atlantique de procéder à l'échange de ses permis de conduire ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 400 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que les décisions attaquées sont entachées d'une inexactitude matérielle et d'une erreur de droit dès lors qu'il existe un accord de réciprocité avec la Lybie, en vertu de l'arrêté du 12 janvier 2012 et de la circulaire du ministère de l'intérieur du 3 août 2012 ; que le refus qui lui est opposé ne repose sur aucune base légale ; qu'il remplit les conditions pour la délivrance de l'échange sollicité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mars 2021, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête en faisant valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par une ordonnance en date du 6 septembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 6 octobre 2022.

Par une décision du 11 avril 2022, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

II. Par une requête, enregistrée sous le numéro 2010017 le 5 octobre 2020, et un mémoire complémentaire, enregistré le 4 octobre 2022, M. B A, représenté par Me Lelièvre, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler les décisions des 13 février et 5 août 2020 par lesquelles le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de procéder à l'échange de son permis de conduire lybien n° 17985 de deuxième catégorie, son permis de conduire n° 121314 de troisième catégorie 1 (B), son permis de conduire n° 7061 de troisième catégorie 3 et son permis de conduire n° 529 de quatrième catégorie 4 véhicules Poids Lourds contre des permis de conduire français ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire Atlantique de procéder à l'échange de ses permis de conduire ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 400 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que les décisions attaquées sont entachées d'une inexactitude matérielle et d'une erreur de droit dès lors qu'il existe un accord de réciprocité avec la Lybie, en vertu de l'arrêté du 12 janvier 2012 et de la circulaire du ministère de l'Intérieur du 3 août 2012 ; que le refus qui lui est opposé ne repose sur aucune base légale ; qu'il remplit les conditions pour la délivrance de l'échange sollicité ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mars 2021, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête en faisant valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la route ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 12 janvier 2012 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Coblence, vice-présidente, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Vu la décision par laquelle la magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant lybien, a sollicité, le 26 septembre 2019 et le 5 août 2020, l'échange de ses permis de conduire lybiens n° 17985 de deuxième catégorie, n° 121314 de troisième catégorie 1 (B), n° 7061 de troisième catégorie 3 et n° 529 de quatrième catégorie 4 véhicules Poids Lourds contre des permis de conduire français. Par une décision du 13 février 2020, le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande s'agissant du permis de conduire n° 17985 et par une décision du 5 août 2020, ce préfet a de nouveau rejeté sa demande sans viser les permis de conduire concernés. M. A demande, par les deux requêtes susvisées, l'annulation de ces décisions.

2. Les requêtes susvisées présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

3. L'article R. 222-3 du code de la route dispose : " Tout permis de conduire national, en cours de validité, délivré par un Etat ni membre de l'Union européenne, ni partie à l'accord sur l'Espace économique européen, peut être reconnu en France jusqu'à l'expiration d'un délai d'un an après l'acquisition de la résidence normale de son titulaire. Pendant ce délai, il peut être échangé contre le permis français, sans que son titulaire soit tenu de subir les examens prévus au premier alinéa de l'article D. 221-3 Les conditions de cette reconnaissance et de cet échange sont définies par arrêté du ministre chargé de la sécurité routière, après avis du ministre de la justice et du ministre chargé des affaires étrangères ". Aux termes de l'article 5 de l'arrêté susvisé du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen dans sa rédaction résultant de l'arrêté du 9 avril 2019 applicable à la date des décisions attaquées : " I. ' Pour être échangé contre un titre français, tout permis de conduire délivré par un Etat n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen doit répondre aux conditions suivantes : / A. ' Avoir été délivré au nom de l'Etat dans le ressort duquel le conducteur avait alors sa résidence normale, sous réserve qu'il existe un accord de réciprocité entre la France et cet Etat conformément à l'article R. 222-1 du code de la route. Seul le dernier titre délivré peut être présenté à l'échange. ". Aux termes de l'article 14 du même arrêté : " Une liste des Etats dont les permis de conduire nationaux sont échangés en France contre un permis français est établie conformément aux articles R. 222-1 et R. 222-3 du code de la route. Cette liste précise pour chaque Etat la ou les catégories de permis de conduire concernée (s) par l'échange contre un permis français. Elle ne peut inclure que des Etats qui procèdent à l'échange des permis de conduire français de catégorie équivalente et dans lesquels les conditions effectives de délivrance des permis de conduire nationaux présentent un niveau d'exigence conforme aux normes françaises dans ce domaine. / Les demandes d'échange de permis introduites avant la date de publication au JORF de la liste prévue au premier alinéa du présent article sont traitées sur la base de la liste prévue à l'article 14 de l'arrêté du 8 février 1999 modifié fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen ". L'article 14 de l'arrêté du 8 février 1999 dispose que le ministre chargé des transports établit, après consultation du ministre des affaires étrangères, la liste des Etats qui procèdent à l'échange des permis de conduire français.

4. Il résulte des termes du premier alinéa de l'article 14 de l'arrêté du 12 janvier 2012 cité ci-dessus que la liste d'Etats qu'il prévoit doit être établie conformément aux articles R. 222-1 et R. 222-3 du code de la route, à savoir " par arrêté du ministre chargé des transports, après avis du ministre de l'intérieur et du ministre chargé des affaires étrangères ". Aucune liste n'a été établie par le ministre des transports en application de ces dispositions. Le second alinéa du même article prévoit qu'en pareil cas, les demandes d'échange sont traitées sur la base de la liste prévue à l'article 14 de l'arrêté du 8 février 1999. Si une circulaire du 22 septembre 2006 du ministre des transports avait fixé une liste d'Etats sur le fondement de cet article, l'annexe de cette circulaire fixant la liste n'a pas été mise en ligne sur le site internet relevant du Premier ministre prévu au premier alinéa de l'article 1er du décret du 8 décembre 2008 relatif aux conditions de publication des instructions et circulaires, repris à l'article R. 312-8 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, en application de l'article 2 du même décret, aux termes duquel les instructions et circulaire déjà signées " sont regardées comme abrogées si elles ne sont pas reprises sur le site mentionné à l'article 1er ", la liste doit être regardée comme abrogée. Dans ces conditions, pour déterminer si un permis de conduire délivré par un Etat n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen est susceptible d'être échangé contre un permis français, il y a seulement lieu de vérifier si, conformément aux dispositions précitées du I de l'article 5 de l'arrêté du 12 janvier 2012, cet Etat est lié à la France par un accord de réciprocité en matière d'échange de permis de conduire.

5. Il est constant que les permis de conduire dont M. A a demandé l'échange les

20 juin 2019 et 5 août 2020 ont été délivrés par les autorités libyennes et que les décisions attaquées ont été prises le 21 juillet 2020, date à laquelle la Libye ne figurait pas au nombre des pays ayant conclu un accord de réciprocité avec la France concernant l'échange des titres de conduite. M. A soutient toutefois à cet égard que l'échange de ses permis de conduire est néanmoins possible dès lors qu'un tableau présenté en annexe 2 de la circulaire du 3 août 2012 NOR INTS1232024C du ministère de l'intérieur relative à la mise en œuvre de l'arrêté du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les États n'appartenant ni à l'Union européenne ni à l'Espace économique européen et fixant la liste indicative actualisée des autorités étrangères n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen avec lesquelles la France procède ou non à l'échange des permis de conduire, intitulé " Liste des accords d'échange réciproques des permis de conduire auxquels la France est partie ", comporte, dans sa colonne " PROCEDURE APPLICABLE AUX PERSONNES NON TITULAIRES DU TITRE DE SEJOUR SPECIAL DELIVRE PAR LE MINISTERE DES AFFAIRES ETRANGERES ", la mention " échange " en face de la ligne Lybie. Toutefois, cette seule mention, en annexe 2 d'une circulaire dépourvue de caractère réglementaire, ne révèle pas l'existence d'un accord de réciprocité et ne peut être regardée comme ayant un caractère impératif ou présentant des lignes directrices dont l'intéressé pourrait utilement se prévaloir devant le juge.

6. Dans ces conditions, en l'absence d'accord de réciprocité avec les autorités libyennes, le préfet de la Loire-Atlantique était tenu de rejeter la demande présentée par M. A. Il s'ensuit que les moyens par lui invoqués et tirés de ce que les décisions attaquées seraient entachés d'inexactitude matérielle, d'une erreur de droit, d'une méconnaissance de l'arrêté du 12 janvier 2012 et de la circulaire du ministère de l'intérieur du 3 août 2012 ne peuvent qu'être écartés.

7. Il résulte de ce qui précède que doivent être rejetées les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. A. Par voie de conséquence, doivent également être rejetées les conclusions de la même requête à fin d'injonction et de mise à la charge de l'État des frais exposés et non compris dans les dépens dans les conditions prévues par les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 modifiée.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : Les requêtes de M. A sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Lelièvre et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de la Loire-Atlantique.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2023.

La magistrate désignée,

signé

E. CLa greffière,

signé

D. Charleston

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2 - 2010017

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